A NR PAS STATUER SUR DES CROYANCES
principe commun à toutes, une prétention que chacune élève, c'est d'être la plus morale, c'est-à-dire la plus propre à éclairer la conduite et à régler les mœurs (1). Toute religion s'annonce, non point seulement comme une révélation de mystères célestes, mais comme la manifestation des seuls rapports que Dieu veuille avoir avec l'homme, comme une sanction donnée aux préceptes de la conscience, comme un moyen de rendre l'homme digne, par la pureté de son cœur et de ses actions, du Dieu dont cette conscience est la voix secrète. Toute religion renferme une morale ; toute religioii est une morale revêtue d'un sceau divin. Le peuple, dans son instinct, ne Tentend point autrement. Il sent que toute religion doit avoir pour fin de corriger l'homme, et de le rendre toujours plus soumis à la loi du devoir. Il conclut également qu'un homme a de la religion quand il a des mœurs, et qu'il a des mœurs quand il a de la religion.
Sa préférence est donc promise à la religion qui produira les meilleurs effets moraux. S'il n'en a qu'une sous les yeux, et qu'ainsi toute comparaison lui soit impossible, à lui qui ne juge guère que par comparaison, il se contentera du culte que lui ont légué ses pères ; et, sans jamais se départir de ce principe d'instinct que nous venons de remarquer, il s'attachera par tradition à une religion fausse, qui désordonné ses idées morales sans pouvoir éteindre chez lui le sentiment de
(f ) « C'est un fait généralement observé que dans les pays où deux re« /llgions sont établies , les pratiques de l'une et de l'autre sont mieux ■ gardées, le culte plus décent, le peuple plus pieux. » (Mobellbt.)
110 AVANTAGES POSITIFS POUR l'AtaT
Tobligation morale. Même alors il reste convaincu que la règle de son devoir est enfermée dans sa religion. Que si un autre système religieux vient à se produire dans le pays, il ne pourra exhiber à cette population abusée aucun titre plus irrécusable, plus à la portée de toutes les intelligences, que Texcellence de la morale qu'il enseigne et qu'il prétend sanctionner; car c'est toujours à ce signe que le peuple veut reconnaître la vérité religieuse. Une religion qui conseille ou autorise le crime ne saurait être vraie à ses yeux ; une religion qui encourage ou inspire la vertu ne saurait être fausse ; avant tout examen ultérieur, il la juge par ce caractère ; et, entre deux cultes, sa préférence se porte sur celui qu'autorisent la pureté de ses maximes, le zèle désintéressé de ses ministres, la régularité des mœurs de ses adhérents. C'est donc nécessairement par ce côté que deux religions chercheront à se recommander ; et si elles ont une origine commune, si elles reconnaissent les mêmes dogmes fondamentaux, la masse des hommes peu éclairés, se jugeant incapable de démêler des nuances de doctrine que les docteurs eux-mêmes n'ont pas toujours bien démêlées, s'attachera simplement aux fruits de Tarbre dont elle ne peut découvrir les racines ; et là où elle croira voir plus de vertu, elle croira voir aussi plus de vérité. De là naîtra, entre les deux cultes, une émulation toute au profit des mœurs et des vertus sociales. Ne pouvant s'autoriser ni de la protection du pouvoir ni d'aucune autre prééminence extérieure, elles s'appuieront sur leurs œuvretf, sur leur efficacité morale ; elles chercheront à se de-