LES PREUVES RATIONNELLES DE LA FOI
c( Combien sont nombreuses^ combien admirables, combien magnifiquement splendides les preuves par lesquelles la raison humaine doit être amenée à cette conviction profonde, que la religion de Jésus-Christ est divine, qu'elle a reçu du Dieu dû ciel la racine et le& principes de tousses dogmes, et ique, par conséquent, rien au monde n'est plus certain que notre foi; rien aussi qui soit plus saint ou qui produise plus de sécurité, rien qui s'appuie sur des bases plus inébranlables! C'est cette foi, qui est la maîtresse de la vie, le guide du salut, le contre-poison de tous les vices, la mère et la nourrice féconde de toutes les vertus. Démontrée par la naissance, la vie, la mort, la résurrection, la sagesse, les prodiges, les prophéties de son divin auteur et consommateur Jésus-Christ ; répandant de tous côtés la lumière de sa doctrine surnaturelle; enrichie des trésors inépuisables et vraiment célestes de tant de prédictions inspirées à ses prophètes, du
resplendissant éclat de ses miracles^ de la constance de tant de martyrs; illustrée par la gloire de tant de saints personnages, de plus en plus insignes et remarquables, elle porte partout les lois salutaires de Jésus-Christ ; et, de jour en jour, acquérant et puisant sans cesse de nouvelles forces dans les persécutions les plus cruelles, armée du seul étendard de la croix, elle a conquis Punivers entier, et la terre et la mer, depuis les monts qui touchent à l'aurore jusqu'à ceux derrière lesquels se couche Tastre du ciel ; et, après avoir renversé les trompeuses idoles, dissipé les ténèbres épaisses de Terreur, triomphé des ennemis de toute espèce, elle a répandu les bienfaisants rayons de sa lumière sur tous les peuples et sur tous les pays, quel que fût le degré de férocité de leurs mœurs, de leur naturel, de leur caractère barbare, les courbant sous le joug si suave de Jésus-Christ et leur annonçant à tous la joie et le bonheur.
a Certes, toutes ces magnificences resplendissent assez, en tout lieu, de Téclat de la puissance et de la sagesse divine, pour que toute pensée, toute intelligence puisse saisir promptement et comprendre facilement que la foi chrétienne est Pœuvre de Dieu. Donc, d'après ces splendides et inattaquables démonstrations, la raison humaine, amenée à reconnaître clairement et manifestement que Dieu est Fauteur de cette même foi, ne saurait plus reculer en arrière ; mais, sans se laisser arrêter par les difficultés ou par les doutes, elle doit à la foi une soumission entière, puisqu'elle reconnaît certainement l'origine divine de tout ce que cette foi enseigne aux hommes de croire et de pratiquer.
a On voit ici manifestement dans quelle erreur profonde sont plongés ces esprits qui, abusant de la raison et regardant les oracles divins comme des produits de Tintelligence créée, osent les soumettre témérairement à leur in-
terprétation personnelle ; puisque Dieu lui-même a établi une autorité vivante, laquelle devait fixer et enseignei* le véritable et légitime sens de sa révélation céleste, et mettre fin, par son jugement infaillible, à toutes les controverses, soit en matière de foi, soit relativement aux mœurs, et tout cela, afin que les fidèles ne soient pas entraînés à tout vent dans les fausses doctrines,, ni enveloppés dans les immenses filets de la malice et des aberrations humaines...»
Extrait de PAUoention de S. S. Pie KL, dans le consistoire dn 9 décembre 1854.
