‹ La liberté de l'esprit humain dans la foi catholiqueChapitre 38 sur 48 · IX. c( Ce système, du reste, porte en lui-même son sup · texte numérisé non relu

IX. c( Ce système, du reste, porte en lui-même son sup

dôb APP£NDIC£.

plice et sa condamnation. La vie de l'horame étant tout entière sous la dépendance de Dieu et reposant par conséquent sur l'autorité, Tbomme ne saurait nier l'autorité impunément. L'enfant prodigue, pour ne pas vouloir servir son père, n'en devient pas plus libre ; il tombe au contraire dans la plus honteuse servitude et se voit réduit à garder im bétail immonde : telle est l'alternative que Dieu a posée à l'homme. Servir le Seigneur et se soumettre à son autorité légitime, la liberté des enfants de Dieu est.à ce prix; ou bien rejeter l'autorité de Dieu, et, loin de parvenir à la liberté, être asservi au contraire à la mobililé et au caprice de^ autorités humaines, et de venir enfin Viustrument aveugle du vice et du mensonge. »

{Libertéy Autorité^ Éylise, e/c.,th. xxvi.)

liie principe d'autorité et la liberté de l'esprit humain^ d'après Haïmes.

« Soumission de l'intelligence à une autorité. On ne peut nier que ces mots, avant qu'on en sache le vrai sens et que l'on connaisse les objets déterminés auxquels se rapporte cette souinission, ne présentent^ au premier aperçu, quelque chose de contraire au développement intellectuel. Aimez-vous la dignité de l'homme avec passion, avez- vous de l'enthousiasme pour les progrès scientifiques, vous plaisez-vous aux brillants élans dans lesquels l'esprit humain déploie sa vigueur, son agilité, son audace : vous éprouverez une sorte de répulsion à rencontre d'un principe qui semble porter en lui la servitude, puisqu'il

abat l6voi de Tesprit^ coupe les ailes de Inintelligence et la rejette dans la poussière. Mais^ en examinant le principe tel qu'il est, en l'appliquant aux diverses branches scientitiques, en observant quels points de contact il nous présente avec les méthodes de la culture de Tesprit, trouverez-vous un fondement à ces craintes, à ces soupçons ? Qu*y aurait-il de véritable dans les calonmies auxquelles le catholicisme a été en butte? »

On le voit, Balmèspose la question nettement^ comme nous l'avons fait ; il entre ensuite dans l'examen :

«L Dieu, l'homme, la société^ la nature, tels sont les objets dont peut s'occuper notre esprit, et il ne saurait sortir de cette sphère, car elle est infinie. Hors de là il n'y a plus rien. Eh bien, le principe catholique n'oppose pas le moindre embarras aux progrès de Tesprit. Ni par rapport à Dieu, ni par rapport à l'homme^ ou à la société, ou à la nature, il n'y met d'entrave ni d'obstacle ; au heu de nuire à ce progrès, on peut le considérer comme un phare élevé qui, bien loin de contrarier la liberté du navigateur, lui sert de guide, et l'empêche de s'égarer à travers les ténèbres de la nuit. »

L'auteur prouve sans grande peine que, dans tout ce qui touche à la Divinité, le principe catholique ne s'oppose en rien à l'essor de l'esprit humain ; puis il continue :

a Les doctrines du catholicisme relatives à la Divinité peuvent être considérées sous deux aspects : en tant qu'elles se rapportent à des mystères qui surpassent notre intelligence, en tant qu'elles nous enseignent ce qui est à la portée de notre raison. Quant aux mystères, ils résident dans une région si haute, ils tiennent à des choses d'un ordre si supérieur à toute pensée créée, que celle-ci, malgré les invertigations les plus étendues» les plus profondes et en même temps les plus libres, ne sauruitj sans le secours d'une révélation préalable, cou-

360 APPENOICB.

cevoir une idée, même la plus éloignée, de ces ineffables merveilles. (Comment des choses qui jamais ne se wncontrent, qui sont de Tordre le plus divers et qui se trouvent séparées par d'immenses distances, pourraientelles se gêner les unes les autres ? L'intelligence peut fixer ses méditations sur Tune d'elles^ s'y abîmer^ sans môme penser à l'autre : Torbite de la lune peut-elle se trouver en conjonction avec ces astres, qui se perdent dans la région des étoiles fixes ?

