SUR L'ESSAI
SUR LA CONSaENCE ET SUR LA LIBERTÉ REUGIEUSE,
DE M. A. YINET.
(Publication anonyme de M, Vinet.)
La brochure de M. Vinet paraît dans des circonstances assez remarquables , pour obtenir quelque attention. D'après cela, nous croyons qu'une critique de cet opuscule pourra, surtout si elle est courte, trouver aussi des lecteurs.
Il y a plusieurs choses à reprendre dans cet ouvrage. D'abord , c'est la disproportion entre le titre et le sujet. Cet Essai sur la conscience et sur la liberté religieuse n'est, au fond, qu'une polémique sur quelques parties de ces grandes questions.
Ensuite, le ton n'est pas en tout convenable ; la seconde partie du moins renferme quelques traits d'une ironie dont nous n'avons pas besoin de signaler l'imprudence. Quand on est aux prises avec des idées, il est utile de voir non-seulement ce qu'on réfute , mais qui on réfute.
Mais le principal défaut de l'ouvrage, c'est d'être trop purement dialectique. Raisonner et réfuter ne font
OBSERVATIONS SUH LESSAJ.
pas la moitié d'un philosophe. Les faits et les pensées vont avant tout. Le raisonnement , dépourvu de substance, est comme les lignes sans largeur et les surfaces sans corps de la géométrie ; avec ces formes on ne fait pas un monde . L'auteur aurait dû nourrir sa dialectique d'observations et d'idées; it aurait dû profiter d'une occasion unique pour développer, à nouveaux frais, les principes de la liberté religieuse, dans leur application aux circonstances de son pays.
Il aurait pu, par exemple, discuter le droit de l'Église nationale à une protection exclusive et au monopole des consciences. Il aurait pu dire : Les titres de l'Ëglise nationale à ce monopole sont introuvables; elle ne saurait en produire aucun. Qu'est-elle à son origine? Une association d'individus contre la tyrannie spirituelle , une association d'individus en faveur de la liberté religieuse. Â-t-elle hérité des droits de l'Église romaine? Non, puisqu'elle a nié ces droits à toute Église , et les a détruits à tout jamais. Et le droit qu'elle n'avait pas à son origine, l'a-t-elle acquis depuis? Qu'on nous le montre. En vain le gouvernement l'a épousée : elle n'a pu lui porter en dot la liberté religieuse des peuples ; elle n'a pu disiwser de ce qui ne lui appartenait pas. En vain nos pères auraient signé le contrat : ils n'ont pu engager leur postérité. Société privée à sa naissance, Église nationale aujoui-d'hui, elle n'a, en fait de droits, rien de plus que ce qu'elle avait alors; et toute Église qui s'élève de son sein ou à ses côtés a précisément les mêmes droits qu'elle. Qu'on essaye de prouver le contraire.
itth OMkâVATKms SUR L'MMIk
L'auteur pouvait encore invoquer l'histoire. Â moiad qu'elle ne soit muetti^ pour ceux-là prédsémént qui ont te plus grand besoin de l'entendre, elle doit cenvainfire le gouvernement de l'inutilité et du danger des ri^ gueurs qu'il exerce contre les séparés. Prenes , avant la Reformations le temps où l'Église dominait l'Ëtat^ prenez l'époque suivante où l'État a asservi l'Église ^ même tableau se présente à vos regards. Partout (iivisions et déchirements, jusqu'à ce que le triste indiffi^ rentisme amène le silence. Il n'y a pas eu de milieu entre la fièvre et la mort ; la vie jointe à la paix ne se ti'otiVë tjue daiifi la libertés Or maintenant , VDud dit l'histoire, que voulea^vous? La fièvre ou la vie? la péik ou la mort?
La tUort, en vouleii-vous savoir les sympttoëst G'eat llmmobilité du sentiment religieux dans ses formes^ coinme d'un joyau incrusté dans un rocher ; c'est la ttaduetion d'une religion vivante et libre èri un froid et Vaiii formalisme; c^'est la leilré dos institutions eeclé^ siastiques mise à la place de Véêprit de l'Évangile. Qui oserait dire jusqu'à quel point cette mort avait pénéto'é dans les veilles de l'Église nationale? qui oserait dire combien de ses défenseurs officieux préfèrent cette mort à la vie que produit la liberté 1 Sait^on à quel point tlne religion formaliste est commode pour ceux qui ne Veuletit pas de religion î C'est qu'êfi remplissant tant bien que mal le vide, elle empêcJhe qu'autre chdse ne pénètre dans l'espace qu'elle occupe. Que crôye2-vous que pensent certaines gens lorsqu'ils disent qu'il est bon que le peuple ait une religion ? Us pensent qti'nM
OBSËRYÀTIOns SUR L'ftSSÀl. 479
religion est le meilleur préservatif contre Ici religion ; qu'une religion étEtât est une capsule où le christianisme féél Vient se figer ; et qu'il n'y a rien de mieux qu'une mort qui représente la vie. De là vient que les incrédules ont en grande recommandation les religion^ d'États Mais ils ont beau préférer la mort ; ne l'a pas qui veut. Dans le vase le plus hermétiquement fet*mé, l'air divin de la religion peut entrer ; le germe de la dissidence fermente dans toute Église nationale qtii s'oppose à la vie, et la réforme vient du dehors quand on n'a pas voulu qu'elle vînt du dedans.
L'auteur pouvait dire encore : 0 mes concitoyens , t!*aiterez-vous toujours avec cette dut^té les ehfants d'une même patrie, les habitants d'un même sol, vos frtres et vos amis? Assimilerez-vous à des malfaiteurs ceux à qui , tout compté , vous ne pouvez reprocher que des mœurs trop austères? Ils vous troublent, dites^ vous ; mais c'est que vous voulez êtt'e troublés ; car en quoi nuisent à votre repos leurs ct^Vances et leurs habitudes innocentes? Faudra-t-il encore qu'on vous dise que vous les souffririez mieux tapageurs que tranquilles, intempérants que sobres, au cabaret que dans une réunion de piété? Allons, au fond du cœur vous les estimez ; peut-être portez-vous envie à leur paix ; que vos procédés soient conséquents à votre opinion. Vous ne pouvez leur faire, avec quelque apparence de raison, qu'un seul reproche, de n'être pas tolérants ; donnez-leur donc l'exemple de l'être.
L'auteur pouvait dire enfin : Magistrats vaudois , montrez que vous ne savez pas seulement administrer,
480 OBSERVATIONS SUR l'B8SAI«
mais gouverner. On fait des choses ce qu'on veut, on fait des hommes ce qu'on peut. C'est une matière rebelle que l'esprit humain ; l'âme est comme le feu : elle ne reçoit de formes que celles qu'elle se donne Cette vérité est , en politique , la vérité qui sauve. Honorés par une administration sage et bienfaisante , modèles d'habileté à plusieurs égards , soyez en tout dignes de vous-mêmes. Que les horribles mots d'oppression , de tyrannie , et surtout d'inquisition religieuse ne puissent jamais , avec quelque apparence d'à-propos, être prononcés dans le pays que vous gouvernez. Ne craignez pas de revenir en arrière : le rapport d'une mauvaise loi est aussi honorable que la promulgation d'une bonne ; d'ailleurs le temps, I'ojhnion, la force des choses, la rapporteront, si vous ne le faites vous-mêmes. Ne craignez rien pour votre considération : une rétractation volontaire et généreuse ne peut que vous honorer. Au reste, sachez être, s'il le faut, noblement impopulaires.
