‹ La liberté de l'enseignement. --Chapitre 19 sur 86 · LE JEU DE LA POLITIQUE · texte numérisé non relu

LE JEU DE LA POLITIQUE

toit pour y faire ce que bon leur semblera, décision évidemment contraire à la liberté, se réveillent tout d'un coup pour réclamer, au nom de cette même liberté, contre la fermeture de certaines chapelles, comme si fermer ceci ou fermer cela ce n'était pas toujours fermer, c'està-dire empêcher les gens de faire ce qui leur plaît ?

— Non, mon ami, je ne le pourrai point.

— Alors vous ne pourrez pas me dire non plus pourquoi le gouvernement, après avoir déclaré qu'une loi lui était absolument indispensable, affirme qu'il peut s'en passer et qu'elle est aussi inutile qu'absurde?

— Je ne le pourrai pas davantage.

— Sans doute, vous ne pourrez pas me dire non plus pourquoi les députés qui s'étaient montrés le plus hostiles à cette loi se sont empressés de la voter, et pourquoi ce sont eux qui ont reproché au gouvernement de ne la point faire accepter par le Sénat, alors qu'ils auraient dxi être les premiers enchantés de ne point voir appliquer une loi qu'ils nous ont donnée, eux aussi, comme inutile et absurde ?

— J'y s-erai tout aussi impuissant que pour tout le reste. La politique, mon ami, a ses mystères, comme la religion ; et, de même que les prêtres n'y voient pas plus loin que les fidèles, ceux qui font de la politique ne savent pas

plus ce qu'ils font que ceux qui n'en font pas. Les choses vont parce qu'elles vont, et qu'il faut bien qu'il y ait des choses. L'esprit souffle où il veut ; et, lorsqu'il n'y a pas d'esprit, comme aujourd'hui, la girouette tourne à tous les vents. Est-ce que vous croiriez, par hasard, qu'une intelligence préside à nos destinées ?

— Je ne vais pas jusque-là. Cependant j'aurais désiré quelque logique dans les idées des hommes.

— Autant vaudrait en demander aux événements. Je sais bien qu'il y a des historiens qui essaient d'en trouver dans l'histoire. Mais elle en renferme si peu que chacun d'eux lui prête la sienne, qui dément celle de son confrère. S'il y avait, je ne dis pas même de la logique, mais la moindre suite dans les événements, est-ce qu'après cent quinze ans écoulés depuis la Révolution nous en serions où nous en sommes? Est-ce que l'Evangile, code de douceur et de bonté, aurait enfanté tant de haines et de massacres ? Non, mon ami, la vérité est que les événements humains dansent le caJce-waJk ; il n'est donc pas étonnant que les hommes en fassent autant. Au demeurant, il vaut mieux qu'il en soit ainsi, car cela est plus amusant, étant plus varié. Si les choses s'enchevêtraient logiquement, on les connaîtrait d'avance ; et ce serait à mourir d'ennui.

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