‹ La liberté du travailChapitre 3 sur 41 · I.’kC.OXOMIK rtu,lTlQI'E RT I.A DEMOCRATIE · texte numérisé non relu

I.’kC.OXOMIK rtu,lTlQI'E RT I.A DEMOCRATIE

peut songer à l’être. C’est seulement au point d’arrivée qu’on peut lui demander si les conséquences qui se tirent de ses observations sont conformes à la démocratie ét favorables au bonlieur général. Or, cela n’est pas douteux.

Liberté pour la propriété de s’établir, de se gouverner comme elle l’entend, de ne supporter d’autres sacrifices quç ceux qui sont rigoureusement exigés par l’utilité publique. et d’autres charges que l’impôt, librement voté ; liberté pour le capital comme pour le travail, telle est la conclusion qui ressort de l’économie politique.

Yoilà le vrai champ du débat engagé entre l’économie politique et les écoles qui se font de la démocratie un prétexte pour limiter, entraver l’action de la propriété et du capital. La thèse commune à ces écoles, c’est que la propriété est une usurpation sur le domaine commun, et qu’elle prend aux uns ce qu’elle donne aux autres. Elles ne craignent pas, remarquait déjà il y a trente ans un publiciste républicain, Armand Carrel, osant regarder en face la nouvelle déclaration des droits d’une société qui se rattachait à Babreuf et à Robespierre, elles ne craignent pas d’étendre à la propriété , même née du travail et de l’épargne, ce qui n’est vrai que de la propriété mal acquise. Pour les écoles auxquelles je fais allusion, la richesse générale du pays est semblable à la provision de vivres d’un navire en mer. provision qui, une fois embarquée, ne s’augmente plus. Le pauvre paraît ainsi n’être réduit à la moitié ou au tiers de sa ration que parce que le riche mange deux ou trois plus que la sienne. Toute cette fausse démocratie s’écroule, si on prouve

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INTRODUCTION

qu'une telle conception de la propriété n’est qu’une monstrueuse erreur. C’est ce que fait l’économie politique, et sans chercher le moins du monde à se faire démocratique, il se trouve qu’elle l’est beaucoup plus que ces écoles, si la démocratie, dans son principe, c’est le droit; si la démocratie , dans ses effets ,* c’est l'avantage de tous.

Qu’est-ce que la propriété pour l'économiste ? Le fruit du travail. C’est une conquête effectuée sur la nature et non sur l’humanité, conquête entretenue à force de labeur et de capitaux , passant plusieurs fois à chaque génération aux mains de l’épargne, qui la paye et qui la féconde. La propriété, dont je ne sépare pas l’héritage, son complément nécessaire et qui est comme le ciment de la famille, la propriété agit démocratiquement en ce sens que , douée d’une force d’expansion particulière et que rien ne remplace, elle multiplie les richesses dont tous profitent. Elle fait par là, sans toujours le savoir, je le reconnais, sans toujours le vouloir, je l’avoue, de la / meilleure espèce de communisme. Elle travaille pour le plus grand bien-être général. Ces améliorations, ces découvertes. ces perfectionnements, ces mises en valeur de , terres inoccupées ou incultes, ces entreprises mêlées de

tant d’aléatoire, sur le domaine du néant et de la misère,

tout cela c’est de l’intérêt général. Quelle erreur n’est-ce pas de se figurer la propriété comme le champ limité que se partagent d’un œil inquiet et d’une main jalouse d’avides héritiers ! Au contraire c’est un champ qui semble s’élargir indéfiniment: Il s’accroît sous nos yeux, soit que

la masse encore énorme de terrains sur lesquels n’a point passé la main féconde de l’homme appelle de nouveaux

L’ëCO.\U.MIE POL1T1UUË ET LÀ DÉMOCRATIE.

possesseurs, soit qu’un plus grand nombre de détenteurs s’établissent sur le domaine déjà cultivé et dont la fertilité va croissant, soit qû’ënfin la propriété se présente sous mille aspects nouveaux avec les créations des arts. Qu’estce que notre propriété foncière aujourd’hui si partagée, sinon le rêve réalisé de la loi agraire, ne coûtant rien au droit et attestant son progrès, ne coûtant rien à l’ordre, et concourant au contraire avec une puissance admirable à. l'ordre social t