J*ai répondu directement au Nouvelliste; mais j'ai cru devoir développer ma réponse, et Timprimer à part, pour la partie du public avec laquelle je communique le plus habituellement. J'ai surtout à cœur de Téditler, si je puis, sur le sens et la portée d'une on deux malheureuses phrases dont on se fait, dtpnis quîna» an», une arme contre moi. Que le public avec lequel j'entretiens des relations suivies, puisse enfin, sur ce fait, ou me condamner ou m'absoudre en connaissance de cause.
Le Nouvelliste Vaudois, dans un article du 13 mars, intitulé : M. Vinet, ses doctrines et son église, a mis en regard quelques-unes de mes plus anciennes publications et la conduite que j'ai tenue dans ces derniers temps (1). 11 a trouvé piquant de me montrer en faute à deux époques dans deux sens tout à fait contradictoires, et d'opposer le fanatique et le sans-culoUe de 1829 au trembleur de 1845. Ce rapprochement n'est pas seulement agréable, ila son but: mîscuiiud'ieduîrt. 11 n'importe guère au Nouvelliste de me convaincre d'inconséquence; il n'en veut pas à ma personne, je te crois, mais il en veut à mes doctrines. Comme, apf^ parerament, il n'a pas le temps de les discuter, il lui parait aussi sûr, et plus commode aussi, de s'attaquer à l'homme qu'à l'écrivain, et d'accabler le second sous les ruines du premier. En conséquence, après avoir déclaré que mon dernier écrit sur l'indépendance de
(i) La brochure qu'on réimprime ici i la suils des Éa-ita polihniyvei (le 1B30, ne (iDiiiaU en éire séparée, puisqu'elle a éië composée en vue de ces ictHi, et ï l'occasloii de nouveaux refiroches sur leur conienn ailretsés  l'auteur en ISùâ. Il scralL sitperOu sans doute de rappeler au lecieurque M. Vlnel a putjlié [.'ans l'iniervallc aoti EsMi lar la nianîffttation des «onvietiuna iiligieuMt et sur la séparation de l'Églitu et de VÈliU (18t3} el divers écrits sur des queailuns ecdëslasUquesi ces derniers seront pralï. {tdittwi.)
484 RBCLAMATIOK.
l'Église lui parait subtil, nébuleux, incompréhensible, après avoir dit et répété que j'écris sans conviction et donne ma théologie pour de la littérature, il m'accuse aujourd'hui de décliner la lutte que j'ai provoquée, et de tourner le dos à l'ennemi après m' être enroué à crior aux armes. J'ai le tort de fuir après avoir crié, et, tout d'abord, j'ai eu le tort de crier.
J'examinerai cette double accusation.
J'ai, si l'on en croit le Nouvelliste^ « préparé les voies « (à la démission des ministres), et par mon enseignece ment à T Académie, et par mes prédications. »
Je réponds à cette assertion de la manière la plus simple. Ni mes prédications, qui ont été fort rares, ni mon enseignement académique n'ont jamais été dirigés vers le but que l'on m'accuse d'avoir poursuivi. J'en appelle à tous ceux qui m'ont entendu. L'assertion du Nouvelliste est même à tel point gratuite, à tel point dépourvue de tout fondement, de toute apparence, que je suis à comprendre comment il a pu se la permettre. Encore une fois, je n'ai de réponse à cet allégué que la plus absolue et la plus formelle dénégation.
Passons plus loin. Non-seulement, selon le NouvellistCy j'ai prêché, en temps et hors de temps, la séparation ou la démission, mais j'ai témoigné, dès 1829, que pour faire triompher ma théorie, tous les moyens me semblaient bons. Et là-dessus, on arrache et l'on agite au-dessus du public effaré quelques lambeaux de deux écrits que j'ai pubUés il y a dix-sept ans, et dont personne aujourd'hui ne se souviendrait si la mémoire du cœur était moins fidèle. On s'écrie que, dès cette
époque, je donnais à l'homme, pour toute règle de conduite, sa manière de voir; que j'ai combattu, par des Conseils de révolte, une loi de nêcessilé, une loi bien en rapport avec t'espril et la nationalité du pays ; qu'ii n'y a pas de lam-culottes qui aient prêché des doctrittes plus lubversives de l'ordre légal que les miennes; et qu'on n'a pas émis de principes aussi dissolvants depuis la révolution de février (J).
Avant tout, il est bon de rappeler que les deux opuscules auxquels le Nouvelliste fait allusion étaient des écrits de circonstance, des réponses à d'autres écrits, dans lesquels les droits de la liberté religieuse m'avaient paru explicitement niés, et l'exercice de cette liberté, c'est-à-dire l'exercice de tout culte non établi par l'autorité, avait été qualifié de révolte. Je réfutais ces doctrines; je n'avais pas ouvert la marche, je la suivais ; je descendais sur un terrain où l'adversaire m'avait précédé (2).
L'écrivain auquel je répondais, partant de l'idée que prier ensemble malgré la défense de la loi, c'était « braver la loi, » demandait comment il faudrait appeler le citoyen qui brave la loi? « Veuillez, disait-il, « chercher le mot. » Je ne le cherchai pas longtemps. Je lui dis que ce citoyen était rebelle aux yeux de la loi. Et j'ajoutai;
« Mais prenez garde, tes lois elles-mêmes sont quel- « quefois rebelles; rebelles à la loi éternelle du juste,
(t) n s'agll Ici de li révolution qui a eu lieu, dans Ia canloii de Vuud, au mois de K vrier 1 8ïK. {Édilairs.)
(3] J'ai déjA exprimé mon regret d« mettre *n scène mon antagoniste de 1839. Oc m'ircDnlfalDteiiiiiemellanluoI-iiiêincenKineaprtsUli-septaïu.
486 IlBCUMATION^i
f( à la loi suprême de Dieu. Placé entre ces deux lois, « tel citoyen peut se souvenir qu'il est homme, qu'il $i est croyant. Et alors, dans la nécessité de choisir a entre ses semblables et son maître, entre les hompies $L et Dieu, il se décide pour celui par qui les pois fç régnent, par qui les législateurs font des lois,, par n qui les magistrats exercent la justice. Inscrit içi-bais « sur les listes de proscription, il s'attend que son nom a ser^i gravé là-haut dans le livre de vie. Il veut bien « être citoyen rebelle dans la société des hommes, pour « être QÎbc^yen loyal et fidèle dans la société des élus. («Qu' est-il réellement? Le grand jour révélera tout; H mais la conscience du genre humain a quelquefois n devancé l'arrêt du grand jour. Et ce père qui, dans $( d^ troubles civils, fut accusé de n'avoir pas révélé 0 l'asile de son Qls proscrit, put, au?( applaudissements K du genre humai^, répondre à ceux qui lui allé- « guaient la loi : J'ai obéi à une loi supérieure à toutes K les vôtres, à la Ipi de la nature !