( l'exagébation des forces de la raison.)
a II est des hommes distingués par leur érudition qui, tout en avouant que la religion est le don le plus excellent que Dieu ait accordé aux hommes, font néanmoins un si grand cas de la raison humaine et l'exaltent à un degré tel, que, par la plus grande des folies, ils se figurent qu'elle doit être égalée à la religion elle-même. Par suite de cette vaine opinion, de leur part, les sciences théologiques leur semblent devoir être traitées de la même manière que les sciences philosophiques; tandis que les premières reposent pourtant sur les dogmes de la foi, lesquels l'emportent sur tout le reste en fermeté et en solidité , et que , d'autre part, les dernières sont développées et mises en lumière par la raison, qui est ce qu'il y a de plus incertain, vu qu'elle
change suivant la diversité des esprits^ et qu'elle est sujette à des déceptions et à des illusions sans nombre Ainsi l'autorité de TEglise se trouvant rejetée^ le plus vaste champ est ouvert aux questions les plus difficiles et les plus abstraites^ et la raison de Thomme^ confiante dans ses faibles forces^ se donnant plus librement carrière^ est ombée dans les erreurs les plus honteuses^ que nous n'avons ni le temps^ ni la volonté de retracer ici^ puisque vous les connaissez et les avez constatées parfaitement^ et qui ont aussi produit, pour la religion et dans l'ordre civil, les plus pernicieux effets. C'est pourquoi il faut faire voir à ces hommes, qui élèvent plus qu'il ne convient les forces de la raison humaine, que cela est contraire à cette maxime très-vraie du Docteur des gentils : a Si quelqu'un pense qu'il est quelque chose, a tandis qu'il n'est rien, il se trompe lui-même. » Il faut leur démontrer combien c'est un trait d'arrogance de chercher la raison dernière des mystères, que, dans Texcès de sa clémence. Dieu a daigné nous révéler; d'oser se les approprier et les embrasser par l'impuissante et étroite raison de l'homme, puisqu'ils dépassent de très-loin les forces de notre intelligence, laquelle, suivant la parole du même apôtre, doit être captivée sous l'obéissance de la foi.
a L'on ne peut douter encore que cette classe de partisans, ou plutôt d'adorateurs de la raison humaine, qui s'en font une maîtresse sûre, et, sous sa conduite, se promettent toute espèce de bonheur, a oublié de quelle grave et cruelle blessure la faute du premier père a frappé la nature humaine, puisque, tout à la fois, l'esprit a été rempli de ténèbres et la volonté inclinée vers le mal. C'est pour cela que les plus célèbres philosophes de l'époque la plus reculée, quoiqu'ils aient excellemment écrit un grand nombre de choses, ont cependant souillé
leurs doctrines de très-graves erreurs; de là encore ce combat continuel que nous éprouvons en nous^ et dont parle TApôtre : a Je sens dans mes membres une loi qui a répugne à la loi de mon esprit, d Maintenant qu^il est constant que la tache originelle, propagée à tous les enfants d'Adam^ a affaibli la lumière de la raison^ et que le genre humain a fait une chute très-malheureuse de l'état primitif de justice et d'innocence, qui trouvera la raison suffisante pour arriver à la vérité ? Qui niera qu'au milieu de si pressants dangers et de Tinfirmité si grande qui a atteint ses forces, Thomme, afin de ne point tomber et de n'être point renversé, ait besoin, pour son salut, des secours de la religion divine et de la grâce céleste? Or,ces secours. Dieu les donne, dans sa très-grande bonté, à ceux qui les demandent par une humble prière,seIon qu'il est écrit : « Oieu résiste aux superbes, mais il donne sa grâce a aux humbles.» C'est pourquoi le Christ Notre-Seigneur, s'adressant un jour à son Père, déclara que les mystères les plus profonds de la vérité n'avaient point été manifestés aux prudents et aux sages de ce siècle, qui s'enorgueillissent de leur génie et de leur science, et n'admettent point que l'obéissance de la foi soit plus excellente ; mais, au contraire, aux hommes humbles et simples, qui s'appuient et se reposent sur l'oracle de la foi divine. Il importe que vous inculquiez ce salutaire enseignement aux esprits qui exagèrent la puissance de la raison hu« maine, au point qu'ils osent, par son travail, scruter et expliquer les mystères eux-mêmes, entreprise la plus insensée de toutes; efforcez-vous de les détourner d'une si grande perversité d'esprit, en leur faisant voir que la Providence n'a rien donné de plus excellent aux hommes que l'autorité de la foi divine, que c'est en elle qu'ils trouveront comme un flambeau dans les ténèbres, un guide à suivre pour arriver à la vie; qu'elle est d'une absolue né-
cessité pour le salut^ puisque a sans la foi il est imposa sible de plaire à Dieu » et que a celui qui n'aura point a cru sera condamné. »
Bref de 0. 0. Pie IX. à l'archeTéqne de Hnnielt ««r les erreurs dn D' Frohschaiiuiier.
