‹ La liberté des cultesChapitre 69 sur 116 · A TOUS LES CULTES · texte numérisé non relu

A TOUS LES CULTES

« soient le partage d'un grand nombre, selon des con- « ditions librement consenties, où il soit permis de « cultiver sa raison et d'avancer le progrès du bien-être « public par les progrès des lumières, enfin où le « commerce social ait de la liberté, dé l'agrément et « de la décence ; que s'il existe de tels pays, c'est dans « le sein de la chrétienté. Et l'on ajouterait au poids de « cette présomption en observant que nulle part dans « la chrétienté la civilisation n'est plus vraie et plus « effective que là où le peuple a la libre disposition de « sa religion et des livres qui en renferment les docu- « ments authentiques. Mais la preuve sera complète « pour ceux qui, étudiant par eux-mêmes le christia- « nisme à sa source avouée, chercheront le rapport ^ qui existe entre ses principes et ce qu'il y a de plus « excellent dans notre civilisation. En considérant une « religion qui fait à tous les hommes un devoir et une « nécessité de l'humilité, du renoncement à soi-même « et de la charité ; qui, jalouse des pensées et des « plus légers mouvements du cœur^ autant que des « actions (1), tend à donner à la conscience la délica- « tesse la plus exquise ; qui, dans l'accomplissement « des préceptes moraux, ne propose de terme que la « perfection ; qui, s' abstenant avec scrupule de mêler « les lois civiles aux devoirs de la piété, ne corrige les « institutions des hommes qu'en corrigeant leur cœur; « qui, pleine des principes de la plus pure humanité, « de la bienveillance la plus universelle, oblige tous « les hommes à se considérer comme frères; qui, loin

(i) MqrtbsquisUi Esprit des Lois, livre XXIV.

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a de redouter l'œil scrutateur de la raison, provoqiie i( Texan^en, le réclame comma un devoir, et veut que « la foi soit r harmonie sentie des vérités de VÉvcmgile « avec toutes nos facultés ; enfin qui, fondant o)^Qun « de ses préceptes sur un dogme, et cbacuii de see a dogmes ^ur un fait, se glorifie d'être \s^ seule religicMO « qui ait des preuves (1 ), 911 sentira qu'une telle rpUa gion est faite non-seulement pour ms^her avec la a civilisation, mais pour l'entretenir et la renouvelai ^ sans cesse {%).

« Il y a eu des cultes qui sont demeurés sans inii fluence sur la civilisation; d'autres qui lui ont tracé « des limites inviolables ; d'autres enfin qui Toi)! « étouffée dans son germe. Le christianisme, ai^ coq- (( traire, dans tous les temps, a combattu, les causes ii qui s'opposaient au perfectionnement des npuBurg i( sociales, C'est lui qui, après avoir, dans les premiei^ » siècles de l'ère vulgaire, tiré les nations des hprnbl^ « égarements de Tesprit et du cœur, les a tirées plu£ « tard des épaisses ténèbres de la barbarie* Il a deux « fois sorti la société du chaos. Dans les temp^ ix^âipç^

(1) FonTBNELLE.

(3) ^ M, Baiy|e ose avapçer que de véritables chr^deqs oe foriQfirai^i « pas un État qui pût subsister. Pourquoi pont ce seraient des citoyens Ui' « flniment éclairés sur leurs devoirs , et qui auraient un très gftand lèli « pour les remplir ; ils sentiraient très bien les droits (te 1^ d^ons^ nato- « relie ; plus ils croiraient devoir à la religion, plus ils penseraient deyoii « i la patrie. Les principes du christianisme bien gravés dana le ceaiir ■e* « raient infiniment piqs forts que ce faux iionneur des monarchie^, ces « vertus humaines des républiques, et cette crainte servile des États deepO" K tiques, n (Montbsquieu, Esprit dts his^ livre XXI Y, cliap. VI.)

Voir aussi, au sujet de l'influence du christianisme sur les institutions sociales, un Dialogue entre Bossuet, Fleury et Fénelon^ dans le ^ùittim* de la Société de la mora{ç çfyrétienne^ tomç VU, pî|ges 220 à 258..

A TODg^lBS CULTBSt tStf*

« oà il semblait san» force, parce qu'un pouvoir tyrance nique avait caché sous le boisseau le chandelier que « la providence de Dieu avait allumé pour tous les « peuples , ce flambeau qu'il faut commencer par « éteindre pour opprimer Thumanité , alors même * Pinvisible fécondité de ce principe de vie faisait « germer daas l'Église mille traits d'un dévouement « héroïque et n^odeste, mille vertus humbles et pures, fl dont Téclat perce la rouille des temps ; mille insti- « tutions généreuses, inconnues même dans les siècles K d'or de la culture intellectuelle. Tout ce qu'il y eut « de beau dans ces tepaps d'ignorance vient de cette H source, tout ce qu'il y eut d'affligeant vient de la « wippression des clartés évangéliques: A mesure que K la civilisation avance, elle trouve le christianisme à « son niveau. Cette position qu'on lui voit sans cesse n pTPUve qu'il est en avant de toute civilisation. L'or- « dre social a-t-il fait quelque conquête solide, il se « trouve que l'Évangile l'avait réclamée^ a-t-on à faire 41 cesser quelque abus, c'est à l'Évangile qu'on en K appelle. Ce code ne devient jamais suranné : assorti « à l'état des siècles barbares, il g' est proportionné aux « lumières des siècles instruits ; il semble grandir avec « l'humanité } mais, pour mieux dire, il n'a qu'une « mesure, qui est sublime, et plus nous nous instmi- « aims, plus nous nous en faisons une juste idée. <c Source stérile pour les faiseurs d'utopies, il a sancm tienne toutes les hautes pQnsées des yrais politi- K ques.