« Certes, ce n'est pa^ nous qui contesterons au^ loiç M le drpit d'être respectées. Mais une distinction naines relie se présente. Une loi injuste doit être respectée a par mpi, quoique injuste, lorsqu'elle ne blesse que K n^on intérêt, çt pies concitoyens, également lésés, lui « doivent le même respect. Mais une loi immorale, îf u^e loi irréligieuse, une loi qui (pi') oblige de faire « ee que (ma) la conscience et la loi de Dieu condam- « uent, si l'on pe peut la faire révoquer, il faut la bra- « ver. Ce principe, loin d'être subversif, est le prin- « çipe 4ç viç des spfiiétés, Ç'çst U iuttç dtt biw centre
HBCLIMATION. iS7
« le mal. Supprimez celle lutte ; qu'est-ce qui relien- « dra l'humanité sur cette pente du vice et de la misère « où tant de causes rf!'unies la poussent à l'envi ? C'est « de révolte en révolte, si l'on veut employer ce mot, a que les sociétés se perfectionnent, que la civilisa- « tion s'établit, que la justice règne, que la vérité « Qeurit(l). »
Il est évident pour tout lecteur attentif ^ de bonne foi que ces deux mots de révolte et de braver Is loi m'avaient été, l'un suggéré, l'autre directement fourni par l'écrivain que je combattais. De moi-même, je ne m'en fusse pas avisé, et je ne m'en servais que par accommodation. Il est également évident par le contexte que ces deux mots, dans ma brocliunî, ne signifient ni plus ni mains i\ue désobéissance ei désobéir. J'affirmais donc, avec le catéchisme d'Ostervald, qu'il est des cas oii il faut désobéir; avec les apôtres, qu'd est juste d'obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes; et avec l'histoire de tous les temps, que cette sainte désobéissance est un principe de vie et de résurrection morale au sein des sociétés humaines.
Dans l'écrit suivant [Nouvelles observations) je disais : « Qu'est-ii besoin, en effet, d'explications et de • preuves pour légitimer une assertion comme cells-ci ; a Une loi immorale, une loi irréligieuse, une loi ijm oblige a de faire ce que la comcience ou la loi de Dieu rondamm, « si l'on ne peut la faire révoquer, il faut la braoer'f 0 C'est en vain que le rédacleur a mutilé cette phrase :
(ï) Obtep'itions iw un article sur les scetairtt, r^mprlmtea dini ce voiiine. Vdyax pages 8S3-3eA>
« la vérité reste vérité. Et si quelque chose a besoin « d'explication, c'est l'inconcevable inadvertance du « rédacteur, qui signale comme hérétique une propo- « sition que l'homme le plus immoral et le tyran le « plus endurci rougiraient de désavouer. Condamner « ma thèse, c'est admettre la thèse contraire. Con- « damner cette proposition : Quxl momà mieux obéir à « Dieu qu'aux hommes^ c'est admettre celle-ci : Qvlil iiLvaut mieux obéir aux hommes qu'à Dieu. C'est dire « que toute la morale consiste à obéir au gouveme- « ment. C'est dire que chaque gouvernement, à son « entrée dans le pouvoir, vote une morale de sa façon, « comme on vote la liste civile au commencement d'un c< règne. C'est dire: Il n'y a point de morale, point de c< devoirs ;;et, puisqu'il faut obéir aux hommes plutôt « qu'à Dieu, il n'y a point de Dieu. C'est, en voulant « défendre la religion de l'État, fouler aux pieds toute « religion (1). »
Un peu plus loin, parlant des sectaires qui avaient donné matière à cette discussion , je disais encore :
« Pour moi, bien que je ne les connaisse pas, j'espère « de la plupart qu'il leur en coûte intérieurement de c( braver une autorité qu'ils ont tant de raison de res- « pecter, un gouvernement qui, à tous autres ^ards, « est véritablement paternel. Malheur à eux s'il en était « autrement, et si d'une révolte qu'ils peuvent juger « nécessaire, ils passaient à un esprit derévoUe qui est c< toujours criminel ! Car alors ils ne seraient plus les « disciples de celui qui fut dotiuc et humble de cœur; ils
(1) Pages 360-370.
HÉCLASUTIUN. 4m>
« ne se sépareraient pas seulement de l'Église natio- « nale, mais de l'Église universelle*, et ils se place- « raient, par leurs dispositions intérieures, hors de H tout ordre social. Si j'ai bien compris quels senli- « ments doivent animer un chrétien dans le cas d'un « si déplorable conflit, c'est avec une douleur profonde, « une grande répugnance , et seulement lorsque la B nécessité lui en est bien démontrée, qu'il doit prendre « l'attitude de la résistance vis-à-vis des chefs de son « peuple (1). »
Le premier des écrits que je cite ayant été déféré aux tribunaux, j'adressai à mes juges une défense qui a été imprimée, et qui renferme les passages suivants :
n Ai-je pu dire que, quand une loi est immorale et « irréligieuse, quand une loi oblige de faire ce que la « conscience et la toi de Dieu condamnent, il faut lui « désobéir?
« Roi Agrippa, disait Paul à celui qui devait le ju- « ger, roi Agrippa, crois-tu aux prophète$t Je sais que *i tu y crois. » Et moi je vous dis ; Mes juges, croyez- 0 vous en Dieu? Je sais que vous y croyez. Or, si vous « y croyez, le moyen que vous n'admettiez pas cette ■ maxime incontestable, que , dans la nécessité de « choisir entre la loi des hommes et celle de Dieu, il « faut se décider pour celui par qui lis rois régnent, par « ^t les législateurs font les lois, par qui les juges ad- « minislrenl la justice ? Le moyen que vous ne recon- « naissiez pas qu'il est des cis où la désobéissiinc« aux H lois humaines devient un devoir, et le premier des
490 aSCUMATIOK.
