OISE
Vieux Serments, Vieux Galons.
M. Goblet confesse avoir longtemps cru qu'il n'y avait entre les républicains que des différences de tempérament, et qu'ils étaient tous à peu près d'accord sur les principes, ainsi que sur la façon de concevoir l'organisation de la République.
M. Goblet a perdu oette illusion; et je comprends sa surprise.
Il est certain que nous avons, nous aussi, connu les gambettistes partisans fougueux de la liberté. C'était du temps où l'Empire leur barrait le cbemin du pouvoir. Si à cette époque on leur eût dit : « Il viendra un jour où, imitant ce Eoulier que vous insultez, vous déclarerez, dans le même langage, que les revendications libérales sont des formules d'opposition, dont il y a lieu de se défaire quand on est au pouvoir », ils eussent évidemment poussé des imprécations
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et crié qu'on les calomniait. Nous avions tous alors la même compréhension de la République qui, dans nos esprits, était identique à la liberté, et nous aurions eu peine à croire qu'une époque viendrait où, n'ayant rien changé à la centralisation impériale^ de soi-disant républicains répondraient à ceux qui leur demanderaient où est la République : « La République, c'est ça ! »
Sous l'Empire, nous étions très unis. Chacun de nous voulait la mairie de Paris, l'organisation des communes, la décentralisation, la séparation de l'Eglise et de l'Etat, l'élection des magistrats, la liberté d'enseignement, etc., etc. Et l'on soupirait : a Ah ! quand aurons-nous la République ? Il n'y a que la République qui puisse nous donner tout cela. » La République arrive, s'installe. Nous autres, pauvres naïfs, nous continuons à penser ce que nous pensions sous l'Empire. Las d'attendre, nous nous adressons à nos amis du gouvernement.
« Ah ! çà ! répondent ceux-ci, est-ce que vous êtes assez bêtes pour croire encore à tout cela? Tous ne ressemblez pas mal à ces dadais qui continuent à aimer une femme après la possession. Mais, imbéciles que vous êtes, quand on est amoureux, on se précipite aux genoux de celle qu'on adore, on lui promet des châteaux en Espagne, y compris ce palais introuvable, la constance,, on pleure, on met la main sur son
cœur, on adjure les dieux immortels. Qu'est-ce que cela prouve ? qu'on veut obtenir la belle. La belle elle-même feint de croire à tout cela, mais n'y croit pas au fond. Elle serait peut-être très fâchée qu'on lui tînt parole. Si les rois ne vengent pas les injures des ducs d'Orléans, à plus forte raison n'exécutent-ils pas leurs promesses. »
Et nous voilà penauds. Et M. Goblet avoue qu'il est aussi penaud que nous. C'est pourquoi, poussés à bout, nous avons rêvé l'organisation d'un grand parti d'imbéciles, comprenant tous les niais qui tiennent leur parole, tous les idiots qui ont de la probité, tous les crétins qui trouvent encore bon aujourd'hui ce qu'ils trouvaient bon il y a douze ans, tous les toqués fidèles à la République qu'ils aimaient. Notre idée fait du chemin, on commence à s*y rallier de toutes parts, et j'ai grand'peur pour les gens d'esprit que la conscience ne gêne pas, et qui se soucient d'un vieux serment tout autant que d'une vieille botte.
Pour moi, il y a une chose que je n'ai jamais pu comprendre. C'est que le public continue à mettre sa confiance en des gens qui prêchent le contre après avoir prêché le pour. En admettant qu'ils soient de bonne foi, il faut bien qu'ils reconnaissent s'être trompés, ou se tromper. Ou ils ont tort aujourd'hui, ou ils avaient tort jadis. vSi c'est aujourd'hui qu'ils ont raison, qu'ils