(les droits et les limites de la raison.)
Vénérable Frère, salut et bénédiction apostolique. Au milieu des graves chagrins qui nous pressent de toutes parts^ dans ces temps désolés où règne l'iniquité, une de Nos, plus vives douleurs est de savoir qu'en différentes régions de TAUemagne, il se trouve des catholiques qui^ dans renseignement de la théologie sacrée et de la philo- Sophie, ne craignent pas de faire prévaloir une liberté d'enseigner et d'écrire jusqu'à présent inouïe dans l'Église, et de professer publiquement, de répandre et de propager des opinions nouvelles et absolument condamnables. Nous avons donc été profondément afiligé lorsque Nous est parvenue la nouvelle que le prêtre Jacques Frohschammer, docteur en philosophie à l'académie de Munich^ se livre, entre tous^ à cette licence^ comme professeur et comme écrivain^ et soutientde très-pernicieuses erreurs dans les ouvrages qu'il a publiés. Immédiatement Nous avons donné l'ordre à Notre Congrégation chargée de Texamen des livres^ de lire avec le plus grand soin les principaux ouvrages publiés sous le nom de ce prêtre Frohschammer, et de Nous présenter un rapport
à ce sujet. Ces volumes^ écrits en langue allemande^ ont pour titre : Introduction à la Philosophie ; de la Liberté de la Science) Athenœum, Ils ont été publiés à Munich, le premier en 4858^ le second en 4861, et le troisième vers la fin de cette année 4862. Se conformant rigoureusement à Nos ordres^ la Congrégation susnommée a fait de ces ouvrages le plus sérieux examen. Après avoir^ selon sa coutume^ tout discuté et pesé à différentes reprises et avec une pleine maturité, elle a jugéque^ sur plusieurs points^ les sentiments de l'auteur ne sont pas ce qu'ils devraient être, et que sa doctrine s'éloigne de la vérité catholique. La cause principale en est double : en premier lieu^ Tauteur attribue à la raison humaine des forces qu'elle n'a nullement ; en second lieu, il accorde à cette même raison une telle liberté d'opinions en toutes choses, et un tel pouvoir de prononcer témérairement, que les droits de l'Eglise même, son oflSce et son autorité sont complètement anéantis. En effet , Fauteur enseigne d'abord que la philosophie, si l'on s'en forme une idée exacte, peut non-seulement avoir la perception et Tintelligence de ceux des dogmes chrétiens qni sont communs à la foi et à la raison naturelle (en tant qu'objet de la perception), mais encore de ceux qui constituent surtout et proprement la religion et la foi chrétienne , soutenant que la fin surnaturelle de l'homme elle-même et tout ce qui se rattache à cette fin, et jusqu'au mystère sacré de rincarnation du Seigneur, sont du domaine de la raison humaine et de la philosophie; et que la raison, la connaissance de ces dogmes lui étant une fois donnée, peut, par ses propres principes, s'élever jusqu'à eux scientifiquement. Bien que l'auteur établisse quelque distinction entre ces deux catégories de dogmes; et qu'il ne soumette à la raison ceux de la 'dernière qu'en vertu d'un droit inférieur, il enseigne clairement et ouvertement qu'ils
8ont^ comme les autres^ du nombre de ceux qui constituent la vraie et propre matière de la science ou de la philosophie. De cette doctrine de Tauteur on peut et on doit conclure d'une façon absolue que ^ même en ce qui touche les mystères les plus cachés de la sagesse et de la bonté divines^ et^ qui plus est, les mystères de la libre volonté de Dieu, pourvu que la révélation soit posée comme objet de la connaissance, la raison peut par ellemême^ non pas en vertu du principe de l'autorité divine^ mais par ses principes et ses forces naturelles^ parvenir à la science ou à la certitude. Il n'est personne^ pour peu que les éléments de la doctrine chrétienne lui soient familiers, qui ne reconnaisse immédiatement combien cette doctrine est fausse et erronée. Si les hommes qui cultivent la philosophie se bornaient à défendre les seuls vrais principes^ les vrais droits de la raison et de la science philosophique^ on ne leur devrait que des éloges. En effet, la vraie et saine philosophie a sa place^ qui est très-élevée. Il lui appartient de faire une recherche diligente de la vérité ; de cultiver avec soin et rectitude, d'éclairer la raison humaine^ qui^ bien qu'obscurcie par la faute du premier hômme^ n'a cependant en aucune façon été éteinte; de percevoir^ de comprendre^ de mettre en lumière ce qui est l'objet de sa connaissance; de découvrir une foule de vérités, d'en démontrer un grand nombre que la foi propose également à notre croyance, par exemple : l'existence de Dieu, sa nature, ses attributs; et de faire cette démonstration par des arguments tirés de ses propres principes; de justifier ces vérités, de les déCe^ndre , et, par là, de préparer la voie à une adhésion plus droite dans la foi à ces dogmes et même à ceux qui sont plus cachés, et que la foi seule peut d'abord percevoir, de telle sorte que ceux-là aussi soient, en quelque manière , compris par la raison.
