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La tolérance des sectes religieuses

L'État peut protéger une religion particulière, e

salarier les ministres, leur donner une condition dan la société, encourager la propagation du culte. Tous ce actes, incompatibles, ainsi que nous l'avons montré, avec la liberté religieuse prise dans toute soa étendue, ne l'attaquent cependant pas d'une manière directe. Quelque liberté peut subsister à côté de ces actes, l'État ne demandant pas compte au citoyen de croyance individuelle, et ne le soumettant à aucune:^ contrainte positive. Mais toute liberté s'évanouirait da^ moment que l'état civil serait dépendant de l'état reli— gieux , c'est-à-dire du moment qu'à cause de sa &i le^ croyant serait menacé dans sa qualité de citoyen. Car^ dès qu'il lui faudrait opter entre cette qualité et œUe^de fidèle, entre sa patrie temporelle et sa patrie céleste, l'option étant difficile et la décision fatale ^ il est se

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cible qu'il y aurail une contrainte exercée, et que la ;rU5 aurait été violée de la manière la plus directe. est doue indispensable que l'existence civile des cilyens reste absolument indépendante de leur profesiion religieuse : voilà le minimum des prétentions de la ibcrté en matière de religion.

Ceci, à la vérité, ne concerne que l'individu, et l'on «si moins inquiet de la loi personnelle des citoyens que We celte agglomération rapide par laquelle les esprits «jui sympathisent sur un point de dogme, se forment ~^n communautés qu'on appelle sectes. Il est donc né- <:«ssaire de réser\'er aussi les droits de ces sociétés que Mes nuances d'opinion religieuse font éclore incessam-

tent dans le sein de la société civile. Od attache à ce mot de secte une idée pénible el poussante. Un sectaire est, aux yeux de la multitude. x^n être frappé au cerveau, dont le nom seul éveille de sinistres pensées ; et pourtant qui est-ce qui ne fait pas partie d'une sccteî Quelle est la société qui n'est pas partagée en une multitude de sectes, où chaque indi- Xndu capable de sentir fait son choix el prend ses habitudes?

Chaque coterie est une secte; tous les partisans d'une méine opinion jHililique forment une secte; tous ceux «Itrimit un rapport particulier de sentiments, de vues, c^c désire, l'égahté du rang, la similitude des circoiisitances extérieures, se recherchent de préférence, ^Aiment à communiquer, el s'isolent en quelque sorte ciu reste de la société : ce sont autant de aectea.

U est naturel. Inévitable, que oeux qui se resseoi-

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blent se rapprochent ; exiger le contraire serait fai violence à la nature. Cela est de plus très utile dan certains cas ; ce penchant n'est autre chose que l'espri d'association, si convenable à une époque civilisée, e si puissant dans son action sur la prospérité publique

Au reste, on permet différents genres de sectes ; o n'oblige point les diverses castes de la société à fondre les unes dans les autres : cercles, coteries, clubs tout cela est permis. Les sectes politiques ne sont pai même interdites, pourvu qu'elles acceptent la surveil lance de la publicité, condition nécessaire de tou affaire qui n'est pas privée. Il n'y a que les sectes^^ religieuses qu'on regarde de mauvais œil. Voyons sL elles se présentent sous un aspect moins favorable que^ les autres sectes.

Sont-elles moins légitimes? c'est-à-dire appartien — nent-elles moins à la nature immuable de l'homme î Loin de là ; car si nous les comparons aux sectes politiques, par exemple, nous verrons qu'elles ont pour tiges, des croyances bien autrement graves, et d'un intérêt bien plus universel que les opinions qui donnent lieu à la naissance des premières. L'homme ne peut se délivrer ni de sa conscience, ni de la mort; ces deux puissantes pensées le tourmentent sans cesse, viennent se jeter sans cesse entre lui et le monde ; et, au prix du redoutable problème que lui offrent ces deux idées, tous les autres problèmes ne lui sont rien. 11 ne peut sur ce point s'en rapporter à la pensée des autres ; il faut absolument qu'il soit en règle avec la sienne. Il ne peut abandonner cette contemplation ; il

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faut que ces pensées le renversent ou qu'il les détruise ; et comment les détruire, si ce n'est en faisant, par le vice, un long apprentissage de la vie des brutes?

Là donc oii la pensée et le sentiment moral vivront encore, attendez-vous à voir naître des sectes de religion. Et même plus la religion du pays sera spirituelle, sainte et pure, plus il y aura de sectes (1) ; si c'est un préjudice, il faut l'accepter avec les profits. Une religion qui s'empare de toutes les facultés de l'âme, qui l'occupe profondément, qui a des points de contact avec tous les détails de la vie, qui prétend une domination absolue sur les plus légers mouvements du cœur, comme sur les actions extérieures, une telle religion ne peut être saisie en gros ni à la légère. Chacun est obligé de se rendre compte de sa croyance, d'en scruter tous les points principaux, et de les appliquer à. sa vie morale. A force de les considérer, il se les identifie, il leur communique une partie de son individualité ; de là naissent des vues plus ou moins diverses , auxquelles nous donnons une importance proportionnée à celle que nous attachons en général à la religion sainte dont elles émanent. Heureux de trouver des esprits qui sympathisent avec le nôtre, nous recherchons leur commerce et leur entretien ; à leur tour, ils recherchent le nôtre ; voilà la secte formée.

Entre les divers caractères du christianisme, il en est un qui mérite particulièrement notre admiration : c'est son universalisme (2), ou, si l'on veut, son ex-

(1) Voyez la Note XXX.

(2) Ce caractère du christianisme semble avoir été prophétisé par Ësale

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tréme humanité, par où j'entends cette belle proprié de convenir, non point à tel pays, à tel régime politique, à telle classe d'individus, mais à tout ce qu porte un cœur d'homme (i). Je dis que c'est un cara tère divin ; car quel homme l'eût pu trouver? Sépiare des qualités accidentelles qui peuvent caractériser

l'homme dans des circonstances données, celles qu i

forment le fond général et invariable de l'humanité, vous verrez que le christianisme est parfaitement ai sorti à ces dernières, et qu'à travers toutes les particularités de caractère, d'âge, de condition, d'état politique, il va chercher et saisir avec force ces poînl dominants que rien ne peut effacer. La doctrine de 1< rédemption est une doctrine éminemment humaine^ puisque tous les êtres de la famille humaine en ont eu la croyance, ou le désir, ou le besoin. Ce qui noui^ rend encore bien sensible ce caractère d'universalité du christianisme, c'est la flexibilité avec laquelle il set prête aux différents caractères, aux différents tempéraments moraux de ceux qui le professent. Il est impossible, à moins d'un renversement violent de notre nature, lequel nous eût enlevé la dignité de créatures morales, il est impossible d'aligner tous les esprits, et de les réduire, sur tous les points, à une croyance par-

dans le passage suivant : « Je ferai croître au désert le cèdre, le sapio, le « myrte et ToUvier; je mettrai ensemble dans la soIKiide le sapin, l'orme « et le buis ; afin qu'on voie, qu'on sache, que l'on considère et que l'on « comprenne en même temps que c'est la matn de l'Étemel qui a fait cela, « et que le Saint d'Israël en est l'auteur. » (ÉsaIe, XLI, 19, 20.)

(1) Voyez , sur ce précieux caractère du christianisme , le Quatrième rapport de la Société biblique de ParxSy page 62, Discours de M* de SlM,

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foitemerit identîc[ue (1). Et même, qu'on y prenne garde^ s'il n'y avait pas ces points de division, il y aurait peu de vie dans le christianisme ; nous avons besoin de ce stimulant. Partout où l'on est parvenu, en soustrayant la Révélation aux yeux du peuple, à lui faire adopter une croyance enveloppée et cachée tout totière dans le dogme de l'autorité de l'Église, mystère plus inconcevable que tous les mystères qîi'on veut par là dérober à l'examen , partout où la foi est misé ainsi sous tutelle, il y a mort ou révolte (2) ; là vie réglée^ modérée, active, n'existe que là où la faculté d'examiner provoque des divergences et des discussions animées. Qu'on ne s'effraye pas de ces combats : ils sont nécessaires, ils sont bienfaisants ; ils né sont dangereux que là où intervient une autre force que la force intellectuelle et morale .

Quand nous voyons de nos jours des anglicans et des quakers, des luthériens et des calvinistes se réunir pour des œuvres de miséricorde et de piété, et dans dès solennités religieuses, se réunir de cœur dans la prière que l'un d'entre eux élève au nom de tous au trène de la charité suprême, on a lieu de s'étonner que des sectes causent tant de frayeur. Il est bien clair que ces hommes vivent dans des sentiments de bienveillance mutuelle; il est bien clair aussi, de là, que YEglise établie peut vivre en paix avec les sectes que la liberté d'examen et le zèle religieux font éclore dans

(1) Voyei, 8ur ces Yéritës, le beau discours de Ob Wette, l'Épreuve des esprits, Bâle, iaS2,

(2) Vbi soiitudinem faciunt^ pacem appellant Tac, Àgric,

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son sein. Il ne resterait qu'à prétendre que, dans U sectes que nous venons de nommer, il n'y a ni ferveui'ni doctrine. Quelqu'un l'a dit; il y aurait par trop di complaisance à le réfuter en forme. Nous lerenvoyoi aux faits; il sera libre, s'il le veut, d'opposer à leur^ évidence le témoignage de Vauloriti.

Les partisans de la religion établie doivent se gardei de trop la protéger. Il faut qu'elle se fasse respecte] par les vertus de ses ministres, par la piété de adhérents, plus que par l'appareil de la force extérieure qui la maintient. Il faut qu'elle se sente exposée ; il faut qu'elle coure des dangers ; il faut qu*eU^soit livrée aux assaillants. C'est sa force que d'être abandonnée ; c'est son autorité que d'exister par ellemême; c'est sa vie que de combattre (1). D'où vient^ cette prodigieuse vie des sectes? De leur position, de^ leurs périls. Que la religion dominante devienne une secte, qu'elle ose marcher au combat avec des moyens égaux ; qu'elle ne laisse pas se rouiller ses armes spirituelles : alors elle sera forte, bienfaisante et respectable. Que si, au contraire, elle se retranche derrière le rempart de l'autorité humaine qui s'est chargée de la maintenir ; que si, se fiant sur les verroux qu'elle a mis soigneusement à toutes les portes de la pensée, elle va tranquillement s'endormir sur l'oreiller du bien-être,

(1) Voyez, sur la nécessité des sectes dans l'Église, l'opinion de Luther, dans une lettre remarquable insérée par Plank dans son Histoire eeclénat' tique. Consulté sur la manière de se conduire à Tégard des sectes qui se manifestaient dans rÉglisc luthérienne, ce réformateur conseille de ne point gêner ces sectaires, tant qu'ils se borneront à des discours et à des écrits. Le triomphe de l'Église luthérienne lui paraît être de les réfuter et non de leur imposer silence.

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avec le relâchement, la froideur, Tindifférence, la ruine des doctrines et des sentiments chrétiens : de deux atr taques l'une ou l'autre viendra infailliblement troubler son sommeil, celle d'une foule de sectes religieuses, si une ouverture a été laissée 'à l'examen des documents sacrés de la religion ; celle de la secte unique et terrible de l'impiété, si les pharisiens se sont emparés de la clef de la science.

Ce qu'est la secousse terrible du galvanisme sur des membres paralysés, ce que sont pour des chairs corrompues de douloureuses opérations, l'agitation des sectes le devient pour la religion établie. C'est un remède violent, mais nécessaire, mais inévitable ; il ne dépend pas de nous de le repousser ; il nous est administré par d'autres mains que les nôtres, et de l'ordonnance d'un médecin dont les ordonnances sont toujours exécutées. Nous aurions beau consentir à la mort; il nous faut vivre. De force, le remède nous est appliqué, et nous vivons.

On sourit quand on voit des Églises se vanter de Tunité qui règne dans leur sein. Elle est désirable sans doute ; et les sectes ne sont un symptôme réjouissant que comme témoignage de liberté : car, d'une autre part, elles sont une preuve des bornes de nos esprits, et souvent un produit de l'orgueil ; mais l'unité qu'il faut désirer est celle des sentiments, non celle qui résulte d'une dénomination sous laquelle peuvent se rassembler commodément les êtres les plus contrastants. Bellarmin , lorsqu'on lui représentait combien de membres morts son système enfermait dans l'Église,

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