VI A^T-PROPOS DES EDITEURS
le Mémoire en faveur de la liberté des cultes, soit dans VEssai sur la manifestation des convictions religieuses.
Cependant la question de la liberté religieuse s'agitait aussi en France. M. le comte de Lambrechts, ancien ministre de la justice, avait oMisicré, par son testament^ une somme de 2,000 francs à un prix qui devait être décerné à Fauteur du meilleur ouvrage sur la liberté des cultes produit dans les deux ans qui suivraient sa mort. La somme fut mise à la disposition de la Société de la morale chrétienne, un concours fut ouvert, et parmi vingt-neuf mémoires, celui de M. Vinet fut couronné. Le rapporteur, M. Glnzot^ donna à l'ouvrage et à Fauteur des éloges que nous sommes faeureuK de reproduire :
a Le Mémoire est divisé en dieux parties : dans la première, a intitulée Preuves^ Fauteur traite spécialement de la liberté a des cultes et des arguments de tout jgenre qu'on peut alléa guer en sa ûveur^ dans la «aconde, intitulée Système, il « considère la question sous un poiitf de vue plus générai, a examine la nature de la société civile et <le la société relia gieuse, et recherche quel système doit présida à leurs rapa ports pour que Fuae et Fautre atteigne son but propre et a soit gouvernée par ses véritables lois. Cette division est a peut-être trop arbitrée et moins philosophique que le su- « jet n'eût pu le comporter ; peut-être aussi règne -t-iil quela que confusion dans 4a distribution des idées ; elles ne for- 41 ment pas un leotsemble régulier et simple , que Fesprit a saisisse au premier coup d'œil.^ d'où il suit que les quesa tions ne semblent pas toiyours traitées d'une manière coma plète et qu'il faut quelque travail pour rassembler les éléa ments épars de la solution. Le style enfin n'est pas exempt a de ces incorrections., de ces négligences qui annoncent peu a d'habitude dans l'art d'écrire. Mais ces défauts sont bien ce plus que rachetés par les rares et nombreux mérites dont a ce Mémoire abonde. Et d'abord il en possède un, le plus a éminent, le plus pénétrant, pour ainsi dire, dont le sujet a soit susceptible,^ Fauteur iluinnéme, à en juger du moins
AÏABT-PBOPOS DES EDITEURS. Vu
• par soH ouvrage, seule connaissance que nous ayons de a lui, est évidemment dans l'état moral où doit être la société a loul enlitre; ta loi qu'il invoque pour le monde exlérieiir « règne dans son âme ; le principe de la liberté de conscience
■ y habite à câté des principes avec lesquels il a eu jusqu'à « nos jours tant de peine à s'accorder : chrétien déclaré, sa
< foi est profonde, rigide, fervente, et il porte un respect « DOi) moins profond, non moins fervent à la foi d'autrui. « Ce n'est point par indifférence en matière religieuse, ni > par sagesse politique, ni par simple goùl de l'ordre et de
< la paix, ni même par une pure idée de justice distribu- « tivr qu'il réclame au profil de tous la liberté de conscience :
■ il obéit à une croyance intime, impérieuse, qui s'associe
■ à lous ses sentiments, qui loin d'exiger de sa part un effort, I un acte de raison, une simple réflexion, l'anime et le di-
■ rige spontanément, comme un besoin de sa nature mo- 1 raie, comme la constante habitude de sa pensée; en sorte I qu'à l'aulorilé des raisons se joint, dans son ouvrage, celle
■ de l'exemple, et qu'il est lui-même la meilleure preuve a qu'une parfaite harmonie peut exister entre la foi et la Ii> I berlè.
a Je ne saurais assez dire. Messieurs, quelle joie profonde a nous avons ressentie an spectacle d'une Ame ainsi dispo-
• iée, d'une flme pieuse pour qui le respect de la liberté de
■ conscience est une affaire de conscience, et qui croirait of- I fenser Dieu en méconuaissaul, même en pensée, les droits
■ de la foi d' autrui, Car tant que cette idée ne sera qu'un
■ principe de l'ordre politique, quelque chose lui manquera I en solidité, en puissance, en pureté même; il faut qu'elle ( s'élève au-dessus des institutions humaines , au-dessus des I nécessités, des justices mêmes de la terre; qu'elle pénètre I ei s'incorpore non-seulement dans les convictions murales, I niais dans les croyances religieuses, qu'elle leur devienne
• an dogme commun ; qu'elle s'unisse à toutes les notions I des hommes sur leurs rapports avec Dieu et leurs eepé-