LECONOMIE POLITIQUE ET LA DÉMOCRATIE
vérité historique? La croyance à la liberté responsable, à l’égalité naturelle fies hommesentreeux est contemporaine du christianisme lui-même, date de lui, et ne s'en est pas . séparée jusqu’à présent. C’est par là que l’idée même de la démocratie en est sortie (1). La vérité morale elle-même, mêlée de plus d’uneerreur, était chezles anciens le privilège d’une élite de penseurs. Le christianisme l’a faite peuple. Les plus déshérités, les plus misérables des hommes ont cru à la dignité de cette vie sous la sanction de la vie future. Ils ont cru qu’à ce titre il n’y avait nulle différence entre les hommes, et qu’ici les privilèges de naissance et de fortune n’étaient comptés pour rien, que même le riche avait plus de peine que le pauvre à entrer dans le royaume céleste. Si l’état de conquête et de violence, si la barbarie a empêché longtemps les conséquences sociales de ces dogmes de se produire toutes; si plusieurs grands faits sociaux en ont été même la contradiction et le vivant démenti, il n’est pas moins vrai que dès le moyen âge l’esclavage antique avait disparu, que l’idée de la fraternité chrétienne avait créé des œuvres prodigieuses, que la charité pour les pauvres, la protection pour les faibles avaient embrasé les âmes et fondé de grandes institutions, et qu’enfin l'Église était dans son organisation même l’expression visible de ces idées démocratiques d’égalité.
(i) Des textes très-précis, cités par M. Augustin Thierry, dans son Introduction à VHistoire du Tiers-État, nous montrent des rois de France et des seigneurs invoquant contre le servage l’idée que tous les hommes ont été créés francs et libres, et rachetés par le Christ : tels, par exemple, Louis le Hutin, le sire de Clermont, etc. etc.
INTRODUCTION
Dans l’Église, en effet, la naissance lut longtemps comptée pour rien; elle n’obtint qu’une importance secondaire, même quand l'Église, mal inspirée dans sa politique, eut le tort peut-être inévitable, mais qu’en tout cas elle expie encore, d'identilier ses intérêts avec ceux du siècle et de se confondre avec une organisation civile vicieuse à beaucoup d’égards et antichrétienne. Quel spectacle plus démocratique que celui d’évêques et de papes sortant de la masse du peuple, que celui de l’élection devenue le signe de l’égalité, et que celui de ces iils de serfs mettant le pied sur la tête des seigneurs et sur celle des rois! Le caractère démocratique de l'Église se retrouva dans la plupart des membres du clergé, et surtout du clergé inférieur, qui siégèrent à la Constituante en 1789, et qui se montrèrent les plus empressés aux réformes et les plus prompts à les rattacher à l'esprit de l’Évangile. Enlin le christianisme avait développé ses conséquences civiles avec les puritains des colonies américaines. La liberté et la démocratie aux États-Unis sont les fruits incontestables et incontestés du principe chrétien.
Si la démocratie, prise dans son sens social, a ses origines chrétiennes, ce n’est pas à dire qu’elle n’ait aussi ses origines dans les idées philosophiques, et, d'autre part, dans le mouvement général de l’industrie et de la richesse. Le principe de liberté n’a pas cessé depuis le xvn* siècle, sous une forme ou sous une autre, d’être revendiqué par les philosophes. Descartes le réclame pour la pensée pure. Montesquieu l’introduit dans la philosophie politique. Voltaire s’en fait le défenseur pour l’universel examen. La philosophie proclame l’inviolabilité de la per-
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sonne humaine, <iuelles que soient la race, la couleur, la croyance. Sous les diversités et les inégalités, elle retrouve une nature humaine identique chez tous et fonde l’égalité des droits sur cette identité. La philosophie veut que l’homme se développe, que l’individu s’élève à toute l’excellence et à tout le bonheur dont il est capable. Elle exalte la sociabilité, la fraternité. Elle entretient dans le cœur des hommes l’idée du droit. Elle attaque les injustes distinctions , les odieux privilèges. Elle pousse , en un mot, à l’aide des moyens qui lui sont propres, c’est-à-dire par la lumière et le raisonnement, vers l’égalité et la liberté.
