‹ La liberté de l'esprit humain dans la foi catholiqueChapitre 9 sur 48 · LE SIEGE VERITABLE DE LA FOI · texte numérisé non relu

LE SIEGE VERITABLE DE LA FOI

Comment on rapporte la foi à l'imagination. — Comment on la faît dériver de la sensibilité. — Comment on en met la source dans la volonté ou le tempérament. — Le siège de la foi n'est point là, mais dans l'intelligence. — Ce n'est pas une faculté à part en divorce avec la raison. — Témoignage de Fénelon sur cette matière.

Une des accusations formulées le plus habituellement contre les croyances catholiques, c'est qu'elles enlèvent à la raison le gouvernement de l'homme intérieur, pour faire prévaloir en lui des facultés d'un autre ordre. L'imagination, le sentiment, la volonté aveugle, le tempérament même sont souvent assignés comme leurs vérilables principes. Or, l'empire que prennent toutes ces puissances secondaires ne peut évidemment que compromettre celui de l'intelligence, et restreindre (Je plus en plus la liberté de la pensée.

Écoutons d'abord ceux qui rapportent notre foi religieuse à l'influence de l'imagination.

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De tout temps, nous disent-ils, l'homme a été porté à matérialiser, à personnifier les choses invisibles. Tout ce qu'il conçoit, il lui donne facilement un corps et une âme; il lui prête, en quelque sorte, sa propre \ie,ct yeut absolument se le représenter sous une figure humaine. C'est ainsi que les forces cachées de la nature s'étaient transformées, pour les anciens, en autant de divinités faites à notre image. Partout où ils saisissaient une action occulte, ils avaient placé un &tre mystérieux. Le monde était peuplé de faunes, de nymphes, de sylphes, de satyres; les fontaines avaient leurs naïades, les bois leurs dryades, les mers leurs tritons et leurs sirènes. Toutes ces créations fantastiques n'attestaient qu'une chose, le besoin intime que l'homme éprouve de revêtir d'une forme sensible l'objet de son culte. Plus tard, les anges et les démons remplacèrent les divinités de rOlympe et celles du Tartare, sans cesser d'offrir un aliment à la curiosité, une satisfaction à la soif du merveilleux.

Quant au philosophe, que doit-il voir en tout cela ? L'idée de la Providence pr^EKuit dans l'esprit humain des proportions et des allures diverses, devenant, selon les époques et le milieu qu'elle traverse, ou un être mythologique ou un intermédiaire avoué par l'orthodoxie ; de-

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mi-dieu à Athènes, ange à Jérusalem et en Chaldée, éon à Alexandrie et chez les gnostiques, génie ou lutin pour les sorciers du moyen âge, esprit pour quelques expérimentateurs trop crédules de nos jours. Sous toutes ces enveloppes se cache cependant une réalité sérieuse, à savoir^ la présence et l'action d'une force qui échappe à nos sens. Mais le tort de la foi est de s'attacher an symbole et de négliger la réalité ; elle est le fait de l'imagination^ non de Tintelligence. Aussi l*âge de la science est-il mortel pour elle ; à mesure que la raison domine, le règne des anciennes croyances diminue ; il tend de plus en plus à disparaître du monde.

Voilà des assertions très-accréditées ; pour les retrouver avec plus ou moins de développements, il suffit d'ouvrir, à peu près au hasard, un des nombreux ouvrages contemporains de philosophie religieuse. Celles que nous allons rapporte i' maintenant ne sont ni moins répandues, ni moins favorablement accueillies.

L'humanité, nous dit-on, porte en elle-même un désir inné d'entrer en commerce avec Tinvisible. C'est peu, pour elle, de connaître Dieu, elle veut le sentir ; il ne lui suffît pas de l'adorer, elle aspire à se rencontrer avec lui dans une communion étroite. Aussi a-t-elle une facilité éton-

nante à accepter des rapports tout différents de ceux que fournit la nature. Quiconque promet de lui montrer Dieu flatte son orgueil, quiconque lui révèle les secrets de Tobscur avenir comble le plus cher de ses vœux; or, nul n'ignore dombien on se persuade aisément ce que Ton souhaite vivement. C'est Tamour qui engendre la foi, c'est le sentiment qui détermine les croyances.

« Le principe de la foi, dit M. Charles de Rémusat (parlant des protestants et de tous ceux qui ont subi l'influence anglo -germanique), n'est ni l'adhésion à l'autorité visible d'une tradition sociale ou littéraire, ni le besoin de donner une forme sensible à la conception métaphysique de la Divinité ; c'est bien plutôt un sentiment implanté ou développé soigneusement dans leur âme, c'est une conscience acquise de l'état contradictoire de notre nature intérieure, également incapable de renoncer et de revenir au bien, convaincue et désespérée de son impuissance, séparée de Dieu par un obstacle invincible si Dieu ne le détruit lui-même, irrésistiblement ramenée à la recherche d'une réconciliation et d'un médiateur, appelée enfin, par le sentiment de sa perte et par les promesses de la révélation, à se reposer de son salut sur un divin Sauveur, et transformée en une autre elle-même comme par l'effet d'une

naissance nouvelle (1). » Ce sentiment conduit, d'après le même écrivain, à une religion toute subjective, à peu près indépendante de la réalité. Il ajoute, il est vrai, qu'en France la raison a une part plus large dans notre foi ; mais la plupart des rationalistes sont loin de nous reconnaître le même privilège.

M. Damiron, dont une mort subite brisait dernièrement la brillante carrière, a fait un discours entier pour prouver que la différence entre la raison et la foi est celle-là même qui existe entre l'intelligence et le sentiment. Presque tous les philosophes de cette école rapportent nos croyances à un instinct primordial, à un mouvement spontané et irréfléchi de l'âme ; l'infini, saisi par la raison, donne, selon eux, la conception philosophique de Dieu, c'est-à-dire la vérité pure ; saisi parle cœur et par une sorte de sens intérieur aveugle, il donne la vérité sous une forme altérée et symbolique. La révélation et les religions positives puisent là leur naissance ; et l'acceptation que fait l'homme de toutes choses constitue sa foi.

Faut-il s'étonner, après cela, d'entendre dire que la volonté^ une volonté sans motifs raisonnables, en est seule le principe? La foi n*est, aux

(1) Des cmtroverses en Angleterre, (Bévue des Deux'Mondfs , !•' jan- . vier 1859.)

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yeux d€ plusieurs écrivaiof, qu'un entèlement traditioQBel, résultat d'une coofiauce aveugle dans le passé, d*uu parti pris auquel on s'attache im- Bftodérément, pajrCois ooême, peut-jêtjre^d un esprit naturellement rétrograde et r<éactiounaire, qui se défie et se tient sur la défensive par rapport à tout ce qui est de date moderne. C'est, ajoute-t-on, une foi très-sérieuse, très-répandue, très-efficace que la foi volontaire^ et, i ne considéf er que les faits^ c'est un des principes les plus actifs et les plus puissants non-seulement de l'esprit humain, mais de toute la nature humaine (1).

Enfin, il n'est pas rare, de nos jours, de faire des croyances religieuses une affaire de tempérament, de constitution ou de climat. Nous avons lu dans M^ Uenan que telle race était prédestinée au monothéisme, telle autrç au polythéisme^ que le déseft enseigne qu'il n'y a qu'un seul Dieu^ taindis que les riants paysage de la Grèce et le beau del de l'Italie en révèlent à l'homme une multitude^ Les faits ne sont pas souvent d accord avec la théorie ; mais qu'importe? D'autres, poussant un peu plus loin, n'auront pas de peine à trouver la raison des divergences qui se mamTestent parmi nous dans les idées. Si tel homme est

(1) Cf. M. Charles de .Réumsat, la Théologie critique. {Revue de» DeuX'Mondes, t***" janvier 18G2.)

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croyant, c'est à son organisation qu'il faut Tattriboer ; si tel antre ne Test pas, c'est que son bumenr, sa manière d'être, sa nature, sont antipathiques an cbrktîanisme. Dans les veines du premier coo|e xm sang moins impétueux ; c'est une âme méditative, rêveuse, mélancolique et naturellement rebgieuse. L'autre est âpre à la piété, rebelle à l'enseignement ; esprit indépendant et libre, il ne peut se plier à la foi : voilà tout le mystère.

Et c'est ainsi que s'explique, au dire de nos adversaires, tout ce qui reste encore parmi nous de croyances positives. Des femmes dominées par l'imagination ou par la sensibilité nerveuse, quelques hommes simples ou enthousiastes, asservis à de vieux préjugés, sirivant en aveugles wne tradition sucée avec le lait, ou bien encore des âmes éprises de la beauté d'une morale à laquelle rien n'est comparable dans les œuvres humaines : tels sont ceux cfui croient Quant aux esprits vraiment sérieux, qui cherchent la vérité pour elle^ même, avec le calme d'une raisoa désintéressée et l'iadépendance d\\vte critique impartiale, ceuxlà ne peuvent phis être chrétiens, du moins comme on Tentendait autrefois : car, pour croire, il leur faudrait renoncer à se conduire par l'intelligence, et faire: prévaloir en eux-mêmes les facultés inférieures.

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