a Craignez-vous que la révélation d'un mystère ne borne l'espace où peut s'étendre votre raison? Craignez-vous, lorsque vous errez à travers Vimmensité, d'être suffoqué par l'étroitesse de votre raison? L'espace manqua-t-il au génie de Descartes, de Gassendi, de Malebranche? Entendit-on ces hommes se plaindre que leur intelligence fût limitée, emprisonnée? Et comment se seraient-ils plaints, je ne dis pas eux seulement, mais tous les grands esprits des temps modernes, qui ont traité de la Divinité, )oi*squ'ils ne peuvent s'empêcher de reconnaître qu'ils doivent au christianisme les plus hautes, les plus sublimes ))ensées dont s'enrichissent leurs écrits. Les philosophes de l'antiquité, en traitant de la Divinité, restent à une inmiense distance du moindre de nos théologiens métaphysiques : et que sera Platon lui.-même comparé avec Louis de Grenade, Louis de Léon, Fénelon, Bossuet? Avant l'apparition du christianisme sur la terre, avant que la foi de la chaire de S. Pierre se fût emparée du monde, les notions primitives sur la Divinité étant effacées, l'intelligence humaine errait au gûé de mille erreurs, de mille monstrueuses chimères ; sentant la nécessité d'un Dieu, elle mettait à sa place les créations de sou imagination. Mais, depuis que l'ineffable splendeur, descendue du sein du Père des lumières, a projeté sur la terre entière ses clartés, les idées relatives à la Divi-

nité demeurent tellement fixes, nettes, simples, et en même temps tellement grandes et sublimes, que la raison humaine en a été élargie. Le voile dont se couvrait l'origine de Tunivers a été soulevé, le but du monde a été marqué, Fhomme a reçu la clef qui lui explique les prodiges dont il e$t lui-même rempli et les prodiges qui Tenvironnent. »

Balmès montre que tous ceux qui ont voulu s'écarter de la notion catholique de Dieu, sont tombés dans les plus grossières erreurs, et il conclut en ces termes :

« Hors de TÉglise tout est vertige, délire. On embrasse la matière, on se fait athée ; on divague à travers des régions idéales, on s'élance à la recherche de l'esprit et Ton devient panthéiste î Ah I nous voyons que Dieu hait encore l'orgueil, et qu'il se plaît à renouveler le terrible châtiment de la confusion de Babel. »

Sur le second objet de la science, c'est-à-dire l'homme, l'auteur rappelle que les philosophes se sont partagés en deux écoles, les matérialistes et les spiritualistes :

« L'Eglise catholique intervenant dans la querelle a dit : « L'âme de l'homme n'est pas corporelle, elle est a esprit; vous voulez être catholique, vous ne pouvez a être matérialiste, p Mais demandez à l'Eglise catholique d'après quels systèmes doivent s'expliquer les idées, les sensations, les actes de la volonté, les sentiments de rhomine ; elle vous répondra que vous avez pleine liberté de penser là-dessus ce qui vous paraîtra plus raisonnable ; le dogme ne descend point aux questions particulières qui appartiennent à ce monde, livré par la volonté de Dieu même aux disputes des hommes. x>

a De même, avant le christianisme, les écoles philosopliiques étaient dans la plus profonde ignorance^ au sujet de l'origine et des destinées de l'homme, comme aussi au sujet des contradictions qui se trouvent en lui.

a La religion survint et dit : « L'homme est Touvrage de a Dieu, sa destinée est de s'unir à Dieu pour toujours ; la « terre est pour lui un exil; l'homme n'est plus tel qu'au a sortir des mains du Créateur ; le genre humain tout en- « tier subit les conséquences d'une grande chute. » Or je défie tous les philosophes anciens et modernes de me montrer en quoi l'obligation de croire cela s'oppose au moindre progrès de la véritable philosophie. »

La morale du catholicisme ne peut pas même soulever une difficulté, puisque tous les philoso(4ies l'ont décliarée excellente.

Il y a des dogmes qui n'appartiennent directement ni à Dieu, ni à l'homme, ni à la morale, par exemple : l'Incarnation, la Rédemption, la grâce, les sacrements. Ces dogmes sont-ils nne entrave pour la raison humaine ? Balmès répond :

a Tous ceux qui ont fait une étude comparative des sciences philosophiques et théologiques, ont pu observer que la théologie, en ce qui touche les points extrêmes dont j'ai parlé, s*élève dans une région si distincte et si supérieure qu'à peine garde-t-elle un point de contact avec l'atmosphère où se meut la philosophie. Ce sont deux orbites toutes les deux grandes, immenses, maïs qui occupent, dans les profondeurs de l'espace, des positions fort distantes l'une de l'autre. L'homme essaye parfois de les rapprocher, il veut qu'elles se touchent, qu'elles se croisent, qu'un éclaff de lumière terrestre pénètre dans la région des incompréhensibles mystères; mais à peine sait-il comment y travailler; lui-même se sent pénétré de sa faiblesse, et on l'entend confesser qu'il ne parle que par convenances, par analogies , dansl'uniquevue de se faire mieux comprendre. L'Élise tolère cet effort, à cause de la bonne volonté qu'elle y découvre; parfois même elle l'excite, l'encourage, pleine du désir que les

incompréhensibles dogmes s^accommodent le plus possible à la faible capacité des peiq>le8.

