REPONSE
« Cher et honoré confrère.
« Je savais depuis longtemps que vous étiez audessus des calculs de Tesprit du parti ; car, en pénétrant par la force de votre pensée au fond des questions, vous y aviez entrevu les principes, et leur vue porte grâce, comme le visage des rois. Par cette étude de toute votre vie, vous avez conquis la pleine indépendance de votre esprit, tandis qued^autres n'ont trouvé dans la.presse politique que Tesclavage du leur. Je n'ai donc pas été surpris de vous voir accepter la discussion
devant un auditoire formé par Tattrait sympathique d'opinions qui ne sont pas les vôtres ; et pendant que le Siècle disait': « Nous doutons
> que M. de Girardin accepte la proposition de
> la Gazette^ > moi je vous attendais.
» C'est que le Siècle n'entend point comme nous les discussions entre journaux. Pour lui, la polémique se définit comme Grcrtius définit la guerre: « L'art de faire le plu^de^mal possible
> à ses ennemis, t Pour nous, c^er confrère, c'est l'art de faire le plus de bien possible à son pays et à l'humanité, en cherchant de bonne foi les vérités utiles à tous, afin d'opérer, dans ces vérités, l'unité des intelligences, l'union des cœurs et l'accord des volontés, et de détruire ainsi les divisions, filles de l'erreur, les malentendus et les confusions, œuvres de la passion et de la discorde.
» Ma dernière discussion avec le Siècle a montré d'une manière frappante Tabus de cette vieille tactique des partis, mon adversaire ne citant de mes arguments que ceux qui lui fournissaient l'occasion d'imputer à mes opinions des faits bar-
bai*es, condamnés par elles ; d'oflfrir à son auditoire des crimes au lieu de raisons et du sang au lieu de lumière. Mes réponses mutilées et tronquées ne figuraient dans ses colonnes que comme les répliques dhns les rôles du comédien, servant seulement à lui faire répéter les fusées de déclamation qu'il sait par cœur.
» Il est bien temps d'en finir avec ces plaidoyers où les deux avocats, placés dans la même chambre, mais à deux fenêtres opposées, parlent à deux tribunaux dont Tun n'entend pas ce qu'cm dit à l'autre. Deux publics particuliers ne présentent-ils pas à la pensée Talliance de deux mots fort étonnés de se trouver ensemble ?
» Votre apparition si près de moi, mon cher confrère, est donc un fait nouveau dans l'histoire de la presse. Vous donnez un grand exemple aux écrivains de nc>tre époque, vous faites preuve d'une générosité et d'une force de dégagement peu communes. La foi que vous montrez dans l'impartialité et les lumières dès lecteurs de la Gazette est honorable pour vous comme pour eux.
» Je dirai peu de chose de la première partie de votre lettre. Vous êtes juge, et juge très éclairé des questions d'intérêt privé malheureusement impliquées dans la publication de tout journal politique. Je ne puis assurément Vous blâmer d'avoir abandonné h la spéculatioiii un navire qui, comme ces galions d'Espagne chargés de l'or du Pérou, se prêtait mal peut-être aux évolutions d'un explorateur ; j 'avais craint que cet abandon ne fût une abdication de votre vie politique. Vous me prouvez le contraire par une lettré qui est peut-être le plus brillant écrit sorti de votre plume. C'est l'argument sans répliqué du philosophe antique devant lequel on niait le mouvement.
> J'accepte donc cette preuve de vie, pourvu qu'elle ait de la suite ; laissez-moi croire toutefois que si vous avez cédé à M. Millaud un journal dans lequel, à notre grand regret, vous aviez cessé d'écrire depuis deux ans, c'est que ce jour-
liai, créé au milieu de la lutte ardente des factions, avait conservé le pavillon arboré à son origine et qu'il ne pouvait convenir à Técrivain qui vient de tracer ces lignes dans la Gazelle :
" Pauvres partis! tous, par leurs fautes, tous par « leur défiance de la liberté, me paraissent tombés si ♦» bas que les questions qui ne s'élèvent pas à une • grande hauteur au-dessus d'eux tous et de chacun »» d'eux me semblent puériles et ne plus valoir qu'on »» leur fasse l'honneur de s'occuper sérieusement d'el- " les. C'est à cette politique impassible, plus îmtt?«'- »» selle que nationale, appartenant au présent moins »' qu'à l'avenir, que j'fii voué désormais tout mon » temps, toutes mes pensées. «
» Permettez-moi de vous demander de remplacer le mot universelle parle moti^TERNELLE, et vous aurez exprimé avec éloquence la position qu'occupe la Gazelle de France. Il n'est donc pas étonnant qu'en quittant la Presse vous soyez venu dans un journal où l'on ne défend aucune faute, où l'on cherche à élever la discussion dans la sphère des vérités de tous les temps, au-dessus de tous les partis. Vous vous trouverez, mon cher
confrère, au large et à Taise sur ce terrain de liberté et de sincérité.
