LA QUESTION DES LOYERS, -HR
des prix exorbitants, surtout à Paris, est venue elle-même tout récemment en fournir la preuve.
Les propriétaires abusent, a-t-on dit. Le peuple paye, Il faut mettre un frein à cette avidité d’une classe privilégiée. Monstrueux raisonnement qui prouve ou beaucoup d’ignorance ou bien peu de logique I
En droit, c’est la société tout entière .qu’il faudrait refaire de la base au sommet, au nom de cette façon de raisonner. Nous avons déjà fait voir que la propriété foncière et immobilière n’est pas un privilège plus que les autres. Elle a ses risques, ses charges, ses frais d’acquisition et d’entretien, ses bons et ses mauvais jours qui se compensent, et qui la mettent en équilibre de profits avec les autres emplois du capital. Comment les inventeurs de projets ne voient-ils pas que les oscillations de l'offre et de la demande forment l'histoire de tous les jours? Comment ne voient-ils pas que l’inégalité de situation qu’elles expriment est écrite partout en caractères éclatants? Lorsque le blé vient à manquer, est-ce que la demande ne se trouve pas placée dans uue infériorité notoire devant l’offre? Est-ce que le consommateur n’est pas contraint de faire des sacrifices qui s'élèvent parfois à un taux énorme? Lorsque le blé abonde relativement à $a production normale, les prix baissent quelquefois démesurément, et c’est l’agriculture qui supporte la perte. Demande - 1- elle une indemnité légale? Non, l’économie politique démontre que la meilleure compensation est celle qui s’opère naturellement, en répartissant avec autant d’égalité que possible les sacrifices et les avantages sur les vendeurs et les acheteurs d’une année ou d’une période d’années à l’autre (1).
(t) Comment l’économie politique verrait-elle une partie de l’opinion admettre l’efficacité de ces remèdes artificiels, ou du moins en accepter aveuglément l’idée fondamentale, o’est-à-
Voilà pourtant ce que des écrivains d’un incontestable talent, organes d’une école démocratique avancée , appellent avec dédain les lieux communs de l'économie politique négative. Arguer de la liberté des transactions, n’est-ce pas
dire l’intervention de l’administration entre les propriétaires et les locataires, syis protester contre ces tendances?
Les vraies raisons de la hausse des loyers à Paris se trouvent dans l’énorme augmentation de la population, dansle développement de l’industrie et du commerce, dans les exigences croissantes du luxe, dans la dépréciation du numéraire, dans l’attachement naturel et inévitable d’un assez grand nombre d'habitants de Paris pour certains quartiers. Elle tient aussi à des causes intimement liées au développement dos démolitions, faites par grandes masses, à celui même des constructions multipliées. C’est un fait que le développement si soudain et si intense de ces travaux a eu pour conséquences le renchérissement de la main-d’œuvre dans ce qu’on nomme l’industrie du bâtiment, la hausse des prix des matériaux destinés à la construction des maisons, et aussi, dans d’énormes proportions, la cherté des terrains où devaient s’élever des constructions nouvelles. Enfin comment nier qu’une partie même de cette augmentation si rapide de la population ne soit due à la présence d’une foule de travailleurs venant se fixer à Paris? Une soudaine et même heureuse transformation de la capitale, opérée par voie d’autorité, devait produire en partie la situation que nous avons vu se développer et qui persiste aujourd’hui. Quant aux remèdes qu’on propose de différents côtés pour guérir cette maladie de la cherté qui frappe sur tout le monde, mais qui atteint proportionnellement davantage les fortunes médiocres et les pauvres, ils paraissent faire surtout briller l’excessive confiance de leurs inventeurs. La foi qu’ils témoignent dans leur propre infaillibilité n’a d’égale que leur profond mépris pour la loi de l’offre et de la demande, et leur dédain pour ceux qui osent soutenir la légitimité de cette loi économique et ses avantages généraux
On faisait naguère grand bruit d’un certain nombre de propriétaires qui auraient exigé de ienrs locataires, indus-