‹ La liberté des cultesChapitre 47 sur 116 · EXEMPLE DES ETATS-UNIS · texte numérisé non relu

EXEMPLE DES ETATS-UNIS

Cette nouvelle société politique a élevé l'édifice de ses lois sur un sol que n'encombraient les ruines d'aucun autre établissement. Elle n'a point eu à compter avec les souvenirs, les préjugés et les prétentions d'un autre siècle. Il lui a été permis de ne consulter, dans son organisation, que le bon sens; et, pour la première fois, on a vu se réconcilier la pratique et la théorie. Ce qu'on appelait rêve de philosophie, abstractions téméraires, ce peuple l'a réalisé sans effort.

Cet État semble avoir résolu le problème qui consiste à concilier le plus haut degré de liberté individuelle avec la condition suprême de la sûreté et de l'ordre; problème d'une solution si difficile, et où tout le secret de la félicité publique se trouve enfermé. Il a dû à la force des circonstances ce qu'on a si souvent demandé à la sagesse des hommes.

Lorsque les Européens vinrent chercher en Amérique un asile pour la liberté de conscience, ils ne respectèrent point dans leurs institutions ce même principe dont ils étaient les martyrs. Dans plusieurs de leurs colonies, l'intolérance fut érigée en loi, et des peines cruelles furent décernées contre ceux qui, parmi ces dissidents formés en Église nationale, voudraient jouer le rôle de dissidents (4). Des lois insérées dans les acte^ constitutifs de ces républiques semblaient vouloir associer la dernière postérité à des représailles funestes et insensées. Sans doute, à l'époque de la guerre de l'indépendance, ces lois et ces idéeô avaient changé; mais, fussent -elles demeurées les

(1) Voyez EvANSf Histoire des Sectes religieuses.

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mêmes, l'intérêt général, le péril commun ne pouvaient les laisser subsister. Il n'y avait pouf cet État naissant de forces que dans l'union; et, sans l'oubli des divisions enfantées par la diversité des croyances, il n'y avait pas d'union possible. Cette vérité évidente fut la base de la liberté religieuse. La constitution générale des États-Unis garda Un silence absolu sur le sujet de la religion ; et les législateurs, dans les articles additionnels qui furent rédigés plus tard, ne firent que constater, et, pour ainsi dire, consacrer ce silence de l'acte fondamental. « Le Congrès, est-il c( dit, ne fera aucune loi par rapport à l'établisse- « ment de la religion, ou pour gêner le libre exercice « d'icelle (1). »

Ainsi fut proclamée, dans la constitution générale des États-Unis, la liberté religieuse la plus illimitée. Les constitutions particulières de quelque&-uns des États de l'Union admirent quelques restrictions à ce principe, relativement à l'éligibilité aux grandes fonctions. D'autres gardèrent sur ce sujet le même silence que le Congrès. Mais ces légères modifications, que le temps peut effacer, n'empêchent point de juger que les États-Unis sont le pays où règne la liberté la plus étendue en matière de conscience.

Le premier fruit de ce régime libéral, c'est que, depuis l'établissement de la Confédération ^ il n*y a pas eu une seule dispute de religion aux États-Unis. Mais, comme on pourrait attribuer ce résultat à l'indifférence, il faut voir si les États-Unis présentent l'as-

(i) Articles additiooaels à la Constitution des États-Unis, art. S.

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pect (Fune société chez qui le principe religieux s'est éteint.

Que doivent présumer de Tétat spiritml de ce pays, ceux qui jugent l'intervention de la force extérieure indispensable pour le maintien et la considération du culte? Ils doivent penser que l'homme abandonné à lui-même, et n'étant contraint à rien en matière de culte, doit retomber de tout son poids vers les objets sensibles qui l'attirent avec tant de force ; que les habitudes et les pratiques religieuses doivent lui devenir de plus en plus étrangères, et que les institutions diverses, consacrées à la religion chez les peuples bien gouvernés, doivent tomber en désuétude et en oubli.

Si donc ce peuple leur offrait quelques traces d'un respect général pour ce culte dont le gouvernement a cessé d'être le patron ; s'ils voyaient partout des temples ouverts comme autrefois, des rites solennels, un culte public et régulier ; si l'ensemble de la société ne leur paraissait pas d'un seul degré plus indifférent pour la religion qu'elle ne l'était lorsique l'État couvrait de sa protection le culte national, ils seraient contraints d'avouer que la religion peut se passer de l'appui que lui prêtait l'autorité ; qu'elle a une force propre, indestructible, et qu'elle reçoit quelque secours invisible, entièrement étranger à ceux que lui prêtaient les institutions humaines.

Ce tableau, où l'on peut voir, si l'on veut, le mini* mum de la vie religieuse, suffirait à la preuve que nous cherchons à tirer de l'exemple des États-Unis ; et il ne

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serait point nécessaire, pour justifier nos maximes, que nous produisissions des résultats plus considérables et plus imposants. Mais ce tableau est bien audessous de la réalité (1).

