PARTIE I. ^HISTOIRE
voir ] a haine s’élever entre des sectes religieuses, entre des écoles philosophiques; comme si la force pouvait être invoquée dans les luttes intellectuelles ! Et comme si elle n’était pas aussi funeste au parti qui s’en sert, qu’à celui même qui la subit 1 N’étudions l’histoire de la guerre, de la force, de la haine, que pour apprendre à aimer la paix, la fraternité, la liberté I
On se fait trop souvent de cette lamentable histoire, un instrument de parti. C’est bien, mal comprendre la dure leçon de l’histoire. En bonne justice, on ne doit accuser personne de tant de persécutions et de haines, de tant de sang répandu, de tant d’obstacles élevés contre les droits de l’homme et l’essor de la pensée. Il n’en faut accuser que nos passions et notre ignorance. C’est le sang des barbares et l’héritage de la férocité romaine. Aucun dogme, aucun culte ne peut être responsable de l’intolérance, puisque tous les cultes ont eu leur jour d’intolérance et de fanatisme. La philosophie elle-même qui, par principe, est attachée à la liberté, et qui, en définitive, a la gloire d’avoir émancipé le monde par la Révolution française, n’est pas à l’abri de tout reproche. Si le plus grand nombre des persécutions et des guerres religieuses tombe à la charge de l’Égli se catholique, c’est qu’elle est la seule dont l’histoire compte dix-huit siècles. Depuis Constantin, elle a eu le malheur de posséder, presque sans interruption, le pouvoir. Elle n’a été intolérante que par la faute des hommes, elle, dont la charité est le principe. L’Église, en reprenant un esprit de douceur, rentre dans sa voie, dont des passions purement humaines l’avaient fait sortir. Je ne puis croire au succès de ces nouvelles croisades entreprises de nos jours contre la liberté au nom d’un fana-
' tisme aveugle. Ce sont des émeutes passagères, plus fatales à l’Église qu’à la liberté, et dont l’Église elle-même j se hâtera de faire justice. Ne la rendons pas solidaire d* ceux qui ne font que l’agiter et la troubler. Elle ne peu pas se laisser ainsi entraîner à des luttes qui la mettraien
en contradiction flagrante, non-seulement avec le siècle, mais avec l'esprit de la doctrine chrétienne. Si jamais, par impossible, elle redevenait intolérante, je ne voudrais, pour la combattre, que l'Évangile. Souvent, en lisant le récit des auto-da-fé, je me suis demandé ce qu'aurait dit ce Jésus de Nazareth qui chassa les marchands du temple, si tout à coup, par un prodige, il était apparu entre les victimes et les bourreaux et je me suis rappelé avec admiration et attendrissement ces paroles bénies : #
« Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Vous ne tuerez pas, et quiconque tuera, méritera d T être jugé par le jugement.
« Mais moi je vous dis que quiconque se mettra en colère contre son frère, méritera d’être condamné par le jugement.
« Vous avez appris qu’il a été dit : Œil pour œil et dent pour dent ;
« Et moi je vous dis de ne pas résister au mal que l’on veut vous faire, mais si quelqu’un vous a frappé sur lajoue droite, présentez-lui encore l’autre.
« Si quelqu’un veut plaider contre vous pour vous prendre votre robe, quittez-lui encore votre manteau.
« Vous avez appris qu'il a été dit : Vous aimerez votre prochain et vous haïrez votre ennemi.
« Et moi je vous dis : aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient,
« Afin que vous soyez les enfants de votre Père qui est dans les cieux, qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, et fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes 1 . »
Évangile selon saint Matthieu , cliap. xxv, v. 2 et 8iliv.