« Or, cette influence générale du christianisme sur

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« la civilisation étant reconnue, le gouvernement doitril « la seconder ?

« Cette question en suppose une autre : le gouver- « nement est-il un simple établissement de police , « gardien de la sûreté publique , ou la culture et le « perfectionnement du peuple entrent-ils dans ses at- « tributions naturelles ?

« L'individu, en faisant à la société le sacrifice d'une « partie de sa liberté, la société en remettant au gôu- « vemement le droit de lui commander, n'ont pu être c< déterminés à un si grand sacrifice (renonciation) que « par la nécessité. La société , en particulier, n'a pu « confier au gouvernement que ce qu'elle ne pouvait « point faire par elle-même. Gr, ce qu'elle ne peut « point faire par elle-même , je veux dire sans délé- « gués, c'est de se défendre à l'intérieur contre les en- « nemis de l'ordre, et au dehors contre les autres asso- « ciations politiques.

« Voilà la •sphère d'activité du gouvernement ; le « reste n'est pas essentiellement de sa compétence. « Mais ces relations se sont étendues dans la plupairt « des États. Les peuples ont vu avec plaisir leurs chefe « mettre à leur disposition des établissements d'in- « struction ou de charité publique , dont la fondation « exigeait de grands moyens ou de longs efforts. Si , « en créant ces institutions, l'État sortait desa compé- « tence, il n'en sortait que par bienveillance ; et Ton c( n'eût pu, ce nous semble, le lui reprocher que dans « le cas où il eût déclaré obligatoire, pour les citoyens, « l'usage des institutions qu'il pouvait bien leur offrir

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« comme ami , mais qu'il ne pouvait leur imposer « comme maître.

. « Il est donc reconnu, sinon en principe, du moins « par la pratique générale et partout approuvée , que « le gouvernement peut dépasser les fonctions de la a défense et de la police, et veiller aux intérêts moraux « et intellectuels du peuple qui lui est confié.

« S'il en est ainsi , le gouvernement peut se faire « un devoir de seconder l'influence d'une religion qui « est la source ou l'appui de la civilisation. Mais de n quelle manière doit-il le faire ?

« N'oublions pas que, par sa position, le gouvernece ment est incompétent à prononcer sur la vérité et sur « la bonté absolue de telle ou telle doctrine de la reli- « gion. Il ne voit qu'une chose , il n'apprécie qu'un « fait : la sympathie qui existe partout entre la civili- « sation et le christianisme. Sans sortir de la sphère de « ses attributions politiques, il veut le maintien d'une « religion éminemment morale. Il ne s'informe pas de « l'effet propre à tel dogme particulier de cette religion « sur les individus ; il reconnaît seulement l'effet de « cette religion sur les masses. Dès lors ce n'est point « à une certaine secte ou à une certaine confession qu'il a remet le soin de diriger ou d'exercer cette influence. « Toute communauté qui se fonde sur le christianisme, « qui reconnaît pour bases de sa croyance les livres «(sacrés de cette religion, qui, professant publique- « ment cette adhésion , célèbre aussi publiquement le a culte qui est la forme particulière de sa croyance , « répond par là même au but du gouvernement.

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« Mais, dira-t-on, toutes ces communautés ne pjs « sèdent pas également la vérité, puisque la vérité est « une ; et si l'on admet que la morale d'une religion « est relative et, pour ainsi dire, {H^oportiohhée à se* « dogmes, toutes ces communautés ne sauraient exerce cer sur les mœurs une influence Clément salutaire. « N'est-il pas môme à craindre que l'une ou Pautre ëé « ces communautés autorisées ne propage, spus le voile « de l'Évangile, des doctrines pernicieuses, sort en Éao- « raie, soit en politique î

« Nous reconnaissons que la vérité n'appartient pa* « également à toutes les sectes. Mais appartient-elle (fc nécessairement au gouvernement, pour qu'il puisse a la fixer et la prescrire î Si ce gouvernement est com- « posé de plusieurs individus, croit-on qu'il y aura plui^ « d'unanimité entre ses membres qu'entre les dîffè^ « rentes communions qui existent dans l'État î Et sf « le pouvoir est aux mains d'un seul homme, fera-t-onf « dépendre l'autorité d'une croyance des opinions îh- « dividuelles, du caprice ou des passions de ce seiiF tt homme? Remettra-t-on à un prince, le plus souvent « étranger aux sciences religieuses, une décisîcm pour « laquelle le docteur le plus consomrné ne serait j^int c< compétent?

<c Quant à l'influence morale, il est parfaitement « vrai qu'elle sera d'autant plus pure que le dogme sera <( plus évangélique ^ mais, dans l'incompétence où est « le gouvernement de prononcer sur le mérite parti- « culier d'un dogme, il doit lui suffire d'être assuré « par une expérience universelle et ancienne que fe

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