NECESSITE DE LA SEPARATION
membres, ne croirait-il pas s'être trompé de porte et ne demanderait-il pas à l'huissier si, par hasard, il n'est pas entré dans une réunion d'ecclésiastiques ?
En vérité, nous devrions avoir d'autres affaires, et nous les aurions, si chacun était à sa place, si les évêques traitaient du culte et si les politiciens faisaient de la politique. Tout est mêlé, confondu, et tandis que nous nous occupons gravement des statuts qui règlent les capucins, toutes les réformes, si impatiemment attendues par l'opinion, sommeillent paisiblement sous l'ombrage des ormes parlementaires.
Il semble que le seul travail qui nous intéresse soit celui qui consiste à améliorer la religion catholique, apostolique et romaine, et à la décheniller de ses moines, afin que l'arbre séculier puisse pousser de plus vertes branches. Ce sont pourtant des réformes politiques que nous avons à faire et non des réformes religieuses. Laissons aux abbés le soin qui leur revient, et faisons notre métier.
Ces choses nous dévoient tellement que nous en sommes réduits à invoquer tous les jours l'appui de saint Louis, de Philippe-Auguste, de Louis XIY et de Napoléon, qui, en effet, légiféraient à notre façon et sur qui nous prenons modèle, comme s'il n'y avait pas quelque chose de changé depuis ce temps-là. Il n'y a pas de
jour où une demi-douzaine d'orateurs ne citent notre vieux droit public. On se croirait revenu à l'époque de M. de Salvandy, que dis-je ? à celle de la lutte des gallicans. On m'avait pourtant conté que, depuis lors, un petit événement avait eu lieu, qui s'est appelé la Révolution française. Il faut qu'on se soit trompé; et cela démontre comme on instruisait mal les enfants quand j'étais petit.
La faute en est aux avocats. On devrait bien, lorsqu'on en aura fini avec les moines, expulser aussi les avocats. Nourris d'un tas de vieilles maximes de droit, imprégnés de la moisissure des codes, jamais, quelle que soit d'ailleurs leur valeur intellectuelle, ils ne s'imagineront qu'ils habitent une cité nouvelle où, loin de trouver des arguments dans les traditions légales du passé, on ne peut y puiser que des raisons pour faire exactement le contraire. Plus ils me démontrent que Charlemagne aurait fait ce que nous faisons, plus ils me rendent certain que c'est ce que nous ne devons pas faire.
A un régime d'autorité qui s'est appelé la monarcbie, nous avons, à tort ou à raison, substitué un régime de liberté qui s'appelle la République. Il est au moins plaisant que, toutes les fois que nous proposons quelque chose, nous l'appuyions de la garantie de ce principe d'autorité, que nous avons banni.