RBMARQUBS SUR QUELQUES EXPRESSIONS
Tentraîne ; elle a besoin de trouver la gloire dans ce qu'elle aime. Eh quoi ! parce que le nom de liberté fut inscrit par des mains profanes sur l'étendard de la rébellion, désormais le despotisme serait seul de droit divin, et la liberté ne serait qu'une invention capricieuse et téméraire des hommes? Ah! du moins dans vos attentats sur leurs droits immortels , en détruisant toutes les libertés, épargnez la liberté religieuse ; laissez à l'homme ces ailes au moyen desquelles, s' élançant vers un monde invisible, il laisse à vos passions avides ce monde des sens, où la foi prétend si peu de chose. Avec le mot de tolérance tombe un autre mot qui ne partage pas avec lui l'avantage d'avoir réjoui autrefois les consciences opprimées; un mot qui ne renferme "autre chose qu'une idée fausse et une -contradiction : c'est celui de religion de l'Etat (1). L'État, comme corps politique, n'a point de religion là où chacun, sans restriction d'aucun de ses droits, peut suivre sa conscience et se choisir son culte: cela n'a pas besoin d'être prouvé. Mais on ne peut s'empêcher d'observer combien l'emploi de ce mot peut être dangereux quand sa valeur n'est pas bien déterminée. Assurément personne ne suspectera les intentions du respectable auteur de la Charte française; personne ne supposera qu'il ait voulu tendre un piège à ses sujets, et cacher des moyens d^oppression derrière ces pages qui consacrent l'affranchissement de son peuple. Cependant un seul mot, placé dans cet acte tutélaire, anéantit une
(1) Gomme expression d'un fait vrai ou probable, ce terme est admissible et sans danger. Mais bien des personnes lui donnent un autre sens.
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liberté qu'il reconnaît ! Tout au moins eètron forcé d'à- Vouer que cet acte renferme une contradiction extrêmement fâcheuse. L'entière liberté de conscience y mt reconnue^ et l'on y dit qu'il y a une religion de l'Étiit. Nous né Voyons pas la possibilité de concilier ces deut propositions; mais ce qui arrivera sans doute, c'est que chacun, selon son intérêt, et sans s'embarrasser de la contradiction, choisira l'un de ces deux articles et rejettera l'autre. L'un s'attachera fermement aii principe de la liberté religieuse ; l'autre cultivera précieusement le dogme de la religion de l'État. Et si la force des choses ne maintenait pas entre les deux partis un certain équilibre, on verrait nécessairement tomber l'un de ces deux éléments qui ne peuvent subsister ensemble. Leur rencontre dans lé pacte d'union des Français ferait de cet acte, sans les soins de Tau^ torité, un pacte de discorde et de guerre; Ainsi là sagesse la plus consommée connaît aussi leé illusiona et les méprises.
CflÂPitRË xn.
U LIBERTÉ DOiT-fetlE , DASS tîS ÉtÀtS CHRÉTIïNS , S'ÉTEmJAE À TOUS LES CULTES SANS ÊXCÈPtION?
Ici se présente une question à laquelle l'ensemble de notre travail semble répondre par avance, et que néanmoins nous ne serions pas surpris de nous entendre adresser à cette heure. Accôiitùixiês qtie hoiis sommes,
LÀ LIBBRTlf tMM¥-iÉit8 â'ïÉTfillDAE k TOtJS L^ CULTES? 9$tl
péuf la plupart, à ne voir autour de nous que des chrétiens soùs les dénominations diverses qu'ils empruntent dô léUrà iiUanceô d'opinions, noiis n'enVisageoiië guère la liberté religieuse que comilic Tindépenéancë et l'égalité des communions chrétiennes dané l'État w Gépehdànt il faut prévoir le cas, et ce cas se rénéôntréj où des individus ou des toihtnunautés éfi^hgëréfe à la foi chrétienne se Irotiveraîënt au milieu dfeè chrétiens. Doivent-ils pâfticipei^ aux bénéfices de la liberté l*eligieuse^ ou doiventrils être mis hors de la loi gétiéi^lët eu d'autres termes, la liberté des cultes fiûii*a^t-ëlle où finit la profession du christianisme ?
La réponse à cette question se trouve à toutes les ^1^ de notre première Partie; Les raisonnements dont elle est tissue sont applicables à toute croyance religieuse^ par (HeAec seul qu'elle est croyaueé^ et ett)yance ireligieuse. Nous pourrions donc renvoj'èr nos lecteurs à cette première Partie^ où là question se trouve résolue d'avance. Mais la cohvenancie d'exclure dfes bénéfices de la liberté religieuse lès croyances étt^ngères ayant été soutenue par des considératiëns particulières, que nous n'avons encore ni exposées ni réfutées^ nous croyons devoir accorder une place à une opinion que nous avons noUs-même autrefois partagée ; H nous présenterons ici les propres arguments par lesquels nous avions cru pouvoir la défendre :
« Bien que la société civile et la société religieuse « soient deux institutions très distinctes^ fondées sur « des principes différents, et, dans un certain sens, «opposés^ c5eë deux sociétés peuvent rencontrer un
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« point de contact, c'est-à-dire qu'il peut arriver, et « même qu'il ne manque pas d'arriver que la vie so- « ciale reçoive l'influence de l'esprit religieux. Cette « influence, sensible dans les individus, ne tarde pas c( à se faire, apercevoir dans les masses ; l'esprit d'une « religion, après avoir modifié le caractère des particu- « Jiers, donne une nouvelle empreinte aux mœurs « générales, et passe de là dans les institutions et dans « les lois ; cette impression se perpétue à travers les « révolutions ; et dans ces périodes même où la croyance « aux dogmes positifs de la religion s'est considérablece ment affaiblie, il reste dans toutes les âmes des be- « soins moraux qu'elle a créés. La religion semble « avoir disparu ; mais elle a imprimé un sceau sur les « mœurs publiques, un sceau d'autant plus ineffa- « cable que les idées de cette reKgion auront été plus « vraies ; elle a, si elle était pure et morale, créé la « civilisation du peuple.
« Ici , quel exemple plus frappant que ' celui du « christianisme? En disant que la supériorité de la « civilisation de l'Europe tient à ce que l'Europe est « chrétienne, nous ne craignons point de tomber dans « le sophisme trop commun qui. du rapprochement « fortuit de deux choses conclut à leurs rapports d'e&- « sence. Déjà ce serait une forte présomption pour « nous que de pouvoir affirmer que, s'il est des pays « où les droits individuels soient solidement garantis, « où les intentions de la nature soient respectées dans « la relation des sexes, où l'arbitraire soit repoussé « par les lois et par les mœurs, où les droits politiques