L’immense création qui s’est faite de richesse mobilière, depuis trois siècles, par l'industrie et le commerce, a eu des résultats analogues. Elle s’est posée en rivale de la propriété foncière féodale, née de la conquête et mère des privilèges. Le travail avec son activité incessante, le besoin de liberté qui l’anime et la diffusion rapide des biens qu’il crée, est un plus grand démocrate encore que l’esprit humain avec ses idées d’égalité et d’indépendance.
On a voulu voir dans l’économie politique un autre esprit que celui-là, un esprit favorable aux riches, aux maîtres, plus qu’aux ouvriers et aux pauvres. Cette opinion n’a pas perdu tous ses défenseurs. Démontrer que l’économie politique est favorable à l’intérêt populaire, à l’intérêt des masses, sans acception injuste de forts et de faibles, de capitalistes et de travailleurs, est une œuvre qui reste éminemment utile et qu’il est bon d’aborder une fois de front.
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INTRODUCTION
Que le malentendu qui existe entre la démocratie et l’économie politique tienne surtout aux idées inexactes quese forment certaines écoles se donnant le rôle, comme par privilège, de représenter la démocratie aux yeux du monde, voilà qui n’est que trop certain. Rien n’est plus faux que les notions qu’elles adoptent touchant les principes fondamentaux et les conditions essentielles de la société. Lorsqu'elles accusent l’économie politique de sacrifier l’intérêt démocratique à des intérêts de privilège, il faut faire avant tout attention à ce qu’elles entendent parce terme de privilège. Lorsqu’elles' accusent l’économie politique de se montrer individualiste , point assez favorable à l’association, il faut bien savoir avant tout ce qu’elles veulent dire par association et individualisme. Les mots changent de sens suivant les écoles. Lorsque quelques-unes de ces écoles récriminent contre l’individualisme, prenez garde si ce n’est pas la liberté, la liberté elle-même qu’elles écrasent. Lorsqu’elles recommandent l’association, j’entends l’association des ouvriers entre eux, se passant de patrons et se gouvernant en républiques industrielles, idée contre laquelle nous n’avons pas d’objection absolue et à laquelle nous ferons largement sa part , voyez si par hasard ce ne serait pas quelquefois le communisme qu’elles proposent. Mais ces écoles doivent-elles seules porter tout le poids de la critique? L’école économiste n’a-t-elle point eu quelque part dans ce malentendu ? Dieu nous garde d’imiter ici l’écrivain célèbre qui, sous le nom de Confessions d’un Révolutionnaire, a confessé tous ses amis, excepté lui-même. Si j’avoue certaines lacunes, certains côtés un
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peu exclusifs peut-être de l’école économiste, c’est-à-dire d’une école encore assez jeune pour avouer ses torts si elle en a eu, et, ce qui vaut mieux , pour les réparer, je parlerai du passé beaucoup plus que du présent. L’économie politique s’est formée il y a un peu plus d’un siècle en face et en haine de l’association forcée. C’était de l'association forcée que les anciennes corporations d’arts et métiers, avec leurs jurandes et leurs maîtrises. Dans l’ordre civil et surtout religieux, quels abus de l’association n’avait pas vus'se produire l’ancien régime ! L’association ne rappelait presque plus au xvni® siècle que les souvenirs de la contrainte et le spectacle de la corruption. La liberté individuelle, au contraire, livrée à ses propres forces, apparaissait inviolable comme l’idée même du droit, et pure d’excès comme ce qui n’avait pas encore beaucoup servi. Qu’à côté de l’exercice de ce droit sacré , que les économistes eurent mille fois raison de revendiquer et de regarder comme le fondement de toute société et de tout ordre, de ce droit qu’ aujourd’hui et toujours ils défendront en face de ses ennemis déclarés ou de ses inconséquents amis, qu’à côté de ce droit il put y avoir des associations pour la production, pour la consommation, pour la charité, pour le capital, pour le crédit, l’économie politique naissante s’en montra peu préoccupée. On a même pu considérer comme conçu sous son inspiration le fameux décret de l’Assemblée constituante de 1791, qui interdisait aux maîtres et aux ouvriers de se réunir, était-il dit, pour s’entendre en vue de leurs prétendus intérêts communs. De même, c’était une opinion très-répandue alors, opinion motivée