» Mais je parle de liberté, et vous m'avez rappelé les restrictions que la législation apporte à la faculté de tout dire, et cette épée du délit de côn^ Iraveniion qui reste, avec quelques autres épées, suspendue sur la propriété des journaux. Je ne nierai rien de ces faits, notre chaîne est réfeUe, mais elle est élastique, et nous laisse qudques mouvements { il en faut peu pour planer daùs les hautes régions de la pensée, lin somme, malgré -]es épées tirées depuis six ans contre les journaux, la Gazette^ comme la PressCy sont encore ^n vie, et il faut espérer qu'elles atteindront, ^saines et sauves, avec tous les journaux politiq^ues, le retour de la liberté qui nous est promis, et qui est assuré dans l'avenir . M. Millaud, pour le dire en passant, n'a donc point engagé sur une hase imaginaire seS: capitaux et ceux de ses actionnaires. En France, on peut jouer avec certitude sur la hausse de la liberté comme sur la hausse de la fortune publique,
» Je viens à la seconde partie de votre lettre, et ici je reconnais avec plaisir que nous avons été séparés par des mots plus que par des questions de principes. Nous voulons Fun et l'autre la liberté; vous Tavez cherchée en la demandant à tous les gouvernements qui ont passé en France depuis vingtcinq ans ; je Tai cherchée en exami^ nant quels principes de gouvernements pouvaient la produire par voie de conséquence; et j'ai crU pouvoir conclure de la différence de nos vues, amenant une division et parfois une contradiction dans nos efforts, que la réunion des hommes qui partent du principe de liberté et deg hommes qui partent du principe d'autorité pourrait donner la solution du problème.
> A cela, mon cher confrère, Vous me répondez que, la liberté et l'autorité présentant un véritable antagonisme et une contradiction dans les termes, la conciliation ainsi conçue est une illusion et une chimère ; et vous me proix)sez de sub-
stituer au mot autorité le mot pouvoir indivis et d'appeler la liberté le pouvoir individueL
> Si la conciliation des deux principes est à cette condition, cette conciliation est faite, car ce que vous appelez le pouvoir indivis n'est autre chose que le droit politique, et ce que vous appelez le pouvoir individuel n'est autre chose que le droit cifil.Ces deux droits sont établis par tous les jurisconsultes, et leur admission ne peut souffrir entre nous aucune difficulté.
> Je reconnais d'ailleurs volontiers que ces deux mots ne présentent pas entre eux cette opposition apparente que vous trouviez en tre l'idée d'autorité et ridée de la liberté. En effet, le pouvoir indivis, que vous appelez aussi I'Etat, a une sphèrç d'ac- * tion parfaitementdéterminée et qui n'empiète en rien sur la liberté des individus. Vous appelez cet Etat « un pouvoir j » vous lui concédez « riiéré-
t dite ; » vous concevez même « la légitimité » de ce pouvoir héréditaire. De notre côté, nonseulement nous vous concédons, mais nous maintenons, avec vous, que ce pouvoir héréditaire et légitime né saurait porter uucune atteinte à la
liberté des individus. Il y a longtemps qu'un de nos confrères, M, Laurentie, a écrit dans une autre feuille cette belle pensée : « La liberté est > le droit divin. i>- Vous avez complété ainsi cette maxime : « Là liberté est la légitimité de tous. >
» J^ajouterai, comme développement, que la légitimité est une idée universelle s'appliquaiit à tous les actes de la vie humaine qui sont en rapport avec le droit, et que c'est parce qu'elle est universelle et divine qu'elle est un principe, et la base même de l'ordre social. C'est sur cela que je me fonde pour soutenir que la liberté et l'autorité, qui tiennent au même principe, ne sauraient être inconciliables ; que leur contradiction n'est qu'apparente, et que la substitution des termes proposée par vous, mon cher confrère, ne prouve qu'une chose : c'est, comme je vous l'ai dit dans ma première lettre, que vous excellez dans l'art de poser les questions, qui est Tartde les résoudre.
