‹ La liberté de l'enseignement. --Chapitre 75 sur 86 · CERCLE VICIEUX · texte numérisé non relu

CERCLE VICIEUX

sant qui plonge dans la constellation de l'autorité.

Il est étrange que, dans ce pays, on ne puisse s'habituer ni à subir l'autorité, ni à pratiquer la liberté. Il faut toujours qu'on crie, et si l'on ne crie plus contre le maître, on crie pour en avoir un. En ce moment, cette pauvre loi sur la liberté de la presse, qui n'était pourtant pas bien fameuse, est démolie article par article, et l'on entasse sur elle un nombre toujours plus considérable d'exceptions qui finiront par la recouvrir tout à fait.

Le tout, sous l'éternel prétexte qu'on ne saurait tolérer ceci, que l'opinion publique demande cela, que la liberté n'est 'pas la licence, etc., etc.

Que nous sommes bien le peuple des grenouilles décrit par La Fontaine (un pornograpbe qui fait bien d'être mort, car il tâterait de la prison!). Nous avons le morceau de bois; il nous faut le béron. Avons-nous le héron? nous regrettons le morceau de bois. Eh ! quof? ne nous arrêterons-nous jamais à un système ? Ou retournons franchement en arrière et inclinons nos fronts; ou risquons-nous hardiment dans la plaine de la liberté, au risque de quelques ennuis, de quelques fatigues et de quelques faux pas.

Sans doute chaque système a ses défauts et ses mérites; sans doute, si l'autorité est mau-

vaise généralement, il est des cas où elle paraît avoir des avantages ; sans doute la liberté n'est pas sans inconvénients ; mais quand nous prêclions la liberté, nous ne prêchons pas le paradis des prophètes, nous vous disons simplement qu'avec elle la somme des biens l'emporte sur la somme des maux. Encore faut-il choisir entre l'autorité et la liberté, et ce n'est pas vivre qu'osciller sans cesse de l'une à l'autre, sans pouvoir jamais s'arrêter à aucune.

La loi que vient de voter la Chambre prudhommesque, à qui manque un Henry Monnier, a pour objet apparent la répression des outrages aux bonnes mœurs. Elle est, en réalité, une arme terrible contre toute la presse. Tienne un gouvernement réellement autoritaire, avec ces tout petits articles, il a tout ce qu'il lui faut pour faire disparaître le journal qui lui déplaira.

Cett-e loi est tout simplement monstrueuse, puisqu'elle permet ces deux choses : la saisie et l'arrestation préventive.

C'est l'arbitraire dans toute sa beauté.

Un beau jour il viendra en fantaisie à un magistrat de saisir le Radical et d'arrêter toute la rédaction ; il le pourra. Pourquoi cette saisie ? Pourquoi ces arrestations.

« Vous avez, dira le magistrat, cité un vers de Victor Hugo, qui m'a paru obscène. Je vous arrête tous comme complices. »

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