‹ La liberté de conscienceChapitre 98 sur 269 · Le 20 juillet · texte numérisé non relu

Le 20 juillet

* * de l’Etat, sans rien changer aux maximes du gouvernement.

Pendant toute la fin de l’empire romain, et pendant tout le moyen âge, le pouvoir civil s’attribua le droit, se crut le devoir d’imposer une religion par la force. L’inquisition ne fit qu’organiser ces violences. Elle subsiste encore à Rome, quoique adoucie ; et c’est à peine si elle était abolie de fait en Espagne quand les armées françaises y pénétrèrent sous Napoléon 1 . Elle ne fut jamais que nominale en France, parce qu’elle fut repoussée, non par une pensée de tolérance, mais par le pouvoir épiscopal et l’esprit des libertés gallicanes. L’absence de l’inquisition ne rendit pas la France clémente. Sous François I er les protestants furent massacrés; ils le furent sous Henri II, sous François II; le règne de Charles IX n’a qu’une date, et c’est la nuit de la Saint-Barthélemy. Henri IV, né huguenot, dont les meilleurs amis étaient morts sous les coups de la Ligue, qui avait vu Henri III assassiné sous ses yeux par un fanatique, qui, repoussé à cause de sa religion, avait lutté trois ans pour reconquérir sa capitale, et n’y était enfin rentré qu’en abjurant sa foi et en payant la trahison de Brissac, Henri IV donne aux protestants, au lieu de la liberté religieuse, des sûretés et des garanties. Il arme une religion contre l’autre. Il comprend si peu la tolérance qu’il ne croit pouvoir faire subsister ensemble les deux religions, qu’en séparant son peuple en deux peuples. Après lui, cette situation étrange produisit fatalement la guerre civile. Bientôt ce ne fut plus entre les deux partis qu’une question de force ; et au fond, même sous Henri IV, la force seule avait tout dominé. Louis XIV se donna pour tâche d’anéantir le protestantisme : rien ne lui coûta pour y parvenir; il employa tout à la fois la ruse et la force. Ce qui restait de protestants vécut dans l’abjection sous Louis XV et sous Louis XVI. L’ordonnance

L’inquisition fut détruite parles Français en 4 809, rétablie en <840 par Ferdinand VH, et abolie définitivement par les Cortès en 4 820.

de 1787 en fit, pour ainsi dire, des hommes sans les élever au rang de citoyens. Et comme si tout devait confondre la raison dans l’histoire de l'intolérance humaine, nous allons voir la révolution s’y prendre à trois fois pour émanciper les juifs. La Déclaration des droits de l’homme ne suffit pas pour les affranchir; tant cette exception contre nature paraissait légitime aux esprits les plus philosophiques et aux plus hardis révolutionnaires.’ Je montrerai bientôt que l'Assemblée nationale, assez longtemps après avoir déclaré que tous les hommes naissent et demeurent égaux devant la loi, délibérait encore pour savoir si les protestants et les juifs pourraient entrer dans les collèges municipaux. Elle en ouvrit la porte aux protestants, non sans hésiter; mais pour les juifs, elle ne consentit à voir en eux des citoyens qu’au mois de septembre 1791. Encore la liberté des cultes ne fut-elle pas proclamée sous son nom, et à la face du ciel, comme les autres libertés 1 Le décret qui abolit les derniers restes de l’oppression porte la marque d’une défiance et d’une animosité invincibles. On pourrait presque dire que les juifs furent émancipés quoique juifs, et seulement par respect pour leur qualité de Français, mais que l’émancipation du judaïsme ne fut pas décrétée, et que la liberté de conscience fut méconnue jusqu’au bout.

Tel est le tableau que l’histoire vient de nous dérouler; et l’on ne peut s’empêcher de dire ici, que l’humanité n’est rien que par la pensée, que la pensée n’est rien que par la liberté; et que toutes les forces de la passion individuelle, toutes les forces des États, toutes celles des institutions et des agglomérations religieuses, ont été presque constamment employées à détruire la liberté de la pensée, et par conséquent la pensée elle-même. On se consolerait presque de voir des prétoriens romains, ou les grossiers soudards du moyen âge, méconnaître les conditions les plus nécessaires de la dignité et de la grandeur humaine ; mais ce qui est navrant, ce qui est décourageant, c’est de

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