INTRODUCTION
« La mer est mystérieusement liée à la vie » (1). Plus sa pénétration dans la terre est intime, et plus devient évidente l’action heureuse qu’elle exerce sur l’activité humaine. Les côtes découpées sont des régions peuplées, animées, florissantes. La mer facilite les échanges. Elle ne sépare pas les continents, elle les relie de routes toutes tracées. Ces voies admirables de communication ont été utilisées dès l’époque la plus reculée, alors que les obstacles présentés par la montagne et le désert rebutèrent longtemps le génie des hommes. Quelques contrées ne sont pas baignées par la mer, et — à cette exception près — on peut dire que le commerce maritime est l’indice le plus sûr de la prospérité d’un pays. Les nations qui ont développé leur flotte marchande, en ont retiré des bénéfices matériels, et un progrès dans le domaine des choses de l'esprit, progrès dû à la prospérité intérieure favorable au développement des arts autant qu’aux apports fructueux de l’étranger. Les siècles de civilisation brillante sont des périodes d'expansion et de découvertes maritimes. Le rôle que joue la mer dans la création du bien-être et de la richesse du monde, fait apparaître l'intérêt direct de chaque nation à commercer librement. La liberté ne suppose pas l’anarchie.
(1) Paul Valéry. — Regards sur la mer.
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Des règles doivent être édictées pour amener l’ordre. L'établissement de ces lois indispensables — la juridicité du territoire maritime n’est pas contestée — ne peut être l’œuvre d’une seule nation : l’hégémonie des mers se fait payer lourdement. Nul Etat n’a le droit de constituer à son profit des restrictions à l’usage de la mer. Cette impossibilité d'établir un droit privatif doit être justifiée. Toute entrave unilatérale à la liberté des mers nuit aux échanges, est contraire au libre développement des nations, et, par là, à la civilisation. Seule, la communauté internationale peut porter atteinte à l’utilisation de la mer : navigation, pêche, ou commerce. Ces restrictions seraient particulièrement utiles en temps de guerre, pour lutter contre l’agresseur en le privant de tout ravitaillement. Cette notion de la mer — res communis — si elle semble je résultat Iogique de Ia collaboration internationale, est loin d’être admise et «a fortiori, appliquée dans toutes ses conséquences.
La liberté des mers se heurte à deux sortes de prétentions : les unes, déjà anciennes, les autres, plus récentes, mais qui, sous des formes diverses, peuvent être combattues par les mêmes arguments.
Certaines nations ont essayé de conquérir l’hégémonie des mers en invoquant diverses sortes de titres. Elles se sont efforcées d'interdire la pêche ou de prohiber le commerce maritime dans telle ou telle zone. Les pays, vietimes de ces mesures, ont toujours vivement protesté.
De nos jours, la liberté de navigation n'est plus contestée en temps de paix: c’est seulement en temps de guerre que se pose le problème. Les belligérants ont essayé d'utiliser leurs forces navales pour interdire le ravitaillement de l’adversaire. Les navires de commerce neutres