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tendent, leurs intérêts humains, et, s'accommodant à tous les régimes comme à tous les climats, elle ne repousse aucune des institutions sociales que les siècles voient se succéder^ pourvu qu'il n'y entre rien d'injuste ni de tyrannique. Mais si le progrès politique n'est pas, absolument parlant, un produit de l'Évangile, combien ne doit-il pas cependant à la diffusion des idées chrétiennes?
Pour que nos institutions donnent des garanties à tous les droits, il faut que les droits soient connus. Or, qui les a mis en lumière, sinon l'établissement du christianisme? Avant cette époque, quel respect avait-on pour la dignité de l'homme ? Comment comprenait-on la famille ? Quelle idée se faisait-on de la femme, de l'enfant, de l'esclave ?
Depuis que les notions du juste et de l'injuste ont été remises à leur place, que la famille, la cité, l'Etat ont été redressés sur leur véritable base, que l'individu a cessé d'être tout, et l'humanité rien, nous oublions trop souvent d*où nous est venue l'intelligence. Nous serions même en danger de le perdre totalement de vue, si, près de nous, des systèmes antichrétiens n'apparaissaient toujours, comme un éclair sinistre, montrant Tabime où nous pourrions tomber, du moment que cesserait l'influence du Christ.
Gertaios écrivains, pour prouver que la religion est étrangère à ce progrès j^ vont répétant que les nations catholiques ne sont pas toujours les mieux gouvernées. C'est déplacer la question et montrer peu de sagacité. Une fois que les maximes proclamées par Jésus-Christ ont été popularisées, qu'elles sont entrées dans les mœurs générales, et devenues, en quelque sorte, du domaine commun, il n'est certes pas impossible que certains peuples, aujourd'hui en dehors de TEglise, aient une législation plus parfaite^ une constitution plus libérale que quelques autres demeurés toujours dans son sein. Qu'en conclure? Tout simplement que, dans les résultats, il faut tenir compte du caractère, des vertus naturelles, des antécédents historiques et de mille autres circonstances entièrement indépendantes de la religion. Le christianisme jette partout la bonne semence ; mais la récolte est plus ou moins prompte, plus ou moins abondante, selon la nature du terrain, comme aussi selon les soins de ceux qui ont été chargés de la culture. Du reste, défions-nous de ces parallèles que dicte d'ordinaire une étonnante partialité, et qu'on a presque toujours le dessein arrêté de faire tourner au détriment de l'orthodoxie.
L'action de l'Évangile est directe sur les individus et sur les sociétés^ au point de vue du pro-
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grès moral. Lui seul, en effet, produit des vertus solides, des dévouements constants^ des caractères grands et généreux. C'est ici qu'éclate la supériorité des nations chrétiennes. Qui oserait aujourd'hui comparer à leur civilisation celle qui a été l'œuvre du Coran , celles qu'ont produites les lois de Manou ou les livres de Confucius? 11 y a comme une atmosphère d'idées saines et élevées, que respirent, parmi nous, ceux-là mêmes qui paraissent le plus étrangers aux croyances et aux pratiques religieuses. C'est à ce milieu essentiellement évangélique qu'on doit ces grands principes de justice, de probité, qui forment le fond de la morale universelle, et dirigent encore, malgré des déviations partielles, les grands courants de l'opinion. Ceux qui les oublient le plus ne peuvent entièrement se soustraire à leur influence. Qu'on cherche ailleurs si les notions d'équité, de désintéressement, de générosité font, au même degré, partie du sens public, si elles s'imposent de même irrésistiblement par la force de la conscience populaire.
Certes, on trouvera une différence infinie entre les contrées illuminées par la foi et celles qui n'en ont pas reçu le bienfait. Le rayon parti du Calvaire trace sur la carte du monde une ligne de démarcation plus distincte encore que celui du soleil.
Ce qu'il n'atteint pas est dans la nuit, ce qu'il éclaire seul est en pleine lumière.
