I. LA LIBERTÉ. — LA LIBERTÉ ET LES 8CIEXCES MODERNES
phénomènes sociaux le rôle d'une cause accidentelle. Il arrive alors qu'en faisant abstraction des individus, et en ne considjjrant les choses que d'une manière générale, les effets de toutes les causes accidentelles doivent se neutraliser et se détruire mutuellement, de manière à ne laisser prédominer que les véritables causes, en vertu desquelles la société existe et se conserve : le libre arbitre de l'homme s'efface et demeure sans effets sensibles^ quand les observations s'' étendent sur un grand nombre d'individus (1). >
Cette réponse aux objections de la statistique, découverte et formulée par un des plus illustres statisticiens, nous paraît aller jusqu'au fond du débat, et nous semble de nature à satisfaire les statisticiens les plus exigeants, pourvu qu'ils n'aient point oublié combien leurs moyennes constatées sont approximatives et peu rigoureuses.
En même temps que les statisticiens, les criminalistes tels que Lombroso, Virgilio, deLacassagne, de iion»*'des Ferri, de Marro, etc., se livraient a de curieuses et iines. patientes recherches, pour surprendre en défaut la thèse du libre arbitre. Les uns fouillaient les documents des tribunaux et des préfectures de police, ces € archives du crime > ; les autres visitaient les hôpitaux, les prisons, les bagnes, les lieux de déportation, et poussaient, dit-on, l'héroïsme jusqu'à mêler leur vie à la vie des forçats et des déportés, pour observer de plus près et dans leur intimité, ces héros du crime, « sujets > de leurs études.
Or leur première «découverte > est l'existence d'un type criminel. Le criminel se reconnaît en etfet, d'à- c^^-^p^.
(1) Quételet, Physique sociale, 18H9, t. II, p. 46.
près eux, à l'analyse physiologique ou anatomique, presqu'aussi facilement qu'un français, un allemand, un basque, un nègre ou un malais, ou même qu'un bossu ou un boiteux... D'après Garofalo, « le criminel a le front petit, étroit et fuyant, les arcades des sourcils proéminentes, la mâchoire allongée, les cheveux laineux ou crépus ; il manque de barbe. En outre, on remarque très souvent chez lui une longueur excessive des bras et l'ambidextrisme (1) ».
Signes Ainsi, par exemple, le D"" Virgilio a compté 28 fronts gfqùes"." fuyants sur cent criminels (Bordier, 33 0/0). Or la proportion n'est que de 4 0/0 sur les non-criminels. D'après Lombroso, la proéminence des arcades sourcilières et des sinus frontaux est de 66,9 0/0 (d'après Bordier, 90 0 0). L'eurygnathisme (distance exagérée des zigomes) 36 0/0. — Le manque absolu de barbe 13,9 0/0, tandis que la proportion ne serait que de 1,5 0/0 sur les gens honnêtes. — Le cas de prognathisme s'est rencontré 69 fois sur cent, alors qu'il est si rare dans notre race européenne, etc. (2).
A ces caractères extérieurs se joignent assez souvent, chez les criminels, des anomalies plus significatives encore dans la constitution du crâne et du cerveau lui-même.
Signes Mlugazzlni a constaté 53 fois sur cent des cas de ^qLT" métopisme, dans 6 pour cent la fusion des os du nez, une fois l'os basiotique, dans 20 pour cent la tératologie complète du crâne. Lemoine a signalé, chez un cleptomane, une anomalie jusqu'ici inconnue des savants, la fusion congénitale des deux lobes frontaux. Chez un jeune escroc, Lambl a découvert une complète parencéphalie avec destruction des racines de la circonvolution frontale ascendante. Richter a montré
(1) Garofalo, Le crime, 2* p., ch. I.
(2) Garofalo, Beoue phil., mars 1887,