FORCE ET LIBERTÉ
l'homme fait ; tout le monde peut les lire, les enfants comme les grandes personnes. Ensuite, et nous le savons de reste, il y a nombre d'hommes et de femmes dont le cerveau est plus faible que celui de bien des enfants, et qui ne rejettent nullement le poison dont il s'agit.
•Je le répète donc, s'il y a poison, ce n'est pas une liberté qu^il faut supprimer, c'est toutes les libertés.
Malheureusement pour cette belle logique, les esprits ne s'entendent nullement là-dessus. Quand il est question de choses matérielles, rien de plus clair. Tout le monde sait que la ciguë ou l'arsenic donnent la mort, que lorsqu'on vous applique un coup de poing sur le nez cela fait mal, et que si quelqu'un vous jette à l'eau il vous noie. C'est pourquoi il est très bon et très juste que nul n'ait la liberté de vous verser du poison, de vous assommer, ou de vous pousser dans le canal. Ce sont choses qui vous nuisent incontestablement, et la borne indiquée par l'article des Droits de l'homme s'élève là tout naturellement.
Mais le même consentement universel, la même entente n'existent plus dans les choses intellectuelles et morales. Ce qui est poison pour Tun est pour l'autre la plus saine des nourritures, et réciproquement. Quand vos adversaires étaient au pouvoir, ils traitaient vos doctrines
d'ordures infernales, d'aliments corrupteurs, et affirmaient, tout comme vous, qu'il fallait en préserver la jeunesse. Aujourd'hui c'est tout pareil, bien que ce soit tout le contraire. Vous vous indignez de la comparaison parce que c'est vous qui affirmez être en possession de la vérité. Les autres l'affirmaient de même. Qui sera juge ? Ceux qui ont l'autorité, c'est-à-dire la force.
Or la force est précisément le contraire de la liberté, car il n'y a pas de liberté là où il n'y a par la liberté de l'erreur.
Ceci vous condamnant d'une façon trop formelle, vous vous retournez du côté de l'enfant, de cet enfant, âme sacrée, pour qui il ne saurait y avoir de liberté et qui doit fatalement appartenir à quelqu'un. Là-dessus vous vous l'adjugez. Autrement dit, vous l'adjugez à l'Etat. Pourquoi? En quoi l'enfant sera-t-il plus libre quand il appartiendra à l'Etat que lorsqu'il appartiendra à sa famille ? Vous n'en donnez, et ne pouvez en donner aucune autre raison que c'est parce que vous êtes l'Etat, c'est-à-dire le maître. Ego noTninor Ico. C'est une raison^ Les autres la donnaient aussi.
Remarquez qu'au fond cela m'est parfaitement égal, car je crois que vous vous abusez étrangement en attachant cette fantastique importance aux préceptes de l'enseignement. Tous nos enfants dans; le passé ont été instruits par