‹ La liberté de l'esprit humain dans la foi catholiqueChapitre 10 sur 48 · LA LIBERTÉ DB L^ESPRIT HUMAIN · texte numérisé non relu

LA LIBERTÉ DB L^ESPRIT HUMAIN

Nous ne pouvons pas en douter, l'obstacle à la foi^ pour un grand nombre, est la disposition que j'énonce en ce moment, c'est-à-dire quelqu'une de ces idées passée, chez eux, à l'état de conviction inébranlable. Hommes d'ailleurs sincères, mais qui se sont égarés parleur aveugle confiance en des guides trompeurs ; esprits ouverts, peut-être, sur tout le reste, mais trop longtemps fermés à la science des vérités religieuses ou ne les voyant qu'à travers les préjugés de leur siècle. Nous serions heureux de redresser des notions depuis longtemps faussées, obscurcies, et de ramener la question à ses véritables termes.

Pour faire évanouir toutes les difficultés^ dont nous venons de faire l'énumération, il suffit de restituer à la foi son véritable caractère^ et de revendiquer pour elle le bénéfice d'une définition exacte .

Qu'est-ce que la foi, je ne dis pas dans le sens vulgaire du mot, car on en abuse étrangement aujourd'hui, mais au sens chrétien et catholique, la foi telle .qu'on l'a toujours entendue parmi nous, telle que la conçoivent et la conservent encore les hommes sincèrement et sérieusement religieux? Quaod nous la rencontrons dans ce milieu, le seul qu'elle avoue, nous apparaît-elle comme un entraînement de l'imagination, comme une affaire de

tempérament ou d'excitation nerveuse? Les Augustin et les Thomas d*Aquin, les Bossuet et les Descartes, les Newton et les Leibnitz étaient ils le jouet de leur propre enthousiasme ? leur foi était • elle le produit de quelque faculté exaltée ?

J'ai dit comment on essaye de nous enlever quelquesruns de ces grands hommes, et comment on voudrait les transformer en précurseurs du rationalisme (1). Efforts inutiles! La conduite et les écrits de ces hommes supérieurs sont la meilleure protestation contre le système qui irait à les travestir en hypocrites, et à faire de leur vie entière la plus ignoble comédie.

Le siège de la foi n^est ni dans les sens, ni dans rimagination, ni même dans la volonté. La foi est une conviction, et, à ce titre, elle réside dans l'intelligence. Elle est une adhésion, et la faculté qui adhère ne saurait être aucune de celles qu'on met en avant; l'esprit seul est capable de cet acte, il l'accomplit seul^ alors même qu'il se trompe en cédant à ses préjugés ou à une pression quelconque.

Nul doute n'est possible à cet égard : la faculté qui dans l'homme dit credo^ c'est la même qui dit en lui cogito; croire et penser sont deux opé-

(1) Voir Introduct,, p. 19 et suivantes.

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rations qai émanent du même principe ; elles révèlent, non pas deux puissances de Tâoie distinctes^ mais deux opérations de la même puissance, deux rapports divers daos lesquels Tespiût peut se trouver avec la vérilé-

Parfois, en effet, elle lui apparaît directement, elle brille de son propre éclat, sans intermédiaire étranger; alors, ce n'est pas la foi, c'est Tintuition. Souvent aussi elle se manifeste, non en ellemême, mais dans un milieu ^u'on appelle le témoignage; et, si cet intermédiaire est s>ur, l'adhésion n'est ni moins ferme, ni moâns infaillible que dans le premier cas- Supposons que l'esprit s'égare, son acte ne change pas pour cela de nature. En présence d'un témoignage accepté légèrement, sans garanties et sans contrôle, l'adh^ion qui se produit est toujours celle de Tintelli- ^ace. On peut lui reprodier d'agir imprudemment, mais on ne saurait dire qu^elle n'agit plus, ni que c'est une autre opération qui se subsiitii^ à

la sienne.

J'insiste sur ce principe, parce qu'il n'est point d'obscurités qu'on n'aii; chericbé à y répandre.

J'ai lu en vingt endroits que la foi est dans l'âme une faculté à part, à peu près codnme le sens esthétique^ comme l'instinct musical, ou comme certaines dispositions favorables à la poésie. A

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force d'être répétées, ces assertions prennent de la consistance ; elles finissent par passer à Tétat de chose jngée. Faute de rétablir les faits, mras laissons creuser de plus en plus une séparation imaginaire entre la raison et la foi. On s'accoutume aies regarder comme deux facultés donnant naissance à deux ordres de phénomènes totalement distincts, et qui n'ont rien de commun ; leurs causes, loin d'être solidaires, semblent aToir des intérêts opposés; enfin, on proclame comme définitivement accompli un irrémédiable divorce. Qr^ ce divorce, s'il pouvait exister, briserait l'unité de l'homme lui-même, puisqu'il romprait celle de son intelligence. Il faut dire, tout au contraire, q\ie croire aussi bien que voir est un acte de la raison. La raison, il est vrai, n'obéit pas alors à sa lumière propre et à son expérience personnelle toutes seules ; mais, en acceptant une lumière étrangère, elle la contrôle ; en admettant une expérience venu^ du dehors, elle a soin d'en vérifier la valeur. Si c'est là sortir de sa sphère^ il faut que la raison se renferme exclusivement dans le cercle étroit des connaissances qu'elle peut atteindre, sans recourir au témoignage; toute l'histoire lui échappe, comme aussi la meilleure partie des sciences naturelles ; je ne sais pas même si, en y regardant de près, on ne devrait

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pas absolument lui contester le droit de s'exercer sur les choses extérieures ; les vérités d'une évidence mathématique et les faits de conscience constitueraient alors tout son domaine.

Le caractère surnaturel de nos croyances ne change rien à cette condition, qui leur est essentielle. Quelle que soit l'influence de la grâce sur l'homme, elle ne fait point que son adhésion procède d'ailleurs que de son esprit, ni que ses convictions résident ailleurs que dans aon intelligence. Fénelon s'inscrivait en faux contre ceux qui , de son temps, remettaient en doute cette vérité :

« Si on supposait, dit-il, que la foi vient aux hommes par le cœur, sans l'esprit, par un instinct aveugle de grâce, sans un raisonnable discernement de l'autorité à laquelle on se soumet pour croire les mystères, on courrait risque de faire du christianisme un fanatisme, et des chrétiens des enthousiastes. Rien ne serait plus dangereux pour le bon ordre et pour le repos du genre humain, rien ne peut rendre la religion plus méprisable et plus odieuse ( 1) . )^

(l)Fénel. Lettre v, sur la Religion

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