Voilà ce que doit faire^ ce à quoi doit s'appliquer l'austère et très-belle science de la vraie philosophie . Si les hommes doctes qui appartiennent aux académies de l'Allemagne^ obéissant aux tendances particulières qui portent cette illustre nation vers les études graves et sérieuses, dirigent leurs efforts dans ce sens. Nous approuvons et Nous louons leur zèle, puisqu'ils feront ainsi tourner au profit et à l'avancement des choses sacrées les découvertes qu'ils auront faites pour leur propre usage. Mais, dans une affaire de cette importance. Nous ne pouvons jamais tolérer que tout soit confondu témérairement, et que la raison envahisse, pour y semer le trouble , le terrain réservé aux choses de la foi : car les limites que la raison n'a jamais eu le droit de dépasser, et qu'elle ne peut franchir, sont très-certaines et parfaitement connues de tous. A la catégorie de dogmes placés au delà de ces limites appartiennent surtout et manifestement ceux qui regardent l'élévation surnaturelle de l'homme et son commerce surnaturel avec Dieu, et qui sont révélés pour que cette fin soit atteinte. Certes, puisque ces dogmes sont au-dessus de la nature, ils dépassent la portée de la raison et des principes naturels. Jamais la raison ne peut devenir capable de traiter de ces dogmes scientifiquement par ses principes naturels. Ceux qui poussent la témérité jusqu'à aflSrmer le contraire, s'écartent, qu'ils le sachent, non pas simplement de l'opinion de quelques hommes doctes, mais de la doctrine commune et invariable de l'Église. Il est, en effet, constant^ d'après les Lettres divines et la tradition des saints Pères, que si l'existence de Dieu et plusieurs autres vérités sont connues, grâce à la lumière naturelle de la raison, par ceux-là mêmes qui n'ont pas encore reçu la. foi. Dieu seul a manifesté les dogmes plus obscurs dont nous parlons, lorsqu'il a voulu faire connaître le mystère
gui a été caché dès V origine des siècles et des générations; de telle sorte que, après avoir autrefois parlé à nos pères par les prophètes de plusieurs manières et en employant divers langages, il nous a parlé récemment par son Fils, par leguel il a fait les siècles etuc-mêmes. Car personne n'a jamais vu Dieu I Le Fils unique^ qui est dans le sein du Père, l'a fait connaître lui-même (4)... C'est pourquoi l'Apôtre^ qui atteste que les nations ont connu Dieu par ses œuvres, venant à parler rfe la grâce et de la vérité gui a été faite par Jésus- Christ, dit : Nous parlons de la sagesse de Dieu dans le mystère, de cette sagesse gui est cachée,,,, que personne d'entre les princes de ce siècle n'a connue. . . ; mais Dieu nous l'a révélée par son Esprit.,, Car l'Esprit scrute tout , même les profondeurs de Dieu, Quel homme sait ce gui est de l'homme, si ce n'est l'esprit de l'homme qui est en lui? De même aussi, ce qui est de Dieu, personne ne le connaît, si ce n'est l'Esprit de Dieu (2). Instruits par ces divins oracles et par d'autres qui sont presque innombrables, les saints Pères, lorsqu'ils ont exposé la doctrine de TÉglise , ont toujours distingué avec soin la notion des choses divines, qui, par la vertu de Tintelligence naturelle, est commune à tous, de la connaissance de ces autres choses que la foi embrasse par TEsprit-Saint ; ils ont constamment enseigné que c'est par elle que nous sont révélés, dans le Christ, les mystères qui surpassent non-seulement la philosophie humaine, mais encore Tintelligence naturelle des anges, et qui, bien que présentés à notre esprit par la révélation divine et saisis parla foi, demeurent néanmoins couverts et enveloppés du voile sacré de cette même foi, tant que nous accomplissons ce pèlerinage de la vie mortelle loin du Sei-
(1) I Col. I, 26. — Heb. i, 1, 2. — Joann., 18.
