‹ La liberté des cultesChapitre 9 sur 116 · DESSEIN DE L* AUTEUR · texte numérisé non relu

DESSEIN DE L* AUTEUR

cette croyance et qui suivent le culte, ne seront distingués du reste des citoyens par la privation d'aucun droit civil ni politique ; autrement la religion ne serait point libre, étant soumise à des empêchements matériels ou à des obstacles moraux.

Le grand avantage de la cause que nous entreprenons de défendre, c'est que la diversité des arguments sur lesquels elle s'appuie, la recommande à la fois à toutes les classes dans lesquelles on peut diviser la société, en même temps que chacun de ces arguments, pris en lui-même, est concluant et péremptoire. Nous avons à produire à chacune des classes de nos lecteurs les titres qu'elle aime à reconnaître, et qu'elle ne peut s'empêcher de respecter. Nous nous adressons avec confiance à tout ce qu'il y a d'honnêtes gens et d'hommes sincères dans les différents partis ; nous en appelons à tout ce qu'il y a de bon sens au fond de toutes les opinions. Sectateur décidé de la philosophie de l'Évangile, nous ne nous refusons point à descendre de ce poste élevé, et à nous placer sur la ligne de tous les penseurs qui admettent seulement la distinction du juste et de l'injuste, et une religion naturelle. Et nous ne craignons pas de dire que nous nous adresserions également à l'athée, si l'athéisme pouvait être une simple opinion, c'est-à-dire s'il n'avait généralement j)our principe et n'entraînait pour conséquence une dégénération morale , qui nous autorise , dans une cause si grave, à récuser un juge tel que lui.

Bien que tous les droits soient éternels, si l'on considère leur principe, ils ont un commencement, si l'on

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ne regarde que leur exercice et leur développement. Ils peuvent être exclusivement relatifs à un ordre de choses sans lequel ils ne trouveraient point de lieu, sans lequel leur notion n'existerait pas. Ainsi les droits que nous réclamons pour la conscience et le culte sont attachés à l'existence de la société civile ; ils naissent avec elle; ils entrent dans ce cortège de relations qu'elle mène à sa suite. Dans le sujet qui nous occupe, il faut avant tout reconnaître la société comme un fait, et comme un fait naturel , ineffaçable, constant, et la liberté religieuse comme un intérêt que l'existence de la société réveille et inquiète, et qui n'ayant point songé jusqu'alors à exhumer des titres qu'il n'avait nul besoin de produire, mais qu'il n'a pu perdre, les présente à la société, qui est obligée de reconnaître que ces titres sont authentiques, valides et antérieurs à son existence.

En supposant la société, nous supposons un gouvernement qui la régit ; nous supposons à ce gouver^ nement des prétentions à une sphère d'action et de surveillance plus ou moins étendue ; et, jaloux de soustraire à cette sphère d'autorité les droits des croyances religieuses, nous nous appliquons à montrer que l'autorité de l'État ne saurait s'étendre sur eux.

C'est spécialement aux dépositaires de la force sociale, au gouvernement, à l'État, que nous présentons nos arguments, non pas qu'il soit à nos yeux l'adversaire naturel de la liberté que nous défendons, non point que cette liberté n'ait au sein de la société d'autres ennemis ; mais parce que toute contrainte positive en matière de reUgion vient directement ou indirecte-

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ment de TÉtat ; parce qu'il est l'unique dépositaim de la force nécessaire pour l'exercice de cette contrainte; parce qu'elle n'aurait jamais lieu s'il ne prêtait pas ses moyens à ceux qui la réclament; parce qu'enfin, dans ce mémoire, il ne s'agit pas proprement de persuader la tolérance, disposition qu'il faut prêcher à tous les hommes, mais de constater les titres de la liberté religieuse, liberté qu'il n'appartient qu'à l'État d' accorder et de garantir. Il est vrai que quelques-uns des arguments que nous emploierons conviennent également aux deux causes ; les mêmes motifs qui doivent porter le législateur à accorder aux peuples le libre exercice de leur culte, disposant l'individu au support à l'égard des doctrines qu'il ne partage pas. Néanmoins les deux sujets sont distincts; et l'une des dioses qui distinguent le nôtre, c'est qu'il appartient au droit public, en d'autres termes, à la théorie des relations qui existent entre l'État et les citoyens.

Plaçons-nous donc, dès l'abord, dans l'état de choses qui, en divers temps, a compromis la Uberté religieuse; voyons les dépoMtaires de la force sociale se disposant à exercer des attributions qui ne leur ont point été remises, et opposons à leurs prétentions des principes et des faits.

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