> C'est cet accord sur le fond que je vous demanderai la permission de prouver dans cette troisième partie de ma lettre.
— So-
in.
■» Je suis autorisé à induire du mot pouvoir, appliqué par vous à ce qui est indivis dans l'état social, que vous admettez une délégation de cette liberté des individus pour former le pouvoir indivis.
:p Sans délégation, en effet, il n'y aurait que Fanarchie. Sans elle, point de magistrats pour veiller à la police des cités, pour appointer les différends des citoyens, pour avoir une législation obligatoire pour tous, pour commander les armées nécessaires à la défense du territoire, pour protéger et assurer la liberté des individus. Vainement oii concevrait l'association comme une assurance mutuelle et l'impôt comme une prime volontaire, sans délégation il n'y aurait point de commis pour Ifes polices d'assurances, point de Comptables pour percevoir la prime, point d'administrateurs pour faire jouir les assurés des avantages du contrat. La société serait détruite de fond en comble que je me chargerais de la
refaire avec la délégation, et de rétablir logiquement et légitimement toutes les institutions communales, provinciales, gouvernementales et royales, avec ce que vous appelez V hérédité conséquente, la légitimité.
» Cette délégation, fille de la liberté, est donc mère de Tautorité. L'autorité n'est légitime que lorsqu'elle est en rapport avec la délégation. Il ne peut y avoir, dans la nature des choses, que deux «ortes de délégations, celle qui se lait à terme défini et celle qui se fait à terme indéfini.
» Dans la première, vous trouvez la délégation à vie et la délégation qui embrasse un certain nombre, d'années, déterminé dans le mandat. C'est la présidence triennale ou quinquennale des républiques. C'est aussi le mandat des députés dans les monarchies représentatives.
» La seconde sorte de délégation, celle qui est indéfinie, est faite à une dynastie : c'est la royauté héréditaire.
» Ces délégations d'autorité, également légitimes, ne sont jamais sans réserve. Il est évident que les individus ne délèguent que la somme de
liberté et de pouvoir qu'ils ne peuvent euxmêmes exercer. Partout les droits individuels, la liberté et la propriété des citoyens ont été considérés comme entièrement en dehors de l'autorité gouvernementale. En France même, malgré les violations que ces droits ont subies dans le cours des âges et dans les révolutions, on les a toujours invoqués comme antérieurs à tous les pouvoirs, comme inhérents à l'humanité. C'est dans ce pays que cette maxime, qui résumait tous ces droits, avait pris racine dans les idées : <( Personne ne peut être imposé que de son con- » sentement, à moins que par tyrannie. »
> Mais si la délégation n'a été nulle part sans réserve, elle a lié partout les déléguants comme les délégués. Dans les républiques, on ne peut destituer un président avant le terme légal de son mandat; dans la monarchie héréditaire, la nation rentre incontestablement dans la plénitude de son droit de délectation à l'extinction de chaque dynastie. Sept siècles après l'assemblée deSoissons, Voltaire écrivait dans la Henriade :
C'est QD usage antique et sacré parmi nous,
Quand la mort sur le trône étend ses rudes coups,
Kt que du sang des rois si chers à la patrie
Dans ses derniers cantui la source s'est tarie,
Le peuple au même instant rentre en ses premiers droits,
11 peut choisir son makre, etc
» La délégation, toujours faite sous la réserve (les droits de l'individu, existe donc toujours virtuellement dans les races royales et au-dessus de ces races, pour en produire de nouvelles dans les cas déterminés. C'est cette puissance qui fait la majesté des rois ; c'est elle qui faisait dire, par un abus de synthèse, à Louis XIV : « TEtat, c'est moi ; » et à Napoléon : « Je suis le premier » représentant du peuple français. »
» Vous voyez', mon cher confrère, que l'autorité se trouve conciliée avec la liberté, dans ma théorie comme dans la vôtre. Pourquoi donc combattrions-nous, vous et moi, dans des camps opposés? Pourquoi les hommes de la délégation à terme défini et ceux de la délégation à terme indéfini seraient-ils ennemis les uns des autres ? Pourquoi se maudiraient-ils et se détesteraientils mutuellement? En vérité, je ne le conçois guère. Les différences d'opinions qui les parta-
gent ne sauraient justifier ni ces haines, ni ces violences ; pourquoi ne discutoit-ils pas ensemble leurs idées et leurs croyances?