(2) Joan. I, 17 — ICor. ii, 7, 11.
goeur. De tout ce qui précède^ il suit que c'est uo sentiment tout à fait contraire à la doctrine de l*Église catholique que celui du susdit Frohschammer^ lorsqu'il ne craint pas d'affirmer que tous les dogmes de la religion chrétienne indistinctement sont Tobjet de la science naturelle ou de la philosophie^ et que la raison humaine^ moyennant une instruction purement historique^ et pourvu quecesdogmes lui aient été proposés comme objet de connaissance^ peut^ par ses seules forces naturelles et en vertu de son principe propre, s'élever à une véritable science de tous les dogmes, même les plus mystérieux. Ce n'est pas tout : dans les écrits sus-indiqués du même auteur, domine un autre sentiment absolument contraire à la doctrine de l'Église catholique. Il attribue à la philosophie une liberté qui ne doit pas s'appeler liberté de la science, mais plutôt licence de la philosophie, licence tout à fait condamnable et intolérable. Grâce à une distinction établie entre le philosophe et la philosophie, il admet, pour le philosophe, le droit et le devoir de se soumettre à Tautorité, que lui-même aura reconnue pour légitime ; mais il nie que la philosophie ait ce droite soit tenue à ce devoir; de sorte que, sans tenir aucun compte de la doctrine révélée, il affirme que la philosophie ne peut ni ne doit, dans aucun cas, se soumettre à l'autorité. Cette prétention serait tolérable, et peut-être admissible, s'il ne s'agissait que du droit que la philosophie possède, aussi bien que les autres sciences, d'user de ses principes, de sa méthode et des conclusions auxquelles elle arrive, et si la liberté qu'on lui attribue consistait à user de ce droit, de façon à ne rien embrasser qui lui fût étranger, ou qu'elle n'eût acquis d'elle-même, et selon les conditions qui lui sont propres. Mais cette liberté légitime de la philosophie doit reconnaître ses limites et s'y renfermer. Car jamais il ne sera permis à
la philosophie, pas plus qu'au philosophe^ d'affirmer quoi que ce soit de contraire aux enseignements de la divine révélation ou de l'Église^ ou de révoquer en doute aucune des vérités qu'elles nous proposent^ par ce motif qu'on ne les comprend pas ; il ne leur sera pas permis davantage de ne pas recevoir le jugement que l'autorité de FÉglise aura porté sur quelque proposition philosophique demeurée libre jusque-là. De plus, l'auteur soutient la liberté ou plutôt la licence sans frein de la philosophie avec une vivacité et une audace qui l'amènent à dire que l'Église doit, non-seulement ne jamais sévir contre la philosophie^ mais encore tolérer ses erreurs et lui laisser le soin de se corriger elle-même. D'où il résulte que les philosophes participent nécessairement à cette liberté de la philosophie et se trouvent ainsi affranchis de toute loi. Qui ne voit avec quelle énergie on doit rejeter, réprouver et condamner absolument cette doctrine du susdit Frohschammer ? L'Église, en vertu de son institution divine, doit garder avec une souveraine vigilance, dans toute son intégrité, le dépôt sacré de la foi, et déployer tout son zèle pour veiller sans cesse au salut des âmes ; elle doit donc écarter et éliminer avec le plus grand soin tout ce qui pourrait altérer la foi ou mettre, en quelque manière que ce soit, lésâmes en danger. C'est pourquoi l'Église, en vertu du pouvoir que son divin Auteur lui aconfié^ a non-seulement le droit, mais encore le devoir de ne pas tolérer, de condamner et de proscrire toutes les erreurs, si la pureté de la foi et le salut des âmes le demandent, et c'est une obligation rigoureuse, soit pour tout philosophe qui veut être vraiment fils de VÉglise, soit pour la philosophie elle-même, de ne jamais rien avancer contre ce que l'Église enseigne, et de se rétracter dès que l'Église l'a averti. Nous déclarons et proclamons tout à fait erronée et souveraine-