« devoirs? U est vrai que les magistrats sont établis de « Dieu, et que, dans la sphère des institutions sodales, « ils le représentent sur la terre ; mais il est également « certain qu'il ne leur a donné aucune part da son a infaillibilité ; que, membres de la famille humaine, « ils participent de la corruption originelle de cette a famille; et qu'exposés, comme nous tous, à des paâa sions et à des erreurs, ils peuvent en transporter « dans leurs lois la déplorable empreinte ; en sorte « que ce qu'ils prescrivent peut se trouver en opposia tion avec ce qu'a prescrit le Seigneur des cieux et « de la terre. L'Évangile a fait plus que de prévoir ce « cas de conscience : l'Évangile l'a créé en quelque « sorte. L'apparition du christianisme sur la terre fut « elle-même l'occasion d'un éclatant conflit entre la « sainte autorité de Dieu et les prétentions de l'auto- « rite humaine. Il fut des temps, Messieurs, oij la pure « et simple profession de l'Évangile futy par elle-même, « une résistance aux lois humaines ; et^ dès l'aurore « de ce grand jour que Jésus alluma sur la terre, ses « apôtres furent obligés de proclamer et d'appliquer « ce principe, sans lequel il n'y a point de religion a possible : Il faut obéir à Dieu pliUôf quaikv hommes. « C'est ce principe que j'ai posé dans mon, écrit; « mais j'ai fait plus, je l'ai développé, je l'ai expliqué; <i et chacune ^es circonstances dont j'ai accompagné « l'idée principale est destinée à prévenir les fausses « interprétations qu'on pourrait en donner, et l'abus ; a que pourrait en faire la ^iblesse humaine. U ne vous « échappera pas. Messieurs, que, dans le même p^ra-
HÉCLA-IAIION. Wi
« graphe tiù se trwuve lu phrase iiicriminée, je pose un K principe conservateur que j'aurais pu, aux applau- K dissements de la multitude, ou nier ou révoquer en K doute. J'y déclare qu'il faut obéir même à la loi t injuste ; principe journellement éludé par une foule M de gens qui ae croient d'ailleurs de fort bons ci- » toyens. J'oppose, autant qu'il est en moi, une digue K BU débordement de ce jésuitisme pratique répandu M dans toutes les classes de la société, et qui, par des K voies obscureSj enlève journellement à l'État une K grande partie de l'obéissance qu'on lui doit, et des • secours qu'il attend de ses membres. Et comme la a précision est la force des doctrines morales, comme I le vague dans ces matières est la ressource de le K mauvaise foi, je lui enlève tout prétexte par cette K distinction exacte et claire des lois injustes qu'il faut K respecter et des lois immorales auxquelles il ne faut I pas otiéir. Je définis même ce mot immorales, afm K d'ôler la ressource du sophisme à ceux qui pourraient K dire que foute loi injuste est par là inêmc immoralt. H J'appelle loi immorale, irréligieuse, celle qui oblige
■ do faire ce que la conscience et la loi de Dieu con-
■ damnent. En cela, j'ose dire que je suis plui^ précis « et plus sévère que le catéchisme de l'I^lise nàlio- B nale, qui établit (pnrfie II, seclion XIII) qu'il faut «. obéir aux magistrats m toulen Ira choses jattes et Ugi- « limes. Ces paroles ouvrent à l'esprit d'indépendance « une trop vasie carrière; car on pourrait les inler- N prêter de telle manière, qu'il mirait permis de dés- « obéir à toute loi qui nous paraîtrait injuste à notre
492 RicLAMATlON.
« égard. Je me garde bien de donner prise à de telles. « pensées ; et Ton ne trouvera peut-être pas indigne « de remarque que le sage Ostervald soit moins ré- « serve que moi,
« Cette distinction de rinjustice et de l'immoralité « dans les lois est propre à inspirer à l'État la plus « grande sécurité à laquelle il puisse prétendre. En « effet, même dans le cas des lois immorales, l'État « n'aura rien à craindre au delà de la simple désobéis- « sance. Nulle possibilité d'émeute, de soulèvement, « d'attaque, de révolte à main armée. Et pourquoi? « c'est que des deux parties de la loi, savoir, le dispo- « sitif qui est immoral, et la clause pénale qui est in- « juste, la première seule rencontrera de la désobéis- « sance, et la seconde obtiendra la soumission. Si le « croyant se refuse à l'acte qu'on lui commande, il se « soumet volontairement au châtiment qu'on lui in- « flige, et, s'il ne vous livre jamais une conscience à « subjuguer, il vous présentera toujours un corps à « punir. Commandez-lui de renier sa foi, il ne peut; « dites-lui de vous sacrifier son bien, de descendre « dans les prisons, de marcher à l'échafaud, il est prêt. « Amende, prison, supplice, tous ces tributs terribles « ou sanglantes que la société impose à la désobéissance, « il les paye avec joie et sans hésiter. Allez à sa ren- « contre avec une loi impie, vous trouverez un lion ; « levez le glaive sur sa tête, le lion n'est plus qu'un « agneau (1 ) . »
Si je pouvais, je transcrirais ici, en leur entier, les
(1) Pages &19-423.
RÉrUMATION. 49S
iust;uies auxquels on a iuiprudemioent demandé des fï^es contre moi. Ces écrits qui m'accusent, dit-on, ^Ues mêmes écrits me défendraient. Mais ce que j'ai cité suffira. Les hommes équitables jugeront que si, dans le premier de ces opuscules, l'amour de la liberté, la haine de toute oppression, et la chaleur d'un sang que 'Ç4ge et la souffrance n'avaient pas encore refroidi, me dictèrent des expressions trop vives, si je n'évitai pas ^vec assez de soin des forme,s de langage paradoxales, .si je supposai plus ordinaire qu'elle ne l'est en effet ■cette antinomie de la conscience et de la loi, le fond de ma doctrine, à l'exposition de laquelle j'avais d'ailleurs été provoqué, était absolument irréprochable.
Le Nouvelliste essaye vainement de remettre sur pied des objections qui ne purent alors se soutenir et qui tombèrent d'elles-mêmes, et non sous mes coups.
Sur ces mots : ma conscience et la loi de Dieu, il s'écrie avec impatience et dédain: n Pourquoi tant de » périphrases? pourquoi toujours parler de conscience? « les démissionnaires en auraient-ils le monopole? « pourquoi ne pas dire simplement : une loi qui ne « s'accorde pas avec noire manière de voir? ce serait « plus modeste et plus clair. »
Ceci respire un sentiment auquel on croit bien que je ne m'arrêterai pas. J'ai mieux à faire. Qu'aux yeux du Nouvelliste, toute conscience soit moins précieuse que la sienne, et qu'il croie faire trop d'honneur à la mienne en l'appelant une manière de voir, qu'y gagnet-il dans la discussion d'une question générale où il ne s'agit, évidemment, ni de sa conscience, ni de la
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mienne? Ce dont.il s'agit^ toutes personnalités à parl^ c'est de savoir si l'homme doit, dans tous les cas^ obéir à la loi, et s'il ne trouve pas en lui, dans certaines rencontres, une défense péremptoire d'obéir. C'est cette question que je pose à l'auteur de l'article ; je le somme ( car il m'en a donné le droit ) je le somme d'y répondre catégoriquement. S'il admet la possibilité du cas que j'ai prévu, la nécessité morale, le devoir de la désobéissance, nous sommes d'accord. S'il prétend au contraire que, quelle que soit la loi, il faut obéir; s'il prétend ou que la loi civile est toujours nécessairemeftt conforme et identique à la loi supîême, ou qu'il n'y a pas d'autre loi que la loi civile, et que ce qu'on a, jusqu'à présent, appelé religion et morale n'est qu'un mot, je ne lui demande qu'une chose, c'est de le dire. Je lui promets de ne pas réphquer. J'abandonne à la conscience publique (car j'espère qu'elle n'eslr pas morte) le jugement en dernier ressort de cette effroyable thèse.
