LE CLERGÉ LAÏQUE
paraison à établir, il y en a une, et les partisans des diplômes d'avocat et de médecin, c'est-à-dire des garanties d'Etat pour ces deux professions sont illogiques, quand ils n'admettent pas des garanties analogues pour l'éducation des enfants.
Donc nous, nous n'admettons pas plus ces garanties que les autres, et nous sommes pour la liberté de ces professions. Si, avec M. Madier de Montjau^ je crois que les parents sauront parfaitement reconnaître les bonnes institutions des mauvaises, je crois, non moins fermement, que les citoyens sauront également reconnaître les gens capables de les mieux soigner, et de les mieux défendre.
Mais ceci n'est rien. Là où M. Madier de Montjau s'est écroulé tout à coup, c'est, lorsqu'après avoir prouvé comme deux et deux font quatre qu'il ne faut pas toucher à la liberté d'enseignement, il conclut à la suppression pure et simple de cette liberté, et reconnaît à l'Etat le droit d'empêcber certaines personnes d'enseigner.
Mais, malheureux que vous êtes, si l'Etat a le droit d'empêcher qui que ce soit d'enseigner, il a le droit d'en empêcher d'autres, c'est-à-dire d'empêcher qui il voudra ! Vous qui êtes aujourd'hui l'Etat, vous exceptez le clergé; demain l'Etat sera M. de Broglie qui vous excep-
tera. Cela est claî
la lumière du soleil.
comme la lumière Mais les sectaires sont aveugles, et, dès qu'on agite une soutane devant certaines gens, ils ne voient plus clair.
M. Madier a cependant comme un instinct de l'objection. Aussi ajoute-t-il que, s'il excepte le clergé, c'est que le clergé est composé de fonctionnaires et que l'Etat a le droit de défendre à ses fonctionnaires d'enseigner. Yoilà qui est spécieux et un tantinet ridicule. M. Madier veut évidemment le maintien du Concordat. Il place donc l'Etat dans cette singulière situaition de payer des gens pour faire une chose qu'il leur défend ensuite de faire.
Ceux qui ne croient pas aux bienfaits de l'enseignement clérical, et qui sont logiques, demandent l'abrogation du Concordat. Mais ceux qui maintiennent le Concordat doivent croire à l'utilité du clergé, sous peine d'être stupides.
Il résulterait donc du projet de M. Madier une loi ainsi conçue :
Article premier. — L'Etat paie les prêtres pour enseigner leurs doctrines.
Art. 2. — Il est défendu aux prêtres d'enseigner.
Yoilà pourtant à quelles monstruosités abracadabrantes on arrive, quand un fanatisme quel-