I. LA LIBKRTÉ. — LA LIBERTÉ ET LES SCIENCES MODEH.NES
et la morale, comme deux éternels plaideurs, également ennuyeux et également condaiiinabies. Non, grâce à Dieu, nous croyons encore à l'existence du Vrai, comme à l'existence du Bien ; nous croyons à la science comme à la morale, également nécessaires l'une et l'autre à la vie des êtres raisonnables, à leur vie intellectuelle et à leur vie sociale, et loin de vouloir opposer ou mettre en contradiction le Vrai et le Bien, la science et la morale, nous les croyons harmonieusement unis et confondus dans une synthèse plus haute.
La science ne renferme pas à elle seule la vérité l* tout entière. Elle ne découvre qu'une partie de l'ordre, prim" ^-j un aspect du monde, et fait volontairementabstraction de l'ordre moral, qui est l'aspect principal ou du moins le plus élevé, celui qui donne à l'ordre du monde sa valeur véritableet son incomparablegrandeur. Un monde amoral, et partant sans liberté, serait une monstruosité et une conception inintelligible.
Tant il est vrai que, par sa dignité, le bien moral prime tout; et c'est là le seul sens plausible de cet aphorisme de Kant : « La raison pratique prime la raison pure (1). » C'est donc renverser les rôles de citer la liberté au tribunal de la science, alors que c'est la science qui devait comparaître au tribunal de la morale, pour se justifier des coups qu'elle a si étourdiment portés à la liberté (2j.
(1) Critique de la Baison pratique (Barni), p. 208, 325.
(2) Autres auteurs à consulter sur le problème de la liberté: Léon Noël, La Conscience du libre arbitre; E. Naville, Le libre arbitre ; Desdouifs, La responsabilité morale ; G. Séailles, Cours de Sorbonne, 1899 ; Gardair, Le libre arbitre ; De liroglie, Le Positivisme ; Renouvier, Critique philosophique ; Psycholoi/ie ; Boutroux, La Contingence des lois de la nature ; Maine de Biran, (Euvres inédites ; Secrétan, Philosophie de la liberté.