‹ La liberté de l'enseignementChapitre 8 sur 26 · L \ LIBERTÉ · texte numérisé non relu

L \ LIBERTÉ

Vous avez oublié les trappistes qui continuent encore parmi nous [a tradition du travail manuel c >nsacré pai Ligion.

(Très bien ! trèê bien! sur : ■ banc. .

Est-ce le travail intell ctuel que, d'après von-. l'Eglise n'a pas honoré? Mais, vous oubliez donc cette admirable de grands penseurs, de grands philosophes, de de grands poètes, de grands artistes dont l'] a inspiré,

fécondé, agrandi le génie. Notre liste est longue et glorieu vous nous montrerez la votre quand vous voudrez, et nous comparerons. (Nouveaux applaudissements à droite.

M. Corbon. — Voulez- vous me permettre... (Réclamations sur les mêmes bancs.)

M. Chesnelong. — Je ne vous ai pas interrompu, je vous prie de ne pas m interrompre.

Vous avez oublié ces grands ordres que l'Eglise a fondés pour se vouer, en vue de servir l'humanité, à un travail opiniâtre, persévérant : les uns, comme les bénédictins, au travail de l'étude, les autres, comme les dominicains et les fransciscains, au travail de la prédication, les autres, comme les jésuites et d'autres ordres, au travail de l'enseignement. (Très bien! très bien! à droite.)

Vous avez oublié cette civilisation que i'Eglise a enfantée dans le travail et à laquelle nous devons toutes les richesses intellectuelles et morales que nous possédons.

Ah! oui, cela est vrai, l'Eglise dit au travail intellectuel et au travail manuel : Vous êtes grands, mais votre grandeur ne suffit pas à l'homme. Il y a un autre travail qui vous est supérieur et qui s'impose à tous : c'est le travail de l'âme agissant sur elle-même sous le regard de Dieu, se vouant au bien par une sorte de servitude volontaire et libre et lui élevant, dans la conscience soumise, un autel respecté.

Ce travail produit la vertu, et lorsque la vertu s'élève à ces sommets où l'égoïsme humain ne se montre plus, où le pur amour, l'amour désintéressé de Dieu et des hommes, est l'unique mobile de Famé transfigurée, alors l'Eglise sacre la vertu, elle l'appelle sainteté et elle l'offre aux hommages des hommes. (V i f s applaudissements à droite.)

Voilà, voilà la conception de l'Eglise sur le travail. En y réfléchissant, M. Corbon trouvera peut-être que cette doctrine a quelque grandeur. (Très bien! à droite.)

I i LIBERTÉ DE [GNEMENT L05

Et puis, vous avez parlé de la morale chrétienne et de la morale moderne.

La morale chrétienne,, selon vous, a fait son temps, et vous lui adressez deux reproches ; d'abord, dites-vous, c'est une morale terroriste; vous avez oublié cette parole de M. de Chateaubriand: « Qu'elle est belle et qu'elle est consolante, celle religion qui fait une vertu de l'espérauce. » (Très bien! très bien! sur les mêmes bancs.)

En outre, pour les catholiques, selon vous, cette morale est trop facile, parce qu'elle met le pardon à coté de la faiblesse; comme si l'homme n'avait pas besoin du secours de Dieu pour s'affermir dans le bien, et de la miséricorde de Dieu pour s ' relever de ses défaillances ! (Nouvelle approbation à droite.)

Ensuite, quan' à la morale moderne, vous revendiquez la liberté humaine, la responsabilité humaine, la légitimité de la sanction de cette responsabilité, vous affirmez que cette sanction existe ici-bas. Existe-elle aussi ailleurs? il vous paraît raisonnable de le croire; mais vous déclarez n'en rien savoir.

M. Corbon. — Mais ni vous non plus !

M. Ghesnklonc. — Quant au Dieu personnel et vivant que nous adorons, vous ne l'affirmez pas; vous ne le niez pas; vous le cherchez; et après avoir ainsi défini la morale moderne, vous dites qu'elle est spiritualiste !

Je n'ai pas qualité, messieurs, pour défendre la doctrine spiritualiste ; je suis un chrétien qui croit simplement et fermement, je ne suis pas un philosophe. Mais je doute que l'illustre auteur du Devoir qui me fait l'honneur de m'écou- I !' ait reconnu la doctrine spiritualiste dans les lambeaux défigurés que vous en avez apportés à cette tribune. Si elle n'était que cela, elle n'aurait pas, à coup sur, obtenu, à bien des époques, l'adhésion de tant d nobles esprits. (Approbation à droite.)

Enfin vous n'avez pas été plus indulgent pour l'histoire de l'Eglise que pour sa morale.