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à certains égards par ce qu’on voyait, mais fort exagérée par la philosophie et par la politique de l’époque , que les gouvernements sont les auteurs de tous les maux dont souffre le genre humain , comme si lés gouvernements n’étaient pas avant tout l’image et le fruit des sociétés elles-mêmes, comme si les sociétés étaient étrangères à leurs vertus et à leurs vices , soit que bons elles les soutiennent, soit que mauvais elles les tolèrent. L’économie politique avait des raisons particulières de céder à cet irrésistible courant d’idées. La vicieuse organisation du travail, un impôt établi sans justice, perçu sans humanité, montraient assez de quels péchés s’était couvert le principe d’autorité dans sa longue histoire économique. Il y eut donc réaction tout à la fois naturelle et excessive contre l’association et contre l’État.
Comment ne me hâterais-je pas de dire, que ces griefs ont été exploités sans mesure par une certaine démocratie, amie de l’association mal comprise et de l’État omnipotent?... Comment n'ajouterais-je pas qu’en ce qu’ils purent avoir de fondé jusqu'à un certain point ces mêmes griefs p r rdent de jour en jour de leur réalité? Comment n’ajouterais-je pas enfin qu’ils en avaient beaucoup perdu déjà au moment même où ils retentissaient, il y a de cela une quinzaine d’années, avec le plus d’ensemble et de fureur ? Si l’on veut s’assurer aujourd’hui que la portion même la plus libérale de l'école économiste n’appellerait plus le gouvernement un ulcère et ne réduit plus les attributions de l'État à des fonctions toutes négatives, on n'a qu’à lire les chapitres
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dans lesquels un esprit éminent, libéral parfois jusqu’au radicalisme, M. John Stuart Mill, expose les attributions de l’État. C’est un programme beaucoup plus large , beaucoup plus étendu que celui d’Adam Smith et de J.-B. Say , et l’on peut affirmer que les intérêts du faible et du pauvre n’y sont pas oubliés, même en dehors du grand moyen de solution que la liberté fournit. Quant à l’association, je n’en dirai ici qu'un mot. L’éloge de ses bienfaits et la revendication de ses droits en présence d’une législation qui y met trop d’entraves sont partis du sein même de l’école économiste. C’était mal prendre son temps d’accuser l’économie politique de se complaire dans un individualisme excessif, mettant aux prises des intérêts de classe et n’ayant point égard à l’amélioration du sort des ouvriers, quand Rossi signalait à l’égard de l’association les lacunes de nos codes, et la recommandait notamment dans l’agriculture sous toutes les formes praticables; quand M. Michel Chevalier disputait au socialisme la possession exelusivedece principe pour le faire pénétrer de plus en plus dans l’économie politique : quand Frédéric Bastiat, cet ami si chaud et si honnête de la démocratie, développait avec une abondance expansive et persuasive le thème populaire des harmonies du monde du travail, et se faisait le Bernardin de Saint-Pierre de l’économie politique, après s’en être montré si souvent, dans ses pamphlets, le Franklin par la finesse originale du bon sens et le Galiani par la verve piquante du style!
Demander si l’économie politique donne satisfaction à ce qu’il y a de légitime et de bon dans les aspirations démocratiques de notre temps, c'est deman-
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der si elle est d'accord avec les deux grands principes de liberté et d'égalité. Voyons donc ce qu’il en est.