Ce mouvement d’accession de la masse à la propriété, qui est pour ainsi dire notre histoire même et qui se confond avec les progrès de la liberté civile et politique, ce mouvement d’accession aux différentes formes de la propriété, bâtiments, cultures, ateliers, titres de rente, livrets de la caisse d’épargne, actions industrielles, l’économie politique le favorise autant qu elle peut. Voici un fait qui est d’hier, qui est d’aujourd’hui, car il se développe. Je le cite, parce que je lui attribue une grande portée. Qui de nous ne sait, grâce à de savantes enquêtes et à la notoriété publique, qu’une portion de la population ouvrière d’une de nos villes de manufacture les plus riches, et à la fois les plus éprouvées par le paupérisme, de Mulhouse, devenait récemment, à l’aide d’un assez léger sacrifice secondé par le généreux concours du capital , propriétaire de maisons avec l’accessoire d’un petit jardin, inestimable bienfait pour ces hommes condamnés au travail manufacturier? Cette population y a gagné mieux que le bien-être, mieux que l’aisance, elle y a gagné la moralité. Symptôme heureux, exemple déjà suivi ailleurs, et qui se répand assez pour que l’observateur puisse dès à présent y si-

INTKniU'CTION.

gnaler une influence destinée à modifier favorablement la société ! Je ne puis quant à moi songer sans émotion qu’une race d’ouvriers propriétaires s’élèvera à côté d’une population de propriétaires paysans, et que, par ce moyen combiné avec d’autres qui seconderont l’action moralisatrice de la propriété, nous verrons, nous ou nos fils, se réorganiser la famille ouvrière, si profondément atteinte par nos transformations industrielles trop rapides et trop radicales pour avoir pu se produire sans désordre. Ainsi naîtront les habitudes de tempérance, d’épargne, de vie intérieure. Ainsi se préparera dans les villes de travail, assainies matériellement et devenues des centres d’instruction populaire, une génération, tel est du moins mon espoir, meilleure et plus heureuse, qui, moins mal parta-» gée que ses peres, n’aura qu’à suivre l’impulsion, au lieu d'avoir la tâche toujours chanceuse de la donner.

N’est-ce pas là de la bonne, de la vraie démocratie, non en paroles, mais en action, et n’est-ce pifs de la démocratie libérale? Ce n’est pas celle-là qui attaquera la liberté du capital. L’influence démocratique du capital ne saurait faire l’objet d’un doute sérieux. Nul esprit quelque peu instruit ne contestera que sous cette forme tant et ridiculement attaquée du numéraire, le capital favorise l’épargne, ce moyen de rachat de la misère par la vetfu, et qu’il développe, en les régularisant, ces transactions nombreuses qui sont la vie même du travail; nul ne contestera que, sous forme de matières premières, le capital fournit au travailleur les éléments de son activité, et sous forme de produits, les moyens de son existence. Il lui rend des services plus éclatants, s’il est possible, sous cette autre

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forme, aujourd’hui si en relief, de machines et de moyens perfectionnés de fabrication et de transport. Non, les économistes n’ont rien exagéré, ils ne se sont pas laissé aller à une orgueilleuse présomption en avançant que parceséner* giquesmoyens de production le capital partage aveclcsplus nobles puissances, avec la religion, avec la philosophie, l’honneur d’avoir été le véritable émancipateur des masses. Il ne suffît pas que la religion, animée d’un divin esprit de charité, que la philosophie, pénétrée des idées de droit et d’égalité humaine , recommandent de traiter le travailleur avec douceur, si la nature même de son travail est affreusement pénible. Il ne dépend pas de ces hautes puissances de taire que broyer le grain à la façon des esclaves de Pénélope, dont il est question dans Homère, que porter des fardeaux comme le faisaient les peuples primitifs, et comme cela se passe encore, hélas! dans des pays civilisés , où l’on voit , au sein des campagnes , des femmes mêmes le dos courbé sous des poids énormes, ou que conduire un navire à sa destination, ne soient des travaux extrêmement durs , tant que l’homme est réduit à l’action de ses mains, aidées à peine • de quelques outils. Ces travaux ne s’adoucissent , ne laissent un peu de répit et de loisir à ceux qui en sont chargés que lorsque les moulins â eau ou à vent, les animaux disciplinés au joug , la voile et la vapeur viennent prendre à leur charge la partie la plus grossière et la plus pénible de la tâche. L’histoire de l’industrie, — qui persisterait aujourd’hui encore à le nier en présence de tant de merveilles? — est celle de l’affranchissement successif du travail humain. II faut que l’homme reste esclave ou que

