I. LA LIBERTÉ.— LA LIBERTÉ ET LKS SCIENCES MODERNES
et des aptitudes physiques et morales. Enfin on a montré à notre siècle si épris des lumières de la science et de l'esprit, que le crime et partant la dégénérescence morale des générations ne vient pas tant de l'ignorance de l'esprit, — c'était l'erreur de Socrate, — que de la perversité du cœur, et que l'antidote du crime était bien moins dans l'instruction de l'esprit que dans l'éducation du cœur et l'élévation des âmes. La thèse qu'Aristote soutenait contre Socrate se trouve ainsi justifiée: «La science seule ne suffit pas (1)> ; — « elle sert de peu, et même ne sert de rien pour acquérir la vertu > (2).
Tout cela est très juste, et si les criminalistes n'avaient pas tiré d'autres conclusions, nous nous rangerions pleinement sous leur bannière.
Mais ils ont exagéré gravement la dépendance du La déphysique et du moral, ainsi que la puissance fatale de n^e"st''p^
iti ' ' 1 «i. ' l'idenlité
Iheredite.
Nous ne réfuterons pas la première exagération, car de la dépendance de deux choses, le corps et l'esprit, à leur identité, il y a un abîme que la logique défend de franchir. Cette réfutation, du reste, nous l'avons déjà faite dans un autre volume, c'est la réfutation du matérialisme contemporain, à laquelle nous croyons pouvoir renvoyer nos lecteurs. Nous ferons seulement remarquer ici à nos adversaires que si le physique influe sur le moral, le moral à son tour peut réagir sur le physique, au point de donner une expression particulièreàlaphysionomie, etmême dedévelopper avec excès ou d'atrophier certaines facultés et même certains organes. Delà les types bien connus du gentilhomme et du laquais, du paysan et du
(1) Totç '/àjO Totcivroi; àvovvjTo; vî -proTi; yh-rut, Aristote, Etfi. Sic , 1. VI, c. 13 et 1. X, c. 10, § 2. 3.
{■2) Miy.po-j vj ôu^fj, Arist., Etfi. Nie, 1. II, c. 4, §3.
fatale.
citadin, du magistrat et du soldat, du prêtre et du religieux, etc. Pourquoi le criminel n'aurait-il pas lui aussi un type développé par un genre de vie, un type acquis par l'habitude, et qui serait le résultat et l'effet naturel du vice encore plus que sa cause? L'existence d'un type criminel ne prouverait donc rien, tant qu'on n'aurait pas déterminé dans quelle mesure il est cause ou efïet.
L'i.érédi- Quant à la puissance de l'hérédité nous sommes
té n*6st
^pas bien loin de la nier (1). Mais pourquoi ne transmettrait-elle que les mauvais penchants, et non plus les tendances bonnes et ces puissances de réaction qui les doivent combattre, et parmi lesquelles se distingue le libre arbitre ? Dire que l'hérédité ne nous transmet plus le libre arbitre, c'est supposer qu'il n'existe pas dans l'inventaire de notre riche nature, et partant c'est supposer ce qui est à prouver, ou tomber dans le sophisme de la pétition de principe.
C'est en outre contredire les faits, puisque, d'après les statistiques, tous les signes du type criminel, soit les signes physiologiques, soit les anomalies anatomiques du crâne et du cerveau, se présentent aussi chez des individus honnêtes, — quoique moins fréquemment ; et que;, d'autre part, les signes contraires de l'honnêteté se rencontrent parfois chez des criininels.Le type criminel, — s'il existe, — n'est donc pas une disposition fatale au crime ; pas plus que le type honnête n'est une disposition fatale à l'honnêteté. Et la place de la liberté, une place très large, se trouve
(l) « On coanaît à ce sujet des généalogies frappantes , celles de Lemaire et de Chrétien, par exemple ; celle de la famille Yuke, comprenant 200 voleurs et assassins, 288 infirmes et 90 prostituées, descendus d'une même souche en soixante-quinze ans, leur ancêtre, Max, ayant été un ivrogne. Thomson, sur 109 condamnés, en a trouvé 50 parents entre eux, et parmi ceux-ci 8 membres d'une même famille qui descendaient d'un condamné récidiviste. » ïievue philosophique, mars 1888, Uanomalie du criminel, Garofalo.