Le caractère libéral de 1 économie politique se reconnaît à ce caractère éclatant, qu elle part des droits de 1 individu pour aboutir à son bien-être; à ce signe quelle regarde la société nou comme un être à part, comme une sorte de pouvoir irresponsable et omnipotent, ayant droit i de peser sur l’individu de tout son poids, mais comme la ■;
condition et le moyen de développement de la personne <
humaine. Toute la question de l’accord de la démocratie et de l’économie politique est de savoir si la démocratie moderne accepte ou repousse ces données. Or, qui n est frappé, au milieu et par le contraste même de tant d eelipses de la liberté politique, qui n’est frappé de 1 attachement profond, persévérant, inviolable, de la société moderne pour la liberté civile sous toutes ses termes, et particulièrement pour la liberté du travail, ce premier dogme de la science économique? Cette liberté, je ne le nie pas, a encore ses lacunes que je me propose de signaler ; mais, en somme, elle existe, et je me demande où il y a place dans une société qui en jouit pour ce législateur puissant, pour ce dictateur obéi qui doit nous taire accepter un régime dans lequel nous ne pourrions plus choisir librement notre profession , exercer librement notre industrie. Le prix , nous ne l’ignorons pas , le prix que certaines écoles démocratiques nous proposent en échange de cette liberté qu’on accuse de ne produire que la misère du travailleur, est des plus tentants; il s'agit tout simplement du paradis sur la terre. Il y a des gens qui affirment, et il y en a qui croient sur leur parole, qu’à
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l’aide de quelques combinaisons nouvelles, ou qu’on donne pour telles, de travail et de crédit, le mal sera supprimé, la richesse, coulera d’une source inépuisable, l’homme, débarrassé de cruels soucis et de vains préjugés, ri’aura plus qu'à jouir d’un bonheur sans mélange. Ingrats et aveugles que nous sommes, nous écoutons ces docteurs bien intentionnés, et nous passons notre chemin, aimant mieux encore ressembler au loup qu’au chien de la fable, tant la marque du collier nous inquiète ! Si la crainte d’être dupe ébranlait notre vertu, l’économie politique lui viendrait en aide. Pourquoi consentir à entrer dans les cadres tout tracés du travail organisé, pourquoi s’abdiquer soi-même, si la liberté fait, en lin de compte, les parts meilleures que le travail asservi? Un fait affligeant et qui est de nature à fixer l’attention de tous les philanthropes, de tous les politiques dignes de ce nom, frappe singulièrement les économistes amis des masses populaires, c’est qu’aujourd’hui, avec des efforts libres, multipliés, intelligents, énergiques comme l’intérêt personnel qui les engendre et les soutient, les sociétés les plus avancées ne réussissent pas encore à produire assez pour procurer les plus simples éléments de l’aisance à tous leurs membres. Quelle illusion donc de compter sur l'efficacité de systèmes plus ou moins entachés de communisme qui substituent à l’intérêt et à la concurrence le mobile encore plus insuffisant ici que sublime de la fraternité et du dévouement f
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INTRODUCTION'
qui ne rêvent pas avec Fourier des satisfactions sensuelles grossières ou raffinées, ce qui est nn autre genre d’excès, se transportent et nous ramènent vers les temps où il s’établissait une sorte de synonymie entre la démocratie et la pauvreté. Cette confusion a égaré un certain nombre d’adeptes du terrorisme et fait du trop fameux mot: «Guerre aux châteaux, paix aux chaumières! » une sorte d’idéal de gouvernement et de société. Elle se dissipe comme le plus vain des mirages, dès que , l’on s’est persuadé qu’il n’en est pas de la démocratie moderne comme des petites républiques démocratiques ou aristocratiques de l'antiquité, ou comme de l’ancien état de quelques cantons helvétiques voués à une simplicité patriarcale. La démocratie moderne accepte la civilisation, la richesse et les arts; elle veut augmenter et non restreindre le bien-être de tous. Elle ne songe pas à réduire la portion du riche, mais à accroître celle du pauvre soumis à des privations aujourd’hui encore-excessives. Elle