» C'est que — nous sommes bien forcés de le dire — en dehors de ces questions de droits, de principes et de liberté, il y a' la Révolution^ qui appartient à un autre esprit, qui ne cherche la vérité que pour la combattre; la morale, que pour la violer, et les conditions de Tordre, que pour les troubler. £l'est elle qui avait créé tous ces partis au-dessus desquels vous vous êtes placé,
qui maintient leur vieille tactique et leurs routines. Aidez-moi, mon cher confrère, à dégager Topinion publique de ses enroulements, comme nous y avons échappé nous-mêmes. C'est le grand, c'est l'immense service que les journaux peuvent rendre maintenant à l'humanité.
» C'est cette Révolution qui, je pense, vous fournira la réponse à cette question que vous m'adressez : « S'il n'y a pas de gouvernement légî- » timequi ait intérêt à se faire usurpateur, pour- » quoi le gouvernement de la Restauration a-t-il » empiété sur la liberté de tous? »
» Il me semble que le chapitre de M. deVaulabelle, cité dernièrement dans la Gazette^ en montrant les députés et les écrivains de 1 815 conspirant avec les Hollandais et les Cosaques pour mettre sur le trône un prince étranger et rendre la France protestante, répand assez de lumière sur cette période de notre histoire pour me dispenser de l'approfondir. Je ne veux pas, d'ailleurs, vous attirer sur ce terrain, et je me hâte de terminer cette lettre, déjà trop longue, en vous offrant, mon cher confrère, l'assurance de ma haute estime et de mes sentiments dévoués. »
H. de Lourdoueix.
M. DE LOURDOUEIX,
URDACTsuH F.N CHEF DE la Gttxette de Fraucc.
« Mon cher et très honoré confrère,
» En quoi sommes-nous d'accord ?
» En quoi différons-nous d'opinions ?
» C'est ce qu'avant tout il convient de préciser.
i> Vous déclarez que nous voulons l'un et l'autre la liberté.
» Mais d'abord, sur ce premier point êtes- vous bien sûr que nous soyons d'accord,? Par ce mot : laLibei^té, entendez- vous tout ce que j'entends? Allez- vous aussi loin que je vais et ne vous arrê-
tez-vous pas à mi-chemin, en compagnie de M. de Montalembert et de M. Cousin, de M. Guizot et de M. Barrot, autrefois divisés par elle, aujourd'hui réunis ? Admettant le principe, en admettez-vous toutes les conséquences sans reculer devant aucune d'elles et sans en excepter une seule ?
» Je ne serais pas, mon cher confrère, obligé de vous poser ces questions^ si vous aviez fait ce que j'ai fait, si vous aviez défini ce que vous entendez, vous, par la Liberté. Vous la nommez, mais vous ne la définissez pas ; vous la glorifiez, mais vous ne la déterminez point.
j> C'est cependant ce qu'il serait nécessaire de faire, si vous tenez à ce que les conditions de cette controverse soient égales des deux parts, et si vous ne voulez pas qu'elle s'éternise en une interminable querelle de mots. « Le peuple prend 1^ les mots pour les choses.» , a dit avec raison Perrière . Ne faisons pas comme le peuple. « Tant » que les hommes n'auront que des mots pour » s'exprimer, il faudra peser ces mots», a dit Mirabeau. Pesons-les. « Un dialogue entre un
> métaphysicien et un phrénologiste est impos- » sible dans l'état actuel des choses ; le premier » n'entendrait pas le second ; je m'en suis a«-
> sure par plus d'un essai. Le phrénologiste, s'il
> comprenait le psycologue, aurait besoin , pres- 1^ qu'à chaque mot, de lui faire une leçon ap- » puyée de descriptions matérielles pour donner » à ses phrases un sens qui fût à la portée de son » intelligence », a dit Broussais. Rendons le dialogue possible entre nous.
» Je n'assigne, ïnoi, à la liberté de l'homme aucune autre limite que celle naturellement tracée par sa raison socialement cultivée et pleinement développée. Je ne divise pas ce qui est indivisible; conséquemment, j 'admets que ce qu'il est libre de penser, il est également libre de le dire, et que ce qu'il est libre de penser et de dire, il est également libre de le faire, sans qu'il soit arrêté par la crainte d'aucune pénalité légale , sans qu'il ait à redouter d'autre juge que lui-même. Je conteste à la société le droit de punir. Ce qu'elle qualifie crimes et délits^ je le qualifie erreurs et risques. Ce qu'elle combat par la loi, ce raisonnement de la
société, ce qu*elle combat par rintimidation, ce frein impuissant qui déshonore la bouche humaine, je le combats par le raisonnement, cette loi de rhomme, je le combats par la civilisation, ce niveau ascendant qui marque le progrès continu. Telle que je la comprends et telle que je Tai définie, la liberté est la suppression graduelle de tout ce qui fait légalement ou socialement obstacle au plein développement de la raison individuelle par son propre essor ; la liberté est la réparation rationnelle de ce qui constitue essentiellement le pouvoir individuel et de ce qui compose nécessairement le pouvoir indivis j séparation la plus simple à opérer, puisqu'il suffit de tracer entre ces deux pouvoirs parallèles la ligne suivante de démarcation : — ^ Tout ce qui, de sa nature, est indivisible et ne saurait être individualisé appartient nécessairement au pouvoir indivis ; tout ce qui, de sa nature, est divisible et peut n'être pas nationalisé, appartient essentiellement au pouvoir individuel. A aucun titre, sous aucun prétexte, je ne reconnais au pouvoir indivis le droit de restreindre le pouvoir individuel ; ne lui en
donner, ne lui en laisser aucune possibilité matérielle sans cependant afiaiblir l'action de la civilisation, sans en ralentir la marche : — tel est le problème, social dont je crois avoir trouvé la solution, et dont je n'hésiterais pas à faire la preuve par Tapplication, dussé-je donner pour garanties du succès, ma fortune, ma liberté, ma vie.
» Ainsi entendue, ainsi étendue, voulez-vous, mon cher confrère, de la liberté que je veux ? Si ce n'est pas de cette liberté que vous voulez, de laquelle, voulez-vous ? Spécifiez-en la nature, marquez-en la limite. Vous parlez du « retour de j la liberté qui nous est promis. > Pour que la liberté revint, il faudrait qu'elle fût partie ; pour qu'elle fût partie, il faudrait qu'elle fût venue. A quelle époque l'avez- vous jamais vue résÀder en France? Vous dites qu'on y peut jouer avec certitude sur la hausse de la liberté comme sur la hausse de la fortune publique. Qui eût joué à cette hausse delà liberté s'y fût ruiné. Quand donc cette hausse a-t-elle eu lieu ? Est-ce avant 1789? Est-ce de 1789 à 1799? Est-ce de 1799 à 1 815 ? Est-ce de 1 81 5 à 1 830 ? Est-ce de 1 830
à 1848 ? Est-ce du 24 février 1848 au 2 décembre 1851?
» Après vous avoir interpellé, mon cher confrère, et demandé si nous étions d'accord sur la liberté, je m'interroge, à mon tour, etje me demande en quoi nous différons d'opinion sur la délégation que vous dites être la fille de la Liberté et la mère de T Autorité ? Vous vous déclarez autorisé à induire du mot pouvoir appliqué par moi à ce qui est indivis, que j'admets « une déléga- * tion de cette liberté des individus pour former » le pouvoir indivis. »
» Kationnellement, mon cher confrère, je n'admets pas plus que l'homme ait besoin de retrancher une partie de son pouvoir individuel, autrement dit Liberté , pour en former le pouvoir indivis, autrement dit Autorité, que je n'admets qu'il ait besoin de retrancher de son corps un pied, une main, une oreille, un œil, une dent, un cheveu, pour en former le corps social.
» Je laisse en commun ce qui, absolument, ne saurait être partagé ; je laisse indivis ce qui, nécessairement, est indivisible.
p Rien de plus et cela suffit pour composer la