REMARQUES SUR QUELQUES EXPRESSIONS
suffisant, un remède caché au fond des cœurs généreux dans des temps d'oppression et de fanatisme. Mais sa présence annonce l'absence de la liberté ; et son nom , tout beau qu'il semble, est une injure aux droits de l'humanité. Malheureux le peuple, où l'on est réduite prêcher, à invoquer la tolérance ! Semblable au vaincu qui crie merci , sa seule ressource est dans de vagues sentiments qu'il n'est pas toujours sûr de trouver au fond des cœurs, parce que les préjugés de l'esprit les y étouffent trop souvent. Naguère, ce mot, prononcé par des philosophes , écouté avec complaisance par les rois, pouvait porter dans les âmes une impression douce et consolante. Aujourd'hui , ce mot ne suffit plus; et les consciences, devenues plus exigeantes, ne veulent entendre que cfelui de liberté (1).
Nous savons, comme d'autres, tout ce que ce dernier mot réveille d'idées funestes ; nous savons qu'à bien des oreilles il résonne comme le signal des discordes civiles, et ce n'est pas sans une sorte d'appréhension qu'on se hasarde à le proclamer. Mais^ cette crainte n'est-elle pas une faiblesse? Quel mot n'a pas été déshonoré? Quel mot tombé du ciel ne rappelle les souvenirs des crimes de la terre ? Et de quoi donc abuserait-on, sinon des choses saintes et sublimes, la religion, la philosophie et la liberté? C'est parce qu'elles sont grandes, qu'elles peuvent devenir le prétexte de grands maux. L'âme humaine ne s'exalte point pour ce qui est bas : sans cesse à la recherche du chemin de sa patrie, toute apparence de grandeur la séduit et
(1) Voyez U Note XXVIli.