‹ La liberté de l'enseignement. --Chapitre 15 sur 86 · LES EMBARRAS DE PANURGE · texte numérisé non relu

LES EMBARRAS DE PANURGE

Je sais bien qu'on me dira que c'est là de la diplomatie, et que la diplomatie n'est que l'art de tromper. Je le reconnais, et c'est pourquoi j'ai pour elle le plus profond mépris, n'ayant jamais bien pu saisir la différence qui existe entre un marchand de cochons qui me vend une bête gâtée et un beau monsieur, couvert de décorations, qui m'annonce une nouvelle fausse.

Lorsque les mensonges sont inutiles, l'odieux devient le ridicule, et c'est pire. On flétrit mais on comprend Bismarck fabriquant une fausse dépêche, grâce à laquelle, tant la justice est immanente, l'empire d'Allemagne a été fondé ; mais on se demande pourquoi tant de finasseries pour duper le vieux du Vatican et lui faire croire que vessies fussent lanternes, alors qu'à supposer même qu'on eût besoin de lui faire croire cela, ce que je nie, on n'arrivait guère qu'à gagner quelques jours, les lanternes n'ayant pas tardé à apparaître en leur état de vessie.

Quelle drôle de politique ! Elle rappelle celle des valets de Molière qui vous demandent pardon de la liberté grande qu'ils vont prendre de vous donner des coups de bâton. Pensezvous par hasard que, de quelque nom que vous les appeliez, je ne m'apercevrai pas, en les ressentant, que ce sont des coups de bâton ?

Le Concordat n'aurait-il que cet inconvénient de forcer les gens à mentir, qu'il serait

utile de s'en débarrasser. Quand chacun sera chez soi et y fera tout ce qu'il voudra, il n'y aura plus besoin de prendre tant de mitaines, et l'on y gagnera tout au moins un peu de sincérité. J'avoue qu'il me répugnerait profondément, si j'étais chargé des affaires extérieures, de signer un papier où je donnerais ma parole qu'une chose ne se fera pas lorsque je serais très résolu à la faire.

C'est pourquoi je m'explique le petit nombre de ces fragments jaunes,, et aussi que M. Delcassé ne soit pas très pressé d'en causer. La couleur jaune, étant la couleur des maris trompés, sied à cet abrégé ad usum Delphini des hypocrisies de notre politique.

Je ne vois pas du tout la nécessité de faire croire au chef de la religion catholique que tout ce qu'on fait aujourd'hui est pour son bien et pour celui de son église. « Qui trompe-t-on ici?» disait Basile. Le pape n'est pas un sot; et, de même que M. Yallé a pu dire : « A qui viendra-t-il à l'esprit que notre loi soit une loi libérale ? » de même je me demande où est l'homme qui s'imaginera que la majorité n'est pas imbue d'un autre désir que celui de faire plaisir au Saint-Père.

Ceux que parmi nous on appelle les violents ont au moins une qualité» c'est la franchise; je ne suis pas de leur bord, m'étant réfugié dans

Page 1