Du reste, cette substitution d'un mot à un autre s'explique fort aisément. Manière de voir ou volonté^ sont les deux idées que l'on s'efforce et que l'on viendra facilement à bout de confondre. Et alors il se trouvera que j'aurai fait de la volonté de l'individu l'unique règle de sa conduite. Mais j'ai assez de amiismee dans la droiture et dans le bon sens de mesiêoncitoyens pour croire qu'ils ne confondront pas, coimiie vous vous efforcez de le faire^ la conscience et la vo* loûté. La conscience n'est pas la volonté, elle ^n est le freia et la règle ; et c'est vous qui^ en détrônairt la
eoiiBcîeiioe , ou en supposant que la oonflcieace est UB Hiol vide de sens, mettez la volonté sur le trône. le ne veux rien de la mauvaise doctrine que vous me prêtez ; die esl à vous, je vous la rends.
Je ne n^igerai pas de relever œ qu'on allègue comme drconstanoe aggravante de la provocation à la révolte dont je dois m'étre rendu coupable en 1829. C'est, dit le NmtmUisie, à l'abolition d'une Un de né*- «nttCé, d'une M biem en rofporî avec f esprit et In natianaUU du pay$j que je voulais arriver. Je laisse au N€U9elU$te toute la responsabilité d'un aveu qui compnmiet si gravement le canton de Yaud. Le journaliste n'a done pas senti ce qu'il y a de mortifiant pour un peuple à s'entendre dire qu'à une époque où il oroyait marcher aux premiers raf^ de la civilisation, son esprit j sa notianaUté ont rendu nieeseaire une loi de persécution, qui condamne à la jNrison, à l'amende et au bannissement des citoyens paisiUes pour le seul fait d'avoir, tout en professant les doctrines religieuses officiellement adoptées par la nation, célébré un culte dans l'intérieur de leurs maisons, et étabfi entre etAx une surveittance et une discipline morales que, depuis longtemps, l'Église nationale renonce à exercer ! Telle est, en effet, la loi du 20 mai 18S4, excusable seulement parce que le phénomène, tout nouveau chez nous, d'un culte dissident avait pris au dépourvu les esprits, accoutumés depuis cent ans à l'aspect d'une invariable et morne unité en matière de culte et de religion. On conçoit la surprise désagréable et le mécontentement d'un très grand nombre de citoyens ; maiâ que la
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loi du 20 mai fût dans Yespril du pays, que la persécution fût nalùmaUj que le peu[de Tait demandée, qu'on n'ait pu alors le contenta qu'en firappani d'àmende, de prison et d'exil quelques-uns des enbnts du pays qui se réunissaient pour prier, et qui, à l'époque dont il s'agit, ne formaienit pas même une Église à part, c'est une assertion dont la [h^u¥& magique, c'est une accusation qu*on intente gratuitement au peuple vaudois de 1824, et que nous osons repousser en son nom.
Mais la loi de 1824 eût-elle été ce que Ton dit, bien vaudoise, bien nationale, était-ce pour nous une raison de la ménager, et sommes-nous de mauvais citoyens pour l'avoir attaquée î Qu'est-ce que ce prétendu crime de lUe^-nalionaUlé, qui serait le nô|re, auprès de celui de lése^umaniU, qui était le sien? Et je ne dis pas assez ; car, dans la persécution pour cause de religion, la nature humaine n'a pas seule à se plaindre. Dieu est atteint:
La majesté de ses aatels Elle-même eo est offensée. *^^
Ce sont donc les droits éternels de rhui||uiité et les droits mêmes de Dieu que je réclamai alors contre cet emportement de la prévention populaire qu'il viwis plaît d'appeler la nationalilé du peépU vaudois. Vous ne voyez que quelques individus en cause ; mais chacun, mais le moindre de ces indivîdlis représentait à lui seul toute la dignité de la loi divine en face de la loi humaine révoltée. Ces, conflits, dites-vous, sont redoutables. Évitez-les donc, en vous renfermant dans votre
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domaine et laissant tout le sien à la conscience relitgieuse. Etn'alléauezyas l'impatience et les murmures des niasses ; n'invoquez pas le principe de l'expropriation pour cause d'utilité publique. L'utilité publi- * que n'est point en question, puisqu'il n'est nullement uUle, mais au contraire très pernicieux, d'assouvir des 1 passions haineuses, seul intérêt qu'ici vous puissiez alléguer ; et puis, le droit d'expropriation ne saurait s'étendre jusque sur le domaine de la religion et du culte; car exproprier l'homme de ces biens-là, c'est le «dépouiller de toute sa dignité, lui enlever toute sa valeur, qui consiste essentiellement dans la libre culture de sa conscience; c'est par conséquent exproprier, non l'individu seulement, mais la société elle-mi^me.
La doctrine que j'ai combattue et que je combats encore aujourd'hui (1) n'a qu'un moyen de se soutenir:
(l) J'ai repouné, au Dam du p«uple vaudois de IS3A, l'acciisailoa qu'on* lu) liileiile d'aioir rendu néresuire, au polnl de lue politique, la loi du 30 mai. je Npousse awc la tuf me force l'accuMllon du mfme g^nre qu'on *it)tente au peD|ile vaudoU de \BliS. Qu'un peuple soit responsable de M situallon, et, plus ou moins, de tout ce qui a Heu de considérable dans sou sein, je le recoilDais,Je l'ai reconnu ailleurs. Ses deueiidanU et rlllitolre lui eu deinahileroDt compte. Que, génAralcnieni, la liberté rellgieuje ne soit pas aluiée dans notre pays, je le reconnais encore: ailleurs comOK cbez Doiis, la liberté religieuse est uaiurellement du godi de peu de geoi. Hais ]e ne oomprends pas qu'on puisse dire que le peuple vaudois a de- « ^aadé, qu'il veut, el qu'il impose t ses magistrats les mesures de conirainie ei de conipnsslnn i|u 'aujourd'hui encore on prend en son nom conlK une minorité. Ce qu'il ne faudrait croire qu'ï la dernière eitrémllf, on le croit sans preuve, on le croit à yriori, on le croit d'avance, ou sur I Ue faibles et U'équtvoqnes indices. Encure que le peuple eilt exigé tout ce que nous somses forcés de voir, celte estlttence ue créait itolnt de nécessité; car il n'i a polpl de péeessUé contre le droit. Ajoutons que ta protecllOQ des minorités InolTenslres est la plus belliT ailribuiion et la mission spéciale d'un guuiernenienl.