Vous avez fait l'inventaire du rôle de l'Eglise au moyeu âge; vous avez mis à son actif une grende architecture (Rires à droite), et, à son passif, i'étouffement du génie humain,

M. Corbon. — J'ai dit l'étoulTement du génie : cientifique !

LA i- i DE I.'l.

M. Chesnelong. — Est-ce de l'histo .' mais

regardez bien: l'empire romain s'est effondré; arbares

sont venus; c'est l'effondrement ; c'e ! la désolation ; chaos. Que fait l'Eglise? Elle appelle les barbares à la haute moralité de ses cr oyances, elle défriche le sol, elle cultive les

arts . u milieu du fracas des batailles; elle sai ve de la civilisati on antique; elle opp résistances du droit

aux usurpations de la force, elle montre tous les es de

courage contre tous les genres de périls. 'Bravos et apf dissements à droite.)

Elle fait sortir, la remarque est de M. Guizot, de la confusion la plus épouvantable que le monde ait jamais connue, l'idée la plus étendue et la plus grande qui ait jamais rallié les hommes, l'idée de l'unité spirituelle.

Elle fait sortir aussi des ténèbres les plus profondes, daus lesquelles le monde ait jamais été plongé, la civilisation la plus morale, la plus haute, la plus noble, la plus élevée, la plus bienfaisante qui jamais ait rayonné sur l'humanité. Et vous oubliez tout cela. (Très bien! très bien! à droite.)

Et puis, après avoir passé sur le siècle de Léon X en Italie et sur celui de Louis XIV en France, sans même les honorer d'un hommage, vous arrivez à ce dix- huitième siècle qui a commencé par le mépris et a fini par la colère ; qui a commencé par le rire et a fini par le sang. (Vive approbation à droite.)

Et vous dites à l'Eglise : Cette vieille société française a été votre victime et elle a succombé, parce que vous aviez déposé en elle des germes de mort. Je répondrai par cette parole que le P. Lacordaire a prononcée un jour à la chaire de Notre- Dame, et que le tour que vous avez donné à cette discussion m'autorise à porter à cette tribune: « La vieille société française a péri, parce que Jésus-Christ en était sorti, et la société nouvelle a peine à trouver ses assises, parce que Jésus-Christ n'y est pas assez rentré. » (Bravos et applaudissements à droite.)

Voilà la vérité. Nous gardons nos responsabilités, gardez les vôtres; à vous les ruines, à nous les relèvements. (Vifs applaudissements à droite.)

Maintenant, messieurs, si vous le voulez bien, je quitterai le discours de l'honorable M. Corbon et je reviendrai au projet de loi. (Adhésion à droite.)

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Qu'est-ce donc que le projet de loi? Si je l'examine dans son titre, il semble n'avoir pour objet que d'établir l'obligation de l'enseignement. Si je l'examine dans son texte, je vois qu'il a aussi pour but d'exclur • la religion de renseignement.

Si je pénètre dans son esprit, je voi i que tout y est combiné de manière à rendre obligatoire une école ofilcielle où la religion n'aura pas sa place. {Rumeurs à gauche.)

Je no crois pas que jamais question plus grave ait été soumi-e aux délibérations d'une assemblre. Il s'agit d'accomplir une véritable révolution dans l'enseignement; de le mettre en antagonisme avec la foi générale de la France; de le découronner de la plus noble partie de sa tâche, en séparant l'enseignement religieux de la culture intellectuelle; de le retourner conlre son but en le faisant servir à une vaste entreprise officielle de déchristianisation du pays ; enfin de recourir à l'obligation pour avoir raison des résistances que pourraient^ opposer la conscience et la tendresse paîernelles. (Très bien! à droite.)

Ce qui caractérise, en effet, le projet de loi, c'est que la religion et la liberté y sont frappées du même coup; c'est que la laïcité et l'obligation y sont étroitement liées : la laïcité y^est d'autant plus inacceptable qu'elle s'impose par l'obligation, d'autant plus oppressive quelle est escortée de la laïcité.

Je voudrais examiner le projet de loi à ces deux points de vue; je commence par la laïcité.

J'ai lu sur ce point, avec toute l'attention qu'il mérite, le remarquable rapport de la commission, et voici, en laissant de côté des développements que je retrouverai dans la discussion, comment je crois pouvoir le résumer.

Jusqu'ici, l'école élait confessionnelle, désormais elle sera neutre. Plus d'instruction religieuse, ainsi le veut la liberté; mais nous garderons l'instruction morale et même cette instruction morale sera une instruction civique.

Enseigner la religion, ce n'est pas l'affaire de l'Etat, qui n'a pas compétence pour cela, et les écoles publiques sont des écoles de l'Etat. C'est l'affaire des familles et des ministres des cultes; ceux-ci auront à leur disposition un jour par semaine, indépendamment du dimanche, pour donner cetle instruction.

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