ne rêve pas le moins du monde d’aller nue comme Jes sans-culottes de 1793 ; elle ne désigne point comme aristocrates, avec Marat, aux colères populaires, ceux qui portent des habits au lieu de porter des. blouses. Loin de là, elle demande le bas prix des étoffes de coton, de laine et même de soie, pour en faire des vêtements chauds et élégants. Elle ne veut à la façon de Babœuf ni fermer les musées, ni supprimer l’Opéra, ni brûler les livres qui sont dans les bibliothèques, à l’exception de la nouvelle Déclaration des droits de l’homme, ni planter de choux les jardins consacrés au luxe et à 1 agrément, .afin de / mieux prouver son amour pour la simplicité et pour le
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solide. Non, bien loin de là ; elle ouvre au peuple les trésors et les jouissances de l’art et delà science; elle veutpour lui la beauté salubre des ombrages etdes promenades; elle met à sa disposition les éléments les plus variés du bienêtre; elle lui offre enfin des moyens de locomotion plus confortables et plus rapides que ceux dont usaient autrefois les classes privilégiées et les plus puissants princes. Lorsque tel président revenait dans ses terres, au xvn* siècle, son fermier allait le chercher assez loin de son domaine dans une charrette mise au service de madame la présidente et
de ses enfants. Un marchand n’accepterait plus aujourd’hui
ce moyen de transporter sa personne, et il ne se contente plus de voyager comme Louis XIV et Napoléon. On a quelquefois assez ridiculement présenté Sparte comme modèle aux démocràtes français. C’était l’erreur deSaint-Jiist qui prouvait par là qu’il ne Comprenait pas mieux Sparte que la France. Lycurgue, à Lacédémone, faisait adopter, pour empêcher l’usage des métaux précieux de se répandre, une monnaie de fer tellement lourde qu’il fallait un char attelé de deux bœufs pour traîner une somme d’environ 300 fr. Nous, fils de la démocratie moderne, nous avons au contraire trouvé l’argent trop lourd, et nous l'avons remplacé par l’or dans beaucoup de cas ; nous avons trouvé l’or lui-même trop lourd et d’un transport trop difficile, et nous avons imaginé le billet de banque; enfin les pa piers représentatifs de la monnaie nous ont paru encore trop embarrassants pour se prêter à tous les échanges, et nous les avons rendus inutiles dans une foule de transactions par les simplifications introduites dans les banques. La démocratie moderne agit, on le voit, à l’inverse des
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anti(|ues démocraties. Ajoutez qu’elle a pour but non l’immobilité dans une constitution présentée comme parfaite et comme éternelle, mais le progrès au prix d’une mobilité parfois excessive. Achèverai-je le parallèle de la démocratie chez les anciens et de la démocratie chez les modernes? La démocratie moderne recherche l’étranger au lieu de le haïr; elle voit un frère dans tout homme. Elle vante la douceur dans les mœurs et dans les relations. Elle préconise la tolérance. Elle se passionne pour la suppression des guerres. Elle songe à abolir la peine de mort. Nous ne sommes, en un mot, ni un couvent guerrier, ni un camp, ni une oligarchie ombrageuse et farouche. Nous voulons le bien-être, la sécurité et la paix.
Lorsque ces écoles, plus habituées à spéculer qu’à observer, à s’inspirer d’un système social a priori qu’à marcher dans la voie lente et sûre de l’expérience, adressent à l’économie politique le reproche de se montrer aristocratique, oligarchique, bourgeoise , je pourrais peut-être leur opposer une simple lin de non-recevoir ; je pourrais leur objecter que l’économie politique, science expérimentale. n’est point responsable de la portée et des applications de ses observations, si elles sont exactes; je pourrais leur demander ce que c’est qu’une science oligarchique , qu’une science bourgeoise , qu’une science qui emprunte son nom à un parti, à une classe ou à un pays, comme si la science en elle-même se proposait un autre objet que de connaître le monde tel qu’il est; comme si elle ne laissait pas à des théories préconçues la prétention aussi impuissante qu'orgueilleuse de refaire les lois du monde. Démocratique a priori , l’économie politique ne