Je parle sans aucune autre émotion que celle d'une profonde IrUlease.
c^ést de se compléter. Oui, quand vou§ l'aurez flanquée d'une autre doctrine, celle de la divinité du pew- * pie, je n'aurai plus rien à vous opposer. Le peuple 'est-il Dieu? C'est toute la question; mais si 'Dieu est distinct du peuple, je dis qiae, seul avec Dieu, le plus diétif individu tient tête à tout le peuple et à tous Iqs peuples. Qu'est-ce à dire? Non pas, certes, que cet individu, ou plusieurs avec lui, doivont inaposer leur volonté à tout le peuple, lui prescrire sa "^ marche, le mettre sous leurs pieds. Ne nous prêtez pas ces absurdités. Nous voulons dire deux choses: l'une, que Tindividu qui estime avoir reçu de la consciej^ ou de la loi de Dieu un or^re contraire à la volonté générale, n'est pas libre de désobéir à l'ordre qu'il, croit émané d'en haut ; — l'autre, que le peuple ou la loi peut Ijîëh? exiger d'un individu quelque acte coatraire a la conscience de cet individu, laquelle peut foft bien ne pas *ùtre éclairée et devaiii les erreurs de lacjuelle la so-
Lai colère, au poiat de vue du christianisme, non-seftlement n^v^His légi- • tlibe, elle n'est pas raisonnal)le. J'espère que la minorité, à laquelle on refuse aujourd'hui son droit divin, abondera dans les seniiiiients de support et de patience que J'ose lui recommander; que « sa douceuivsera connue «de tous les hommes;» et qu'elle ne perdra paâ « cette intorruptibililé « (imperturbabilité ) d'un esprit paisible, qui est d'un si grand prix devant « Dieu. » Que le calme qui paraîtra dans sa conduite ne ««itças le calme du mépris; car le mépris, pas plus que la colère, « n'àQpoinplit la Jusjtlçe « de Dieu; » et d'ailleurs, comment des chrétiens, dont chacun diÊt ù* regarder comme « le premier des pécheurs, » s'aïU'tbueraient-iis l^^^Jlit dé mépriser? S'accuser, plaindre et supplier, voilà le droit du vrai ^jfjlp. v J'ajouterai, puisque j'en ai l'occasion, qu'il fait tdiij)jliiùrs céder la forme au fond, et qu'à l'exception de la communion avec Diéfi^ de Ui communion fraternelle et des moyens indispensables de maintenir l'une^ et l'autre ( Tadoration en commun est le premier de tous), il accorde aft circonstances tout ce que les circonstances dei^andent.
26 mars, jour de 1- AAnonciaU^D*
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ciété ne doit pas reculer ; mais que le sanctuaire même *cle la conscience est inviolable, et que, sans accepter comme de bon aloi tout ce qui a été fondu siir ce foyer, la loi ni le peuple ne peuvent, sans empiéter sur les attributions divines, l'éteindre ou le disperser, tout acte n est pas absous par la bonne foi de celui qui Ta consommé, cela est évident ; mais ce qui reste en dehors des atteintes de la loi, c'est, pour chacun, le droit d'informer sa conscience, de la cultiver, d'en conférer avec ses frères, et de s'associer à eux dans ce but tout spirituel. Toute prétention contraire irait directement à la destruction, non de la reUgion seulement, mais de la morale. Qu'est-ce, en effet, que la morale? La règle du devoir. Où est le siège et là sanction du devoir? Ifens la conscience. Qu'est-ce que la conscience? Une voix intérieure qui parle à chaque individu, non de la part du peuple, mais de la part de Dieu. Si cette voix n'était pas libre de se faire entendre, si une autre voix, une voix extérieure, prétendait se substituer à elle, le devoir ne serait plus qu'un mot, il n'y aurait plus de morale, et, par conséquent, dans un certain sens, il n'y aurait plus de société.
Le peuple parle-t-il toujours comme la conscience de l'individu? La conscience de l'individu parle-t-elle toujours comme le peuple? Non. Il peut donc y avoir conflit. Où est alors l'arbitre du conflit ? Nulle part, puisque Dieu se fait. « Dans ce conflit de la conscience et « de la société, chacune fait, à ses périls et risques, «ce qu'elle juge convenable (1), » c'est-à-dire \Tai et
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MO . ^ R1ÎCLÀ1IA7I0N.
juste. Dieu, dans le secret, sanctionne tour à tour l'opposition de la société à la conscience qui s'égare, ou la résistance de la conscience à la société'iqui s'abude. Son jugement demeure scellé jusqu'au jour dùicms les sceaux seront brisés. Mais ce qui n'est pas scellé , cfe qui, dès à présent, est évident, c'est qu'en aucun cas le domicile spirituel de l'individu , j'entends sa conscience, ne peut être violé. On peut saisir -parfois ce qui sort de ce domicile, mais on n y doit point pénétrer. A ces conditions seules,. je le répète, il y a une morale et ujife société.
'VComme tel est le sens des écrits qué*5'ai pi^^liés.-^eii ^ 1829, je nie hautement que j'aie jamais prêché de$ doctrines subversives de Vordre légal, et qiïe j'aie émis aucun de ces principes dissolvants qui, si je comprends bien le Nouvelliste , ont été propagés dans le pays depuis la révolution de février.
Quelle que soit l'évidCènce et la haute, valeur de ces priâcip^ je me serais volontiers dîsperfsé de les exposeç, et volontiers encore je m'en dispenserais aujourd'hui. Cette dualité de Vhomnie et de la société est une des conséquences de la chute ^première qui*coûtent le plus à avouer; et peut-on, d'ailleurs, empêdte, quand on ouvre cette porte à la vérité, que le menSroge , qui la suit toujours de pfèô.> jne s'y précipite après elle? La conscience mal éclairée , la fausse conscience rfé sont-elles pas là , depuis le matin ,; attendant le moment, épiant l'occasion? Mieux que personne je sens toïit cela ; et la nécessité de • ma j[ustification personnelle ne m'excuserait qu'à moitié d'avoir, sur ces su-
jets, raison mal à propos, enwire bien moins d'avoir tort. Mais, quel que soit l'inconvénient d'ouvrir cette porte, l'ouvrir et la tenir ouverte est le salut de la 'société, et quiconque la voudrait fermer, a conjuré la servitude et l'avilissement du genre humain.
Je nie, en outre, quej'aie professé, il y a dix-sepl ans, aucune doctrine, bonne ou mauvaise, qni m'ait obligé plus lard de me conduire autrement que je n'aio fait ; ou, si l'on veut, je nie que j'aie rien fait, depuis 1 829, qui ne soit conséquent aux principes ,que je professais alors. ,-
A quoi se résument , en effet , mes doctrines de 18297 Quand l^s hommes, sous la forme d'une loi "ou • de toute autre manière, commandent de faire ce qœ la loi de Dieu défend^ ou défendent de faire ce que la lui de Dieu commande, il faut, s'efforcer, par toates les voies légales, de faire révoquer l'ordre ou rapporter la loi, et si l'on n'y réussit pas, il ne reste plysqu'à désobéir, n'opposant point d'ailleurs In farce à la force, ne résistant que négativement , épuisant tous les moyens de droit et de conciliatioi^ et subissant sans murmures tes conséquences pénales d'une résistance à laquelle on n'a dû sej'ésoudre qu'à la dernière extrémité et sous l'empire 3'ane complète évidence.