INTROUL'CTlOiN.

la nature le devienne. C’est en ce dernier sens que le problème se résout davantage chaque jour, par le concours des agents naturels, concours auquel nous n’entrevoyons point pour ainsi dire de bornes assignables. Que la démocratie le sache bien, sans le progrès du capital, il ne serait pas même question d’elle au sens favorable et bienfaisant dans lequel nous l’avons définie. Le cadre étroit des démocraties purement politiques de l’antiquité n’eût guère été dépassé. Un petit nombre de maîtres, une masse

obéissante d’ilotes, voilà le spectacle que donnerait le monde. Aujourd’hui même , dans les contrées ou il y a peu de capital, on peut nommer entre autres les immenses régions de l’Orient, malgré la beauté du climat et la richesse du sol , la très-grande majorité des hommes vit dans la misère et dans un état 'd’abaissement voisin de l'esclavage.

Je ne m'appliquerai pas à répondre avec de longs développements aux imputations répétées avec une si redoutable persistance d'exploitation habituelle et systématique du travail par le capital. S'il s’agit d’abus; comme dans le cas, par exemple, des excès de travail de l’enfance, l’économie politique les combat elle-même. Si l’on veut désigner sous ce nom odieux d’exploitation un fait général, rien n’est moins fondé : entre le capital et le travail, l'exploitation est pour ainsi dire mutuelle, puisqu’ils sont indispensables l’un à l’autre, et que le laboureur ne peut guère plus sans la charrue et les chevaux ou les bœufs, que ces instruments n’ont de puissance sans le laboureur. Désigne-t-on une supériorité habituelle du capital qui peut attendre, sur le travail qui ne le peut, faute de suffisantes

l’éco.nomie politique ET LA BÉAIOCHATIK. 121

avances? On signale là, nous le reconnaissons, une situation réelle, quelquefois fort grave, mais qui est susceptible d’être adoucie, qui l’est déjà, qui le sera davantage, tout l’annonce, dans ce quelle a de trop rigoureux, par l’épargne, par les institutions de prévoyance, par l’association, par l’instruction du travailleur; il ne faut point d'ailleurs songer à la supprimer. Il est inévitable et désirable que, dans une certaine mesure, très-mobile, le capital ait une supériorité sur le travail actuel. C’est cette supériorité qui en fait rechercher la possession et qui le rend un objet d’actifs efforts et d’une vive émulation. Si nulle supériorité ne s’attachait au travail antérieur et à l’épar- . gne, pourquoi épargner? L’activité laborieuse serait sans lendemain, et les dissipateurs auraient cause gagnée.

Pour en finir avec ce qui est relatif à la liberté, je ne connais guère de principe plus démocratique que la liberté du commerce. Elle tend à l’union des peuples, et, quoi qu’on en ait dit, elle est le plus puissant encouragement donné au travail national, dont on l’accuse d’être ennemie. Dès que l’économie politique a vu une portion de cette bourgeoisie, à laquelle on lui reproche de se « montrer trop favorable, s’attribuer des privilèges, de . véritables redevances, sous la forme de droits élevés placés sur les produits étrangers similaires, elle a réclamé, au nom du droit commun et de l’intérêt général.

D’accord avec la liberté , l’économie politique l’est-elle avec l’égalité ? En thèse générale, je ne crois pas que ces deux choses soient séparables. La première égalité, la