Quant aux furogrès qui intéressent, d'une manière plus spéciale encore, les adversaires auxquels nous nous adressons, je veux dire le progrès de la pensée philosophique , le progrès du sens esthétique, qui saisit le beau et le reproduit, soit dans les œuvres de littérature, soit dans les arts, le catholicisme, on l'a montré mille fois, a surabondamment fait ses preuves •
Il est, nous dit-on, attaché à la tradition. Oui sans doute, mais en tant que la tradition est l'interprète du vrai, non d'une autre manière. L'autorité qu'il accepte est une sauvegarde et qon une barrière, un rempart ou un abri, non une chaîne et une servitude.
Qu'y a-t-il de plus immuable que le dogme? Et néanmoins, au point de vue catholique, le dogme est susceptible d'extension, de développement. Il avance, non pas en rompant avec son passé ou en se retournant contre lui-même, mais en s'élargissant de jour en jour, soit quant à l'objet qu'il embrasse, soit quant à Tintelligence qu'il en fournit et aux clartés qu'il y répand.
Si le dogme lui-même progresse, comment s'opposerait-il au mouvement qui se fait autour de lui, dans le domaine de la science? Croit-on qu'il
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la veuille parquer pour toujours dans le champ trop étroit où elle était autrefois circonscrite ? Non^ non, loin de redouter ses progrès, le dogme les provoque et les appelle. La vérité chrétienne, sûre d'elle-même, donne la main à tous les généreux efforts qui ont pour but la recherche de la vérité profane. Elle encourage les tentatives, elle bénit les succès, et si elle pose sur la route des signaux destinés à signaler les périls^ ce n'est pas plus dans son propre intérêt que dans celui de la science elle-même. Ne sait-on pas, en effet, quels retards entraînent ces déraillements de la pensée, qui la jettent pour longtemps loin de la voie à suivre et loin du but à atteindre.
Nos rationalistes ne voudraient rien de semblable. Pour eux, la liberté consiste à ne redouter aucun danger, à pouvoir, de gaieté de cœur, se jeter dans tous les précipices. La religion, pour leur plaire, devrait consentir à abdiquer son histoire, à se modifier dans son fond, ou plutôt, à se laisser transformer entre leurs mains jusqu'à périr^ afin que, sur ses ruines, on puisse établir un christianisme nouveau, uniquement du fait de la raison humaine.
Eh bien, la raison elle-même se charge de réfuter ces idées mensongères. Comment pourrait-il y avoir progrès, pour elle, à nier aujourd'hui ce
qu'elle affirmait hier, alors que son affirmation d'hier était un progrès , alors que sa foi de demain doit encore démentir sa foi d'aujourd'hui? Si la croyance à la révélation a fait avancer l'humanité , se peut-il qu'aujourd'hui la première condition pour aller au but soit de la regarder comme inadmissible? Quoi! l'Évangile, accepté comme divin, perfectionnait la pensée; maintenant il la déforme et la dépare ! Il fallait croire au surnaturel, au miracle^ à la divinité de Jésus- Chrit; désormais, sous peine de reculer, il faudra regarder toutes ces choses comme autant d'absurdités et de chimères !
Concevoir ainsi le progrès, n'est-ce pas le réduire à des oscillations perpétuelles, à un mouvement de va-et-vient entre des abîmes?
Avant de demander aujourd'hui à un philosophe : Croyez-vous à la religion? je lui demande : Croyez-vous à la vérité? S'il me dit : Non, toute question de progrès est définitivement écartée comme niaise et ridicule; mais s'il me dit : Oui, il ne lui sera plus permis, sans doute, de mettre le progrès dans la contradiction, ni d'admettre que l'humanité avance en proportion du mépris qu'elle professe de ses convictions légitimes et de ses traditions salutaires.
Nous autres chrétiens, nous croyons à l'ab-
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8olu. Nous en approcher sans cesse par une intelligence plus large et plus claire, c'est pour nous le progrès de la pensée ; ce progrès se fait lentement, et il ne sera tout entier accompli que le jour où il y aura équation parfaite entre la vérité et l'esprit qui la représente.
Extrait de l'Encyclique de S. S. Pie IX, 20 BOTembre 1846.