AUX CALENDES
compris les radicaux gambettistes. Il s'est passé, à ce sujet, des choses très curieuses dans certains bureaux.
C'est ainsi, par exemple, qu'on entendait un premier orateur vanter les bienfaits de la religion, exalter l'Eglise, s'en déclarer le fils soumis et respectueux. A cet orateur succédait un autre qui, lui, soutenait également le Concordat, mais en étalant son mépris pour la religion et pour l'Eglise et en disant que le Concordat devait servir à l'Etat pour mettre un joug de fer à tous les calotins. On passait au vote, et les mêmes députés votaient à la fois pour ces deux orateurs. Les athées donnaient leurs voix au catholique fidèle, et les catholiques fidèles donnaient leur voix à l'athée.
Ne s'agissait-il pas de combattre l'ennemi commun ; la liberté ?
« Ainsi^ disait un de nos amis à un député de la droite, vous accepteriez plutôt le projet Paul Bert que l'abrogation du Concordat ?
— Oui, répondait franchement le droitier. »
On voit que les catholiques de nos jours
n'ont rien de commun avec les chrétiens qui
hantaient les catacombes. Les nôtres n'auraient
pas hésité à passer à la caisse de Néron.
Ce qu'il y a de plaisant dans cette affaire,, c'est que ces deux partis opposés, les amis de
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l'autorité de TEglise et les amis de l'autorité de l'Etat, émettent le même vote, mus par des prévisions absolument contradictoires.
Il faut pourtant bien que des deux opinions il y en ait au moins une qui se trompe.
Les autoritaires ennemis de l'Eglise disent :
« Nous voulons le maintien du Concordat, parce qu'avec la liberté l'Eglise redeviendra plus puissante que jamais; parce qu'elle constituera un péril social; parce que nous serons dévorés par les prêtres et les couvents. »
Les autoritaires, amis de l'Eglise, disent :
« Nous voulons le maintien du Concordat, parce qu'avec la liberté l'Eglise est perdue, les prêtres mourront de faim, le clergé ne se recrutera plus et le catholicisme aura vécu. »
Arrangez cela comme vous pourrez. Je le répète, il faut pourtant bien que les uns ou les autres se trompent.
Pour nous, qui sommes des hommes de bonne foi et qui croyons que la liberté ne saurait avoir que des conséquences favorables au progrès, nous sommes naturellement culbutés, avec tous les égards que doivent aux partisans do la vérité les partisans de l'erreur.
Nous n'avons donc plus aucun espoir dans un résultat prochain. Quand viendra le jour de la discussion publique, nous n'en dirons pas