8 Au bout de tous leurs raisonnements sur les attributs de la Divinité et les rapports de Thomme avec Dieu, les philosophes ont-ils trouvé quelque chose qui s'oppose à ces dogmes du catholicisme ? Les vérités révélées ont-elles été, sous leurs pas, comme une pierre d'achoppement qui les ait empêchés de pousser plus loin leurs investigations?

« Il faut remîurquer, dans la révolution philosophique provoquée au xvn« siècle par Descartes, nn fait singulier qui jette «ne vive lumière sur cette matière.

« On connaît la doctrine catholique sur Pauguste mystère de l'Eucharistie; on sait aussi en quoi consiste le dogme de la transsubstantiation, et Ton n'ignore pas que plusieurs théologiens, pour expliquer le phénomène surnaturel, qui a lieu après la consommation du miracle, ont eu recours à la doctrine des accidtnts, quils distinguaient de la substance. La théorie de Descartes et de presque tous les philosophes modernes était incompatible avec cette explication -.car ils niaient ^existence des accidents, en tant que distincts de la substance; il semblait donc, au premier coup d'oeil, qu'il dût résulter de là quelque embarras pour la doctrine catholique, et que l'Église dût se mettre en lutte avec les systèmes des philosophes. Estce là ce qui est arrivé? Nullement. En examinant à fond la question, on a trouvé que le dogme catholique réside dans une région infiniment plus élevée que celle où se meut, avec toutes ses vicissitudes, cette doctrine philosophique qui paraissait y toucher de si près. Les théologiens ont eu beau discuter, se charger les uns les autres de mutuels reproches, tirer de la nouvelle doctrine toute sorte d'inductions, afin de la présenter comme dangereuse, l'Égfise s'est montrée étrangère à ces disputes et supé-

rieureaux pensées des hommes. Elle s'est mwnlenue dans cette attitude grave, majestueuse, impassible, qui sied si Ken à ceUe que Jésus-Christ a chargée du sacré dépôt de la doctrme. Telle est ta liberté que l'Eglise accorde au génie des philosophes ; ce génie s'y déploie dans tous les sens. L'Église n'a pas besoin d'opposer sans cesse des restrictions, des conditions ; les dogmes sacrés, dont elle est la dépositaire, résident dans une région si élevée que l'esprit de l'homme peut à peine les rencontrer face a face, autant du moins que ses investigations ne s éloignent pas des sentiers de la vraie philosophie.

a Mais cette raison humaine, si grande et en même temps si faible, se gonfle parfois à l'excès et lève un front altier, arrogant; au nom de la liberté et de l'indépendance, elle réclame le droit de blasphémer Dieu, de denier à l homme son libre arbitre, et à l'âme, sa sphitualité, son immortalité, la sublimité de son origine et de sa destinée ; à ce moment, nous l'avouons et nous l'avouons avec orgueil, l'Église fait entendre sa voix non pour opprimer, pour tyranniser Vintelligence de l'homme, mais pour défendre les droits de l'Être suprême et la dignité humaine. On la voit alors opposer une inflexible fermeté à cette liberté insensée, qui consiste dans le droit funeste de proférer toute sorte d'extravagances. Cette liberté, les catholiques ne l'ont point, et ils ne la veulent point : car ils savent qu'il existe aussi dans ces matières une ligne sacrée séparant la liberté de la licence. Heureuse servitude, qui nous prive de devenir athées ou matérialistes, de mettre en doute si notre âme vient de Dieu, si elle tend à Dieu, et s'il existe pour l'infortuné mortel, après les souffrances qui l'accablent dans cette vie, une autre vie éternellement heureuse préparée par les mérites d'un Homme-Dieu I »

En ce qui touche les sciences dont la société forme

Tobjet, Fauteur croit pouvoir se dispenser de défendre la religion du reproche qu'on lui adresse^ d'être oppressive, tout son ouvrage ayant pour but de démontrer que le catholicisme, sans descendre sur le terrain des petites passions où s'agitent les hommes, enseigne la doctrine la plus convenable pour la vraie civilisation et la liberté bien entendue des peuples.