nient injurieuse à la foi mérae^ à TEglise et à son autorité; la doctrine qui enseigne le contraire. Toutes ces considérations ayant été pesées avec soin^ après avoir pris Tavis de Nos Vénérables Frères les cardinaux de la sainte Église romaine^ de la Congrégation chargée de Fexamen des livres, de Notre propre mouvement et de Notre science certaine, ayant Nous-même délibéré avec maturité, en vertu de la plénitude de Notre puissance apostolique, Nous réprouvons et Nous condamnons lés livres susdits du prêtre Froschammer, comme contenant des propositions et des doctrines respectivement fausses, erronées, injurieuses à l'Eglise, à ses droits et à son autorité ; Nous voulons que ces livres soient regardés par tous comme réprouvés et condamnés, et Nous ordonnons à celte même Congrégation de les inscrire à Tindex des livres prohibés. En vous signifiant celle décision, Vénérable Frère, Nous ne pouvons Nous empêcher d'exprimer Notre vive affliction de voir l'auteur de ces mêmes livres. Notre fils, qui eût pu d'ailleurs bien mériter de l'Église, cédant malheureusement à une impulsion funeste, suivre des voies qui ne conduisent pas au salut et s'éloigner de plus en plus du droit sentier. Un autre ouvrage de lui sur l'origine des âmes avait déjà été condamné, et, bien loin de se soumettre, il n'a pas craint d'enseigner de nouveau la même erreur dans ces récents écrits, d'accumuler les injures contre Notre Congrégation de l'Index, et d'affirmer beaucoup d'autres choses téméraires et mensongères contre la pratique de l'Église. Ces procédés sont tels, que Nous aurions eu toute raison et tout droit de faire éclater Notre indignation. Mais Nous ne voulons pas encore Nous dépouiller à son égard de Nos sentiments de paternelle tendresse, et c'est pourquoi Nous vous engageons. Vénérable Frère, à lui manifester les sentiments de Notre cœur paternel, et à lui faire con-
naître Tamère douleur quil Nous cause. Adressez-lui de salutaires admonitions ; conseillez-lui d'écouter Notre voixy qui est la voix du Père commun^ et de venir à résipiscence^ comme il convient à un fils de TËglise catholique ; qu'il Nous remplisse de joie par une sincère conversion ; qu'il apprenne enfin par une heureuse expérience^ combien il est consolant non pas de jouir d'une vaine et pernicieuse liberté, mais de s'attacher au Seigneur, dont le joug est doux et le fardeau léger^ dont les enseignements sont chastes et éprouvés par le feu^ dont les jugements sont véritables et se justifient par euxmêmes^ dont toutes les voies ne sont que miséricorde et vérité. Nous saisissons avec joie cette occasion de vous attester de nouveau et de confirmer^ encore une fois^ la bienveillance toute particulière dont nous sommes animé envers vous. Receyez-en pour gage la bénédiction apostolique^ que, du plus profond de Notre cœur. Nous vous accordons avec tendresse, -à vous-même, Vénérable Frère, et au troupeau confié à votre sollicitude.
Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 1 1 décembre 1862, de notre Pontificat Tan dix- septième.