Maintenant, qu'ai-je fait depuis bientôt neuf ans que je suis de retour dans mon pays? Je ne m'accuserai, ni ne m'excuserai d'avoir désobéi , puisque , chose étrange , c'est du contraire qu'on m'accuse. Je dUrai ^milement (et ce sora, au choix de mes lecteurs, une apqlogie ou un avcù) qu'ayant reconnu que la loi de
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1839 iriiix)sait aux membres du clergé dont je faisais partie certaines obligations qui, probablement , ne m'eussent jamais été imposées, mais qu'en conscience je ne pouvais remplir, je jugeai que je ne pourrais pas, le cas échéant, désobéir à une loi que j'aurais aceaptée, que , par conséquent , dès la promulgation , je deyais renoncer à ma qualité de membre du clei^é national. Plus tard, je reconnus que, bien que la faculté de théologie à laquelle j'appartenais eut été sécularisée par la loi de 1837, je me trouvais encore fonctionnaire de llËglise par l'obligation éventuelle de prendre part aux travaux de la commission de consécration, si mes collègues m'y dél^uaient. En conséquence, je descendis d'une chaire où me retenait uniquement , je puis le. dire sans crainte , et Ton me force à le dire, l'attachement profond que je portais à notre chère et brave jeunesse. Voilà toute l'histofre de mes conflits avec la loi, et de la manière dont je les ai résplus.
Au mois d'octobre dernier, il nous fut interdit, à quelques ministres et à moi , de prêcher dans les temples nationaux. Quoique cette décision ne me parût fondée sur aucune loi , je m'y conformai.
Mais, encore une fois, que me sert de prouver que j'ai évité la désobéissance, brsque c'est bien plutôt l'obéissance qu'on me reproche, lorsqu'on prétend, du moins, que mes principes m'y entraînaient, et que je m'en suis abstenu pour rester au coin de mon feu?
Je devais , dit le NùUjçellhte , me metitre à la tète du
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moQvement du 1 2 novembre , et m'écrier ce jour-là , comme Davel sur l'échafeud : « Voilà le plus beau jour « de ma vie ! »
Le NauvelHite fait ici une supposition qui me Hatte. Je ii*a^ais, selon lui, qu'à me mettre à la tète du mou- Tement. On dirait, à Tentendre, qu'il nV avait qu'à voulcHr. Certes, le mouvement du 1 2 novembre n'était pas embarrassé de trouver un chef , et pouvait s'en donner un plus digne que mm. Mais^ d'ailleurs, n^estil pas clair que mes idées sur TÉglise et sur FÉtat m'excluaient du oxnmandement ? 11 eût fait beau voir que j'eusse été prendre cette frface et que j'eusse tâdbé de hisser mon liérétique bannière au-dessus de ce drapeau , du nationalisme que, durant tout le cours de la discussion , les ministres démissionnaires ont tenu si haut élevé ! En vérité, le Nouvellisie n'y pense pas. Je crois que mes anciens collègues, du plus grand nombre desquels je n'ai reçu que des témoignages d'une généreuse affection , m'auraient accueilli dans leur assemblée. Mais ils délibéraient comme clei^ national ; je n'avais donc, moi, rien à faire dans leurs rangs, auxquels depuis longtemps je n'appartenais plus. Tous, ou presque tous , rejetaient mes prémisses, que je n'eusse pu , en aucun cas , supprimer ou dissimuler ; dès le premier mot que j'aurais dit, on m'aurait rappelé à la question, et l'on aurait bien fait. Bref, je n'avais aucune part à prendre à ce mouvement , dont je n'étais point l'auteur; ma position était prise; j'avais donné au |irineipe de l'indépendance de l'illglise ou de sa séparation 0'avec l'État, des gages décisifs que mes anoieiui ixA\e-
gues n'avaient point l'intention de lui donner , qrfaur jourd'hui même ils estiment ne lui avoir point donnés. Mon rôle, à ce moment-là, devait être celui de simple spectateur, et je m'y suis scrupulçusecpent réduit. Je • ne dis pas de spectateur comblé, ravi , puisque^ cette 4* assemblée a protesté contre mes principes, tout eB^consommant un acte qui , jusqu'à un certain poiïïfe^ lesi réalise. Je ne vois donc pas pourquoi je me seraii^ écrié comme Davel : « Voici le plus beau jour de ma « vie ! » Je ne dis pas , d'ailleurs , que ce ne ^oit un beau jour que celui qui nous rend témoins d'iimjacte de foi courageux et désintéressé. Et comment, ne l'aimerais-je pas pour les jours qui l'ont suivi, et pour l'avenir qu'il porte dans son sein?
J'aurais dû, pense le Nouvelliste^ passer par-dessus tous les dissentiments qui me séparent de3 ministres, et me joindre à eux pour le seul plaisir de désobéir ou de faire de la révolte. Cette supposition efet moins flatteuse pour messieurs les ministres démissionnaires que la précédente ne l'était pour moi. Elle affirme que le 12 novembre^ ces ministres ont désb}3éi. Je ne suis pas plu^ appelé à défendre qu'à accuser les intentions. Je ne lis pas au fond des cœurs. Je prends l'acte en luimême, et je dis qu'une démission n'est pas un acte de désobéissance. Je vais plus loin : je dis que, dans certains cas, c'est un acte d'obéissance, un témoignage de. respect pour la loi. C'est dans ce sens que je donnai ma démission en 1840. Je vis alors que je serais obligé de désobéir, et, pour ne pas désobéir, je me retirai. Autant en ont fait, ce me semble, les démissionnairc|fi
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du it novembre : ils ont recoiinii qu'ils ne pourraient, fis la pratique, se ranger au\ principes, déférer aux exigences du Conseil d'État; ils lui ont donc remia leurs pouvoirs officiels, en restant, d'ailleurs, au sein 9des paroisses qu'ils avaient desservies jusqu'alors, et en offrant à leurs paroissiens d'être encop, mais gratuitement, leurs conducteurs spirituels. Il n'y avait pas là "de quoi allécher un homme aussi friand de révolte que je le suis dans l'opinion du Nomelliste. Une démission ! des démissions ! la belle affaire! Ce qui eût pu me satisfaire dans le point de vue où l'on a ta bonté de me^, placer, mais ce que les ministres ne m'eussent jamais accordé, c'eût été une décision en vertu de laquelle ils seraient restés à leurs postes, comme sur une propriété inaliénable, en disant aii gouvernement : « Nous restons, mais pour voua désobéir. » Si s'était leur droit, comme on l'a soutenu , ils n'ont yt&s voulu s'en prévaloir : ils n'ont donc pas désobéi .
Je suis bien aise de dire ici toute ma pensée. Je haïrais la démission comme acie de révolte; comme acted'opposilion ou comme coup d'Etat, ainsi qu'il plaît au AquvelUste de la nommer, je la haïrais encore. Je l'aime, et à Iwn droit, comme gage de fidélité au chef suprême de l'Église et de respect pour le ministère évangélique. Forcer la main au pouvoir m'eût paru, commet) tous les hommes sérieux, un but sans élévation, un résultat sans valaur et un.dangereux avantage. Je hais, dans les choses de cet ordre, les résultats forcés et purement matériels, et je romplc trop sur la nolva-
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bilité de la vérité pour ne pas lui faire crédit. Je suie trop convaincu pour être impatient. Je n'exprimé'pas ici mes sentiments seuls ; ces maximes, je n'en doute pas, seraient signées avec empressement par tous ceux qui ont signé l'acte de démission. Quoi qu'il en soit,* cet acte n'est pas mien ; ma démission a précédé celle des pasteurs ; elle avait des motifs que la leur n'a pas eus, et se liait à des principes que presque tous ont
repoussés.
Mais, plus tard, je me suis adressé à ces mêmes pasteurs. — C'est vrai. Lorsque, à l'expiration du terme accordé pour la rentrée, la démission a été un acte, non-seulement accompli, mais irrévocable; quand, de leur propre fait et du fait du pouvoir, les pasteurs se sont trouvés séparés, j'ai voulu les réconcilier (pour le grand nombre c'est le mot ) avec la séparation ; j'ai plaidé, une troisième fois depuis vingt ans, une seconde fois depuis quatre ans, la cause, sacrée à mes yeux, de la mutuelle indépendance de l'Église et de FÉtat (1): j'en ai appelé, dans l'intérêt de ma thèse, à la théologie avouée des démissionnaires ; à leur prédication de vingt-cinq années, toute pleine, à leur Insu, des semences de ma doctrine ; à la nouvelle j^ition faite à l'Église vaudoise par l'avéaement de la démocratie pure ; à l'état général des opiiûons et des mœwrs dans le monde actuel; enfm, à l'idée même d'Église^ idée que le nationalisme ne peut s'empêcher de mutiler. Si la morale est de la métaphysique, j'ai fait de
(1) Considérations présentées à MM. les Ministres démissionnaires, par un Ministre démissionnaire» à déeembm 1845.1
la mélaphysique ; mais je n'en ai pas l'ail d'autre, et, ' après tout, il ne s'agit pas d'exclure la métaphysique, sans laquelle on n'arrive au fond d'aucune question ;
• c'est par là qu'elle déplaît, et c'est p^r là qu'elle de- ^vrait plaire. Tel eat donc mon écrit du 4 décembre;
voilà ce que j'ai fait ; voilà ta dette que, cette fois encore, j'ai payée à l'une de mes convictions les plus fc chères. Le Nouvelliste me permettra peut-être l'emploi de ce mot, qui lui df^plaît dans ma bouche; c'est bien
* le moins qu'une seule fois, dans le cours de cet écrit, il m'échappe de faire entendre que je crois à ce que je dis.
Mais encore ici, honorable lecteur, vous êtes loin de compte si vous vous imaginez qu'on me reproche d'avoir prêché la séparation aux ministres séparés; et (out le temps que je viens de mettre à justifier cette ' démarche' est purement du temps perdu. Ce n'est pas de cela qu'.il s'agit. Ce n'est ^as d'avoir poussé les miiMstres : c'est de ne les avoir point assez poussés qu'on me demande compte. J'y -étais, pense-t-on, obligé par ■ esprit de conséquence, et si je ne l'ai pas fait, c'est ^P que j'ai manqw' de cœur. C'est si j'avais donné aux ^r minisires de belliqueux conseils, que le Nouvelliste H . serait cbnlenl ; il est fâché que j'aie été si pacifique ou H • plutôt si timide. Oui, je comprends qu'il eût éié bien ^L aise de trouver d'autres conseils dans ma brochure. ^M Mais j'ai donné ceux que j'ai jugés Imns, et, bons on ■■ . mauvais, je défie qu'on y surprenne la moindre con- Iradictioa-avec mes théorifji^ de 1S29, Je n'ai [las pluR de foi à l'impalieDce et à l'îiapétuosité dans W zèle t^u'à
la violence dans les lois. Je ne crois, en général, d'assures que les résultats lentement et laborieusement obtenus. J'augure mal des grands commencements, j'espère volontiers des petits. J'honore la vérité quelque * part qu'elle se manifeste, mais j'ai besoin de voir des pauvres et des chétifs dans les rangs de Ma sectateurs »i:^ Je veux aussi que la nécessité toujours déplorable des conflits soit reculée aussi loin que possible, et que, ♦ pour l'amour de Dieu, on obéisse à tout ordre humain qui n'est pas incompatible avec l'amour de Dieu. Je*^ n'ai jamais professé ni ne professerai jamais d'auttes doctrines. C'est de la prudence, dit le Nouvelliste; oui, c'est de la prudence, et pourquoi non? Non pas pourtant de la prudence personnelle, quoique je prêche tout cela au coin de mon feu. Il y a donc encore un coin du feu? Tant mieux, je commençais à en douter. Le Noikvelliste paraît s'étonner que j'y reste; sa logique me veut ailleurs. Où donc? qu'il le dise. Je sgrai char^pé de l'entendre.
Quoi qu'il en soit, les conseils que^je me gui^^ripais de donner aux ministres (dès la première édition de ma brochure, et non pas dans la seconde s^ement, , comme l'a cru le Nouvelliste)^ ces conseils, je les maintiens. Je maintiens également ces paroles de la seconde,* édition : « L'Église n'est pas libre, à moins d'être sou^ " « veraine ; » car ces paroles résument, sans .l'exagérer, le système que je soutiens depuis des années. La sinistre interprétation qu'en donne le Nouvelliste ne me les fera pas retirer. Il m'accuse, nlbi qui nie Stiis vingt fois prononcé contre le despotisme ecclésiastique, d'à-
j voir n'-clamé, po^r l'figlise, la domination sur l'Élal. 11 me serait trop facile de feire tomber |îerpeTidiculairementsiîr la tête de mou censeur un reproche pareil à celui qu'il m'adresse. Vous professez, pourrais-je lui dire, que le cantou de Vaud est un état souverain. Que .diriez-vousBije vous accusais d'avoir prétendu que le ^nton de Vaud, en tant que souverain, est appelé à b dicxter des lois a ses cotifédéréSj au Piémont, au Wurf teraberg, à la France? Vous savez, aussi bien que moi, -que souveraineté ri'implique pas domination. Être souverain , c'est ne relever que de soi ; et c'est tout ce que je^éclame pour l'Église en tant qu'Église.
Je n'ai plus qu'un dernier mot à dire à ceux qui,
depuis un temps, m'attaquent avec plus d'esprit 6l
^ plusd'art jjue de franchise, et certainement avec plus
d'art et plus d'esprit qu'il n'en faut, dans un temps
cotniae celui-ci, pour démolir un homme.
Vous n'aimez pas les thèses que je soutiens. Je ne saurais m'en étonner, et je ne dois pas m'en plaindre : la plup^t de ceuxavec quij sous d'autres rapports, je fais cause comumne, les aiment, s'il se peut, encore moSns ([ue vous. Mais j'aiirais lieu de me plaindre de ce que vous vous appliquez à amasser des préventions contre ma personne plutôt qu'à réfuter mes arguments. ' -La première de- ces méthodes, je l'ai avoué, peut ^tre plus facile que l'autre; mats elle n'est ni la plus loyale ni la plus rationnelle, et elle ne termine rien. Ce que je puis être n'ote rien, ni n'ajoute rien à la vérité de ce que je pense. Il s'agira toujours, en définitive, de savoir si je me trompe ou si j'ai raison. Qijand, à force
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d'insinuations, et d'ironie, vous ^riez parvenu à me détruire, alor^ encore, du néftnt où vous m'auriez réduit, je me soulèverais pour voua dire : A la question maintenant !
Lauâanne, 22 mars 1846.