‹ La libertéChapitre 44 sur 45 · HOTES · texte numérisé non relu

HOTES

tion, et que les conférences entre l'accusé et le défenseur seraient publiques. — De quoi se mêlait le Conseil général de la Commune?

Cet arrêté fut affiché et envoyé aux prisonniers.

Page 424. La guillotine fut déclarée en permanence. Cependant on retirait le couteau tous les soirs.

Page 450. À l'Assemblée nationale* des citoyens vinrent réclamer contre le jugement qui acquittait M. de If ontmorin. Ils furent renvoyés au ministre de la justice. « Us se rendirent chez lui, raconte le Courrier des 95 départements; M, Danton leur remit un ordre provisoire pour ne point relaxer M. de Hontmorin ; munis de cette pièce, ils revinrent au greffe. Enfin, un d'eux, dont on ne peut Caire trop l'éloge, est monté sur un banc dans le couloir du Tribunal; il a rendu compte à ses concitoyens de ce qui avait été fait, et après avoir lu la note du ministre de la justice dont ils connaissaient le patriotisme, il les a invités, au milieu des plus vifs applaudissements, a attendre dans le calme une décision légale. Son vœu a obtenu le succès qu'il méiilait. » (Tome XII, page 8.)

Quoi qu'il en soit, le lendemain encore, le peuple n'était pas bien remis de son émotion: il se porta à la Conciergerie, et parut croire à une évasion de M. de lfontmorin. 11 faHut que des commissaires , autorisés par le Tribunal, vinssent rassurer la foule, pour qu'elle se retirât paisiblement. C'était le 4er septembre.

Page 1 60. Voir à la fin du volume le récit de l'accusation

Real. (Note au bas de la page.) D'abord, c'est l'accusateur et non l'accusation qu'il faut lire.

bn 4795, Real fît paraître un journal qu'il intitula: Journal de Voppotition; le deuxième numéro contient un long article à propos de l'organisation du Tribunal révolutionnaire Sur la question des délibérations à haute voix, il cite les faits relatifs au procès de Backmann :

« J'étais accusateur public au Tribunal du 47 août; c'est le premier Tribunal révolutionnaire qui ait été établi. Le 2 septembre 1792, excidatl j'étais sur le siéga; Mathitu présidait. Le Tribunal jugeait Backmann, major des Suisses. L'instruction durait depuis trois jours et deux nuits. Un coup de canon fait tressaillir tout l'auditoire : c'était le canon d'alarme. Nous continuons tranquillement l'instruction. Elle était terminée ; les jurés se rendaient dans la chambre des délibérations, lorsque des cris affreux, etc., etc.

» Backmann se réfugie au fond de la salle ; nous le couvrons de nos corps. Nous voulons parler à ces furieux ; c'est en vain que nous approchons d'eux; les cris : « A bas! » nous empêchent d'entendre. Nous remontons avec précipitation sur nos sièges; là, debout, couverts, la main tendue, nous renouvelons le serment de mourir à notre poste. Ce mouvement, cette action nous obtiennent le silence de l'étonnemènt ; nous en profitons pour faire entendre à ces furieux que les jurés délibèrent dans ce moment sur le sort de l'accusé, qu'ils doivent attendre avec respect leur décision, et que dans tous les cas, nous périrons plutôt que de souffrir qu'il soit fait la moindre violence à l'accusé. Chose étrange! on nous écoute...

» Les jurés disent qu'ils sont prêts à donner leur déclaration. Ils sont obligés d'aller aux voix en présence les uns des autres, dans la salle des délibérations qui restait libre. Déjà une boule blanche était en faveur de l'accusé; trois sur douze pouvaient l'acquitter. Un autre juré se présente, et,

après avoir déclaré le fait constant, saisit une boule blanche pour prononcer snr la question intentionnelle. Quelquesuns des jurés frémissent— Que faites-vous? loi dit- on ; quand même un troisième juré serait de votre avis, vous ne sauveriez pas l'accusé ; il serait mis en pièces, et vous feiiez égorger avec lui les juges et les jurés !

* Les réflexions, les bruits affreux qu'on répandait, les hurlements qu'on entendait, le firent hésiter un instant ; mais bientôt : — Je n'ai qu'une conscience, dit-il, et je sais mourir. Puis, après avoir mis la boule blanche : — S'il s'en trouve un troisième, ajouta-t-il avec émotion, soyez tranquilles, j'irai déclarer au peuple que c'est moi qui ai sauvé l'accusé !

9 J'aurais bien quelque envie de dire ici comment le Tribunal empêcha les septembriseurs de sabrer le condamné; comment Backmann remerciait bien naïvement, bien sincèrement le Tribunal de ce qu'il le faisait guillotiner ; mais tout cela me mènerait trop loin, »

Page 479. Le lendemain des massacres de Septembre, on écrivit sur la porte de l'Abbaye la strophe suivante:

Toi que l'avenir fera naître,

Fille du Temps, Postérité ,

Toi qui seule un jour dois connaître

L'impartiale vérité;

A ton tribunal redoutable

Tu démasqueras le coupable,

Tu feras briller la vertu.

Mais quand tu verras tant de crimes,

Tant de bourreaux, tant de victimes,

Postérité, que diras -tu?

L'auteur de ces vers était un pauvre cordonnier, nommé François.

(Arabesques populaires. Paris, 4832.)

Page 471. J'avoue que j'hésite à adopter cette version monstrueuse. Une lettre, datée de Saint-Germain et signée de M. le baron de Saint-Pregnan, insiste sur la triste épisode du verre de sang bu par Mlle de Sombreuil, épisode que pour l'honneur de l'humanité j'avais essayé de révoquer en doute. M. de Saint-Pregnan a eu l'obligeance de me transmettre sur cette horrible scène des détails qui devront faire autorité. « Vous semblez douter, écrit M. de Saint- Pregnan, que Mlle de Sombreuil ait bu du sang, au 2 septembre, pour racheter la vie de son digne père des mains des bourreaux. J'ai beaucoup connu Mlle de Sombreuil, alors qu'elle était mariée à M. le comte de Yillelume. Après le baptême du duc de Bordeaux où j'étais député, je partis avec elle pour Avignon, où M. de Villelume commandait l'Hôtel des Invalides ; au moment où nous changions de chevaux dans une petite ville de Bourgogne, le sous- préfet du lieu se présente à notre voiture, et, après le compliment d'usage, il offre à Mme de Yillelume, qu'il connaissait, trois ou quatre bouteilles de vin blanc. A peine en route, je lui fais cette demande : — Pourquoi ne vous a-t-on offert que du vin blanc dans un pays où le vin rouge est si bon ï — C'est, me répondit-elle, parce que quand je fus forcée de boire du saog pour sauver mon père, il était mêlé avec du vin rouge, et que depuis lors je ne puis en boire. — Cette réponse me parut si simple qu'il ne fut plus question de ce fait le reste du voyage, ni dans aucune occasion pendant que j'ai été de la société habituelle de Mme la comtesse de Villelume-Sombreuil. »

Le respectable signataire de cette lettre, qui ^xe un point

sr •

historique jusqu'à présent incertain, a été maire d'Avignon sous l'Empire, sous la Restauration et sous Louis-Philippe. Il en remplissait encore les fonctions en 4835.

La poésie a célébré sous plusieurs formes le dévouement de Mlle de Sombreuil. — Citons un beau vers de Legouvé :

Faut-il qu'au teeurtre, en vain, son père ait échappé? Dès brigands Vont absous, des juges l'ont frappé !

Mais soit qu'il tie crût point au verre de sang , soit qu'il désespérât de rendre une pareille image en termes supportables, LegoUvé se tait sur cette circonstance. -^ Dans 5 es premières odes, M. Victor Hugo n'a pas reculé devant cette difficulté :

S'élançant au travers des armes :

Mes amis, respectez ses jours !

— Crois-tu nous fléchir par tes larmes ?

— Oh ! je vous bénirai toujours !

C'est sa fille qui vous implore j Rendez-le mo', qu'il vive encore!

— Vois-tu le fer déjà levé ?

Crains d'irriter notre colère; Et, si tu veux sauver ton père,

Bois ce sang — Mon père est sauvé !

Rendue à la liberté après le 9 thermidor, Mlle de Sombreuil reçut de la Convention nationale un faible secours de mille francs. Plus tard, elle quitta la France et épousa à l'étranger M. le comte de Villelume à qui *& main avait été promise par son père. Mme de Villefumè Sombreuil a terminé ses jours à Avignon, en 1*23, laissant un fils capitaine dans les chasseurs de la garde.

Page 238. Au nombre des lettres que j'ai reçues et qui me sent précieuse* à plusieurs titres, j'en dois mentionner une de M. Gazotte (ils. Cette lettre f e termine par ces mots :

« En conservant au vénérable Gazotte et à son héroïque fille leur touchant caractère , M. Monselet s'est acquis des droits à la gratitude du fils aîné de Jacques et des enfants dont sa vieillesse est entourée. Signé : Jacques- Scé vole Cazotte, rue du Cherche-Midi, 44. »

De tels témoignages sont la meilleure récompense de l'écrivain , auquel ils apportent la confirmation d'un travail accompli avec conscience ; ai c'est pour lui un grand bonheur que de se voir rendre par les fils la sympathie qu'il a vouée aux pères.

Page 1