Il traite aussi brièvement des rapports du principe catholique avec rétude des sciences naturelles, parce qu'il est impossible de montrer en quoi ce principe est nuisible à leur progrès.

a On dirait, ajoute-t-il^ que Dieu a voulu^ sur ce point, infliger une sévère leçon à notre excessive curiosité : lisez la Bible^ vous serez convaincu de ce que j'avance.

a Ce n'est pas qu'il ne soit question de la nature dans la Bible. Le livre divin nous la présente sous son aspect le plus beau^ le plus grande le plus sublime; il nous l^ffre dans son vivant ensemble^ avec tous ses rapports^ avec sa sublime fin ; mais elle y est sans analyse, sans décomposition d'aucune espèce. Le pinceau du peintre, l'imagination du poète y trouveront de magnifiques modèles; mais le philosophe, l'observateur y chercheront vainement les renseignements qu^ils désirent. Le Saint-Esprit ne voulait point faire des naturalistes, mais des hommes vertueux ; c'est pourquoi, en nous peignant la création, il nous la présentait uniquement sous l'aspect le plus propre à exciter en nous l'admiration et la gratitude envers l'Auteur de tant de prodiges et de tant de bienfaits. La nature, telle qu'elle nous est montrée dans le texte sacré, satisfait peu la curiosité philosophique ; mais, en échange, elle récrée, elle agrandit l'imagination, elle frappe et pénètre le cœur. »

(Le Protestantisme comparé au Catholicisme ^ t. III,

ch. LXIX.)

366 AVPBSmCE.

vn

I^es ménaipenieiito de la fol ponr la rMsvii lninuiitt»t

A'après M. IVleolas*

(ÉTUDBa SUR LB OHSISTIANISIIR) TOM. IV, P. 474 ET SUTV.)

«Le christianisme ne gène pas, il n'appauvrit pas la raison: il ne lui ôte rien, en effet, de ce qu'elle peut savoir par elle-méme,et la laisse s'exercer librement dans le cercle de ses connaissances naturelles. Il n'empiète ejQ rien sur son domaine. Sa doctrine ne commence qu'au point où la raison finit, où sa vue se trouble, s'égare et se perd. La foi Vient s'ajouter seulement à ia raison. Ce n'est pas même une soumission qu'il en ex^e, puisque, venue à ce point, la raison n'abdique que son impuissance; c'est un assentiment qu'elle lui demande, c'est une alliance qu'elle lui propose, dans laquelle il y a tout h gagner et rien à perdre. Il y à plus, et c'est là l'important, la foi ne vient pas se joindre à la raison par juxtaposition, mais par incorporation. Le christianisme est la seule religi(Mi qui ait des preuves. Avant de demander la croyance à ses mystères, il invite la raison à examiner son autorité, il lui produit ses titres ; et ce n'est qu'après qu'elle a dû, selon les lumières naturelles, en reconnaître la validité, la divinité, qu'il exige la croyance à sa doctrine et la pratique de cette croyance, le tout par voie de conséquence, c'est-à-dire par voie de raison.

a En résumé, la foi chrétienne a été pleine de mena- -

APPBNDICE. 867

gements et de bienfaits pour ta raison humaine* D'abord^ elle ne lui ôte rien de ce qu'elle possède en propre^ et ne la prend qu'au point où^ d'elle-mâme« elle ne peut plus rien. Là elle ne se joint pas h elle arbitrairement^ eUe ne s'impose pas ; elle se fait recevoir raisonnablement, elle s'adapte par les pceuves sensibles de sa divinité aux données de la raison^ de telle sorte que celle-ci fait acte d'elle-même^ en recevant le fondement de la foi^ qui^ par cette incorporation^ devient une addition , une suite, un prolongement de la raison même. Pa? ce moyen, la raison se trouve soulagée immensément : car elle est satis^ faite dans cet inapaisable besoin de correspondance avec l'infini, qui fait sa noblesse et son tourment ; et non** seulement satisfaite, mais préservée de mille encours, de mille chutes déplorables, auxquelles l'empûrtorait inévitaiblement cette nécessaire et terrible faculté religieuse, qu'elle ne peut étouffer sans se dégrader, et h laquelle elle ne peut s'abandonner sans se perdre. La foi chré^ tienne a sauvé ainsi l'esprit humain de deux abîmes, dont Talternative est inévitaÛe, et sur la pente desquels il a tou« jours été placé en dehors de ce divin secours : le scepti^ cisme ou la superstition, l'impiété ou la démence. Par l'exercice de ce céleste instrument, la raison a repris la connaissance et la possession assurée d'une foule de vé<« rites primordiales, qui étaient autrefois sur ses confins, mais qui s'étaient comme éboulées dans TaUme de son ignorance, et dont le renversement avait ébranlé toutes les autres vérités plus rapprodiées, qui s'y tenaient. En lui redonnant ces vérités-mères, dans ce qu'elles ont de plus sublime, la fol les a certifiées, vulgarisées; de telle sorte que tout le monde peut en jouir, sans que personne puisse les compromettre, et qu'elles resteront à jamais la fortune publique du genre humain et le patrimoine substitué de toutes les générations. Outre ces vérités pri-

mitivesy redonnées et assurées^ le christianisme a doté encore la raison de vérités entièrement nouvelles^ qu'elle n'aurait jamais soifpçonnées par elle-même, et qui cependant, en sliarmonisant avec les premières vérités, comme celles-ci le font avec les plus purs instincts de la raison, deviennent, pour celle-ci, reconnaissables et fécondes par ces harmonieux rapports, bien qu'elles soient en elles-mêmes mystérieuses. Enfin, ce caractère mystérieux des vérité surnaturellement révélées par le christianisme, bien différent de l'obscurité d'ignorance et d'erreur qui enveloppait les vérités naturelles, ne porte que sur la compréhension de ces vérités, et non sur leur notion , parfaitement dégagée et précisée, jusqu'à pouvoir entrer dans la tête d'un enfant. Et encore cette résistance de compréhension n'est-elle pas absolue; elle ne heurte pas la raison, mais la repose; elle lui laisse de quoi s'exercer^ sans lui opposer de quoi la confondre ; et, après lui avoir fait connaître et comprendre une foule de choses obscures et confuses, elle lui donne toujours, en définitive, la conviction arrêtée des choses mêmes qu'elle ne comprend pas.

c L'opération de la foi a été absolument semblable à celle d'un instrument d'optique qui s'adapte à la vue naturelle et n'en est qu'un allongement ; qui rapproche, redresse et dessine les objets bizarrement confus ; qui en fait découvrir de nouveaux par delà, et ne laisse expirer la vue qu'à une distance infiniment plus grande que celle que l'œil pouvait naturellement parcourir. La foi a été comme le télescope de l'intelligence : elle a agrandi son horizon, elle lui a fait découvrir de nouveaux astres dans le ciel de la pensée et de la vérité.

VIJI

I^es limites de l'antorlté pontifleale d'après Pie VII*

a Le pape trouve déjà dans la nature et Torganisation de l'Eglise catholique^ dont il est le chef , certaines limites qu'il ne peut pas franchir^ sans trahir sa conscience et abuser de ce pouvoir suprême que Jésus-Christ lui a confié^ pour qu'il le fasse servûr à Tédificatioa de son Eglise et non à sa destruction. Les dogmes de la foi catholique sont des barrières infranchissables pour le chef de l'Eglise ! il ne peut les changer ni directement, ni indirectement. On a toujours regardé dans l'Eglise catholique la foi comme immuable^ et la discipline comme susceptible de changements. Toutefois les pontifes romains, dans la pratique» se sont imposé, même pour la discipline, des bornes sacrées, soit parce qu'ils reconnaissaient qu'ils étaient obligés de n'admettre aucun changement dans certaines parties, soit parce qu'ils ne voulaient rien changer dans les autres parties, sans y être forcés par les motifs les plus graves et les plus impérieux. D'après ces principes, les pontifes romains n'ont jamais cru qu'ils pouvaient introduire un changement dans ces parties de la discipline, qui ont été établies immédiatement par Jésus-Christ, ou dans celles qui, par leur nature, sont étroitement liées au dogme, ou dans celles que les hérétiques attaquent, afin de soutenir leurs nouveautés. Dans ces diverses parties de la discipline et d'autres du même genre, à cause des conséquences qui en résulteraient pour les intérêts de la religion et les principes catholiques, les

pontifes romains se sont crus obligés de n 'admettre aucun changement^ quelques avantages qu'on ait pu leur promettre et de quelques maux qu'on les ait menacés. Quant aux autres parties de la discipline ecclésiastique^ non comprises dans les catégories précédentes, les pontifes romains n'ont pas fait difficulté d'introduire, d^ns quel* ques-unes d'entre elles^ de nombreuses modifications. Mais^ toujours guidés parles principes sur lesquels repose toute société bien ordonnée^ ils n^ont consenti à ces changements que lorsque la nécessité ou Tutilité do FEglise les demandait. »

(Extrait d*un écrit întitnlé : Esposizione de sentimenti di Sua Santità^ pnblioation foite an nom de Pie VII et relative h T Allemagne, 1821.)

Pbicfaob. « 1

Intboduchon 9

Page 1