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seule, la vraie, c'est l’égalité dans la liberté même, l’égalité dans le droit commun, qui entraîne à sa suite un certain degré, mais un certain degré seulement d’égalité dans les conditions. Pour sentir que cet antagonisme de la liberté et de l'égalité n’existe pas, il suffirait de jeter les yeux sur les nations qui possèdent la plus grande liberté au sein de l égalité la plus complète, comme la Suisse, la Belgique, les États-Unis. A Borne même, dans cette Rome antique qu’on cite quelquefois comme un argument en faveur de ce prétendu antagonisme, les conquêtes de l égalité ont été successivement arrachés par la liberté à 1 orgueil patri- . cien, forcé de concéder par degré l’admissibilité de tous les citoyens aux magistratures civiles et militaires. Est-ce que chaque période, chaque année presque qui s’écoule, ne signale pas quelque décisif progrès de légalité en Angleterre? Ne s’y développe-t-elle pas à la suite de la liberté de discussion et de réunion la plus entière dont jamais nation ait joui ? Entroie développement de l’un de ces deux principes et celui de l’autre, l’écart peut être plus ou moins prolongé, l’attraction est mutuelle et invincible. Une égalité que la liberté ne garantirait pas ne tarderait • pas à s’affaisser sur elle- même et à disparaître sous , le goût des faveurs et des privilèges que le despotisme entraîne. L’égalité serait rompue au prolit de l’indignité et de la bassesse : voilà tout. L’économie politique serait en contradiction avec l’une des nécessités logiques les plus inévitables, comme elle sacrilierait l’un des plus grands biens dé la vie humaine si elle rejetait ou subordonnait l’égalité après avoir adopté la liberté comme principe. Mais, encore une fois , de quelle égalité nous ‘ * • * >,

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parle-t-on ? Est-ce de l’égalité des droits? est-ce de celle des conditions, et prétend-on que celle-ci soit absolue ? Il est trop certain que, si la démocratie venait demander à l’économie politique, comme gage de paix et d’alliance, l’égalité absolue des conditions, et par exemple l’égalité des salaires comme l’a fait tout récemment M. Louis Blanc , elle n’en recevrait qu’un refus aussi énergique que la protestation de l'éternelle nature des choses. Que ces écoles que l'inégalité des conditions scandalise jettent un regard sur le monde; qu’elles voient si l’inégalité n’en est pas la loi générale et constante. Quand elles auront réussi à rendre égales les conditions de vie des différentes espèces, quand ? passant à l’humanité, elles auront donné à tous la même force, la même santé , la même dose de jugement et d'esprit, les mêmes dispositions heureuses du caractère, les mêmes chances favorables , elles pourront avec à-propos épuiser ce qui leur restera d’indignation sur ce cas particulier de l'inégalité des richesses; mais qu'elles prennent garde alors de rencontrer dans leurs vœux de réforme radicale la justice elle-même se dressant contre elles, et leur reprochant d'introduire dans le inonde de la démocratie l’iniquité la plus ilagrante en faisant la part égale au travail et à la paresse , à la vertu et au vice ! Qu elles prennent garde d’y introduire aussi la cause la plus active de misère en détruisant l’accumulation des capitaux , qui permet seule les vastes et longues entreprises, et en substituant , pour les esprits comme pour les fortunes , pour les volontés individuelles comme pour les situations sociales, à la loi féconde de la concurrence et de la hiérar-

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chie, la loi de la monotonie stérile et de l'universelle platitude! Que la démocratie rejette comme un poison mortel cette égalité chimérique qui soumet tout à un niveau brutal, ce goût de la mauvaise égalité qui a pour mère la cupidité et l’envie.

Que s’il s’agit non plus d’une égalité absolue, mais seulement d’une égalité relative et croissante, l’économie politique, au contraire, donne une juste satisfaction à la démocratie, car l’économie politique ne se borne pas à légitimer l’inégalité comme un fait indestructible, juste et bienfaisant; elle montre qu'il existe sous l’empire de la liberté des transactions et sous l'influence de la civilisation, une ten-

dance à l'égalité, qu’elle-même seconde par la guerre déclarée aux injustes privilèges dans le domaine du travail et de la richesse. Cette tendance vers une certaine égalité croissante, la science la constate avec orgueil, car elle exprime le triomphe du droit sur la force, du travail humain sur la nature, de la pensée et du calcul sur le hasard. Les progrès de la culture rendent moins grande la distance qui sépare le sol d’une fertilité naturelle médiocre, et le sol privilégié qui, à égalité de travail et de capital , donnait incomparablement plus de fruits et des fruits plus appréciés. En tout, l’art et l’éducation confèrent aux avantages acquis de quoi lutter contre les avantages naturels. L’art et l'éducation sont les plus grands niveleurs que le monde connaisse. Si je ne devais me borner, j’aimerais à achever cette démonstration en mettant en lumière les lois admirables de l’économie politique à ce sujet.Nous verrions ce qu’il advient, sous l’action de la civilisation croissante, des différents éléments de la richesse distribuée. Le résultat le

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