‹ La Liberté des Mers depuis le Pacte Briand-KelloggChapitre 2 sur 19 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

sont soumis à des mesures de surveillance (visite, déroutement) et de répression (saisie de navires transportant de la contrebande). Contre l’extension de ces obligations, les neutres s'élèvent avec énergie et, deux thèses, celle des neutres et celle des belligérants, s'affrontent.

Les protestations des neutres n’acquièrent pleine valeur pour le belligérant qu’en comparaison des risques qu'il y aurait à n’en pas tenir compte. Les forces navales jouent alors un rôle prépondérant. Si le neutre ou l’union des parties lésées possède la supériorité, la liberté des mers sera respectée. Si l’un des belligérants a construit une marine capable d’assurer la maîtrise de la mer, il pourra dicter sa volonté. Ainsi la question des armements navals reste indissolublement liée à celle de la liberté des mers.

Depuis plus d’un siècle c’est entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis que se pose la question de la liberté des mers. La Grande-Bretagne, qui a eu, pendant longtemps, une situation privilégiée sur mer, situation qui lui permettait d’agir selon ses intérêts, défend ses prétentions traditionnelles. Les Américains cherchent à restreindre l'arbitraire anglais et, puisqu'ils se croient destinés à être non belligérants grâce à leur position géographique, ils défendent les droits du commerce maritime neutre. En fait, chaque fois que l'Angleterre, devenue belligérante, impose ses droits, les Etats-Unis sont amenés à recourir aux armes, conséquence logique de leur attitude, mais résultat paradoxal contraire à leur désir et à leur intérêt.

Après la Grande Guerre, le problème de la liberté des mers passe par une nouvelle période d’acuité. L’Angleterre cède aux Etats-Unis la parité navale. C’est seulement, en 1928, que le pacte Kellogg apporte une solution sur le fond du problème. Ce pacte met la guerre hors la loi. Tout

effort pour rétablir la paix, même s’il lèse le commerce maritime, ne devrait plus désormais soulever aucune protestation parmi les signataires. Les Etats-Unis ne s’opposeraient pas à l’action collective prévue dans le pacte de la Société des Nations.

La Grande-Bretagne a cherché à obtenir l’adhésion des Etats-Unis à la Société des Nations, ou, tout au moins, à une collaboration passive, ce qui aurait résolu la liberté des mers. Les Etats-Unis ont envisagé la question sous un autre aspect. Ils se montrent favorables aux efforts pacifiques des autres nations et laissent présumer, sans qu’ils s’en doutent, une collaboration active de leur part. Ils sont surtout désireux d'éviter toute participation à une guerre nouvelle. Comme la liberté des mers est la source des conflits où ils ont été entrainés autrefois, les Américains ont songé à modifier leur politique de neutralité. Cette tâche s’avère très délicate.

L'objet de cet ouvrage est l’étude des efforts des deux puissances anglo-saxonnes, depuis le pacte Kellogg, pour éviter les causes de conflit que peut susciter la liberté des mers.

Il faut remarquer le lien direct qui unit la question de la liberté des mers et la sécurité française — l’action collective étant ou non exercée. À défaut d’autres considérations, cela justifie le haut intérêt de la question.

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