Sans doute, il y a aux États-Unis, comme ailleurs, une masse d'hommes frivoles, corrompus ou orgueilleux, qui pensent que la religion est bonne pour les malheureux, pour le peuple et pour les simples d'esprit. Il y a même dans la Confédération tel État oh cette disposition se remarque chez la majorité des habitants. Ce spectacle affligeant est-il plus rare sur notre continent? Et ne pourrions-nous pas citer de vastes états oii la contagion de rindiflférentisme a gagné toutes les classes, et où, par bon ton, par préjugé, par orgueil du cœur ou de Tesprit, une multitude d'hommes restent ostensiblement en dehors du christianisme? Ici, nous n'aurions rien de mieux à faire, si le fait était contesté, qu'à recueillir le témoignage des plus ardents adversaires de la cause que nous défendons. Ce phénomène n'a donc rien qui doive nous faire conclure contre la liberté religieuse, puisque nous le retrouvons dans un pays on les circonstances ne sont pas absolument les mêmes. Mais si nous voyons aux États- Unis les congrégations de fidèles fournir volontaire^ ment, et sans aucune participation du gouvernement, à l'entretien de leurs pasteurs ; si nous voyons fondés en tous lieux, par la seule impulsion du zèle des individus, des établissements auxquels ailleurs les forces de l'État semblent seules être proportionnées, ne som-

(1) Voyez la Note XIX.

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meâ-nous pas contraints de croire à un développement de vie religieuse très remarquable î

Les communautés de fidèles font plus encore* Non contentes de pourvoir à leurs besoins religieux, elles regardent autour d'elles, elles s'inquiètent des communautés qui n'ont pas ou le même zèle ou les mêmes moyens, et elles s'occupent sans relâche à leur inspirer un nouvel esprit, ou à leur fournir de nouvelles ressources ; elles leur envoient des pasteurs ; elles envoient des missionnaires à la recherche des besoins ; elles rassemblent sous la houlette de bergers choisis les brebis dispersées et souffrantes. Voilà ce qu'elles font sans intérêt mondain, sans suggestion étrangère, sans vue politique ; voilà ce qu'elles regardent comme un devoir étroit. En pourvoyant aux besoins de leur pays, elles n'oublient point les terres oii la lumière divine de l'Évangile n'a jamais resplendi ; et c'est encore à leurs yeux un devoir positif et pressant de répandre au loin la connaissance du christianisme : chaque com*munauté chrétienne, aux États-Unis, a ses sociétés bibliques et missionnaires. Or, si, en toute chose de nature morale, V esprit est d'une plus grande importance que le matériel^ comment ne pas juger que, quel que soit l'état actuel de l'établissement religieux danè rAmérique, on peut lui prédire les plus rapides progrès et les plus glorieuses destinées? Nous osons dire que dans cinquante ans l'état religieux de ce pays rendra superflue toute apologie du genre de celle que nous avons entreprise.

Et il ne faut pas oublier combien les circonstances

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paraissent contraires. Dans ces vastes contrées, les intervalles sont immenses, les communications lentes, La population y est excessivement mélangée ; elle a été en divers lieux composée, et elle s'alimente d'aventuriers d'Europe que la mer jelie sur les côtes de l'Amérique, comme elle y jette l'écume de ses ondes et les débris de ses naufrages. Cette population est sans cesse accrue de nouveaux éléments qui la rendent perpétuellement mobile. C'est cette masse hétérogène et confuse que le zèle religieux cherche à réunir dans un culte commun, et à soumettre à des règles uniformes; c'est au sein de ces agrégations irrégulières que prennent naissance ces grandes œuvres de foi et de charité qui sanctifient la prospérité de cette jeune et illustre nation .

Je sais tout ce qu'on a dit du principe de cette liberté religieuse que les Américains se sont donnée. Je ne veux point discuter le reproche d'indifférentisme adressé à ses premiers législateurs. J'avoue que je crois à peine à l'indifférentisme de ce Washington, dont la première pensée, en déposant ses fonctions militaires, fut de bénir avec effusion cette Providence divine par qui seule la république avait conquis le grand trésor de la liberté.. Ces expressions répétées d'un cœur ému, dans une occasion si solennelle, ne me semblent ni suspectes ni vaines; et, en retrouvant dans la réponse de ses commettants les mêmes idées, j'aime à me persuader que le plus pur sentiment qui puisse faire palpiter le cœur humain, ne demeura pas étranger à la grande entreprise qui éleva rapidement les colonies

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d'Amérique au premier rang des nations modernes. Et j'aime encore à me persuader que la grande âme du héros de l'Amérique, en contemplant de son immortel séjour la gloire et le bonheur de sa première patrie, considère, avec une joie particulière, les heureux progrès de cet esprit religieux, sans lequel il n'est pour les nations ni vraie considération, ni solide gloire, ni prospérité durable (1).

(I) Voyei la Note XX.

SECONDE PARTIE

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