UNE FAUTE
parti républicain est uni sur cette question de principe. C'est dans l'application qu'il peut se diviser.
De quoi s'agit-il en effet ? D'entraver le moins possible la liberté de chacun dans la pratique de l'obligation. Il en est de cette loi comme de toutes les lois, on ne doit obliger qu'au strict indispensable et se garder de dépasser la borne d'un millimètre. Or, les discussions qui viennent d'avoir lieu à la Chambre ont prouvé surabondamment qu'on n'a pas encore mis la main sur le moyen terme désiré.
L'enseignement est obligatoire. Donc, il faut que l'enseignement soit. Un conseil municipal ne peut refuser obéissance à la loi, et priver sa commune d'enseignement. Cela est indiscutable. Mais suit-il de là que l'Etat doive imposer à chaque commune son genre d'écoles, ses méthodes, ses professeurs, et passer son niveau sur toute la terre de France ! Halte-là.
On parle beaucoup de l'Amérique. On devrait mieux l'étudier. Si, en Amérique, l'instruction est obligatoire, la façon de donner cette instruction est laissée à la liberté de chaque pays. Il suffit que le pouvoir central constate que l'instruction existe. Son droit s'arrête là.
Pour moi, j'irai plus loin. Je ne verrais aucun inconvénient à ce qu'il y eût une instruction nationale. Mais j'en vois un très grand à ce
qu'elle soit faite avec l'argent des communes, c'est-à-dire avec l'argent qui n'est pas à l'Etat. La grosse question discutée l'autre jour a été de savoir ce qu'on devrait faire, dans le cas où un conseil refuserait de voter les fonds nécessaires pour la construction ou l'entretien des écoles.
Le bon sens indique la solution. Ce serait de laisser la commune tranquille et d'avoir des écoles appartenant à l'Etat. Mais la loi est autrement faite. Soit.
Sur ce sujet, deux opinions sont entrées en lutte. Celle qui a triomphé est une opinion monstrueuse. Le préfet est maître absolu; il disposera des fonds communaux. Certes, ceux qui ont voté cela l'ont fait dans d'excellentes intentions ; mais l'avenir leur réserve d'étranges surprises.
L'autre opinion, qui a été battue, voulait que dans ce cas le Parlement décidât. C'est ici que nous croyons que M. Clemenceau a été dans Terreur. M. Clemenceau a dit : « Comment pouvons-nous être juges? Il en est de ceci comme des lois d'intérêt local, que nous votons les yeux fermés. Nous ne refuserons jamais ce que demandera un ministre, ce sera simplement du temps perdu. »
Certainement, nous trouvons absurde qu'on propose à la Chambre des députés ces lois d'intérêt local,, que les conseils généraux seraient beaucoup plus aptes à juger. Mais des conseils