‹ La liberté du travailChapitre 12 sur 41 · LA RÉGLEMENTATION DES SALAIRES · texte numérisé non relu

LA RÉGLEMENTATION DES SALAIRES

de travailleurs. Soit une augmentation de 1 franc. Si tous sont augmentés dans cette proportion , ce qui leur coûtait 3 francs leur en coûtera 4 ou à peu près , les salaires se trouvant compris dans le prix des choses ; à quoi donc aura abouti une telle mesure? Au renchérissement de la vie. Donc pas plus de réglementation des salaires en faveur des ouvriers que de réglementation de l’intérêt en faveur des emprunteurs. Continuons. — Que de choses vous oubliez encore, partisans des salaires réglementés ! Yous oubliez par exemple le commerce d’exportation. Plusieurs grandes villes en France ne prospèrent que par ce commerce. Mais la concurrence des autres nations nous presse sur tous les marchés, et c’est sur des différences de 2, 3 ou 4 pour 100 qu’est fondée la préférence que nous donne le consommateur étranger. Si les salaires s’accroissent , non par le cours naturel des choses et par le progrès intrinsèque de la fabrication, mais par un acte impératif de l’autorité, voilà nos frais de production augmentés. L’avantage que nous avions sur les marchés extérieurs disparaît , nos débouchés sont perdus ; la population ouvrière de quelques-unes de nos grandes villes manufacturières se trouvera par suite plongée dans la misère. Tout cela a été dit déjà et parfaitement dit. Mais mon sujet m’entraîne, et n’est-ce pas une obligation de répondre par des arguments connus à des erreurs persistantes?

Réduire la durée du travail des ouvriers en leur maintenant le prix de la journée totale, ce n’est , on le comprend aisément, qu’une autre forme de la réglementation de salaires. C’est en effet forcer l’entrepreneur à payer autant, en échange de moins d’ouvrage; c’est, par suite, porter atteinte à l’intérêt bien entendu des ouvriers; c’est y porter atteinte en ce qu’avec un travail réduit , on obtient une production totale amoindrie.

Je ne m’étendrai pas sur les autres mesures de maximum

jugées par lu grande expérience qu’en a faite la révolution française. Un jour la Convention pensa qu'il était en son pouvoir de dompter la loi de l’offre et de la demande, aussi bien que de vaincre l’Europe coalisée. Pratiquant la maxime de Danton, elle eut de l'audace, même contre les principes éternels. Elle osa décréter les prix. Elle soumit à son maximum, non plus seulement les céréales, mais toute espèce île choses. Cette infraction aux principes de la science économique, elle la plaça sous la protection de la guillotine. Le maximum eut ses effets inévitables. Au lieu du bon marché, on eut la cherté croissante. La vérité exige pourtant qu’on reconnaisse que la Convention n’eut ici de X audace qu'à moitié. Elle avoua que l’entreprise de régler les prix d’une manière complète était au-dessus de sa puissance, et elle adopta pour moyenne les prix de 4790, généralement augmentés d'un tiers destiné à tenir compte au producteur de l’aggravation des circonstances. Yaine concesssion ! La Convention nationale fut obligée de revenir sur sa mesure, et même, disons-le, elle la condamna en des termes qui , dans une autre bouche, risqueraient de paraître empreints de partialité et de passion. S’adressant au peuple français, dans une proclamation à la fin de 4794 ; « Les esprits les moins éclairés, disait-elle, savent aujourd'hui que la loi du maximum anéantissait de jour en jour le commerce et l’agriculture : plus cette loi était sévère, plus elle devenait impraticable. L’oppression prenait en vain mille formes, elle rencontrait mille obstacles; on s’y dérobait sans cesse, ou elle n’arrachait que par des moyens violents et odieux des ressources précaires qu’elle devait bientôt tarir. »

On dit que ces exemples ont produit tout leur effet sur la démocratie, que nulle école ne songe à entraîner la démocratie française dans la voie de pareilles réglementations.

Mille faits s’opposent à un tel degré d’optimisme. La question toute vivante des loyers, dont le taux s’est élevé à

Page 1