LE DEVOIH. — LA FIN DERNIÉKK DE l'iIOMME
nous laisse entrevoir la manière dont la béatitude pourra envahir les puissances de notre âme.
La Psychologio, en analysant la nature de l'intelligencu humaine, nous a montré cette faculté orientée vers le vrai universel. Toujours et encore plus de lumière et de vérité ! c'est la naturelle amhition de notre esprit. Notre œil corporel se fatigue des rayons du soleil ; l'œil spirituel de l'intelligence ne dit jamais: c'est trop, ni c'est assez !
De même pour notre volonté. Orientée vers le bien universel, elle ne se peut rassasier d'aucun bien limité et fini, et partout où elle rencontre un nouveau rayon d'un nouveau bien, réel ou apparent, elle se sent attirée toujours et sans fin.
En sorte que la caractéristique de ces deux facultés qui spécifient l'être raisonnable, l'inlelligence et la volonté, c'est d'être orienté vers l'Infini, la Vérité infinie, la Bonté infinie, c'est-à-dire Dieu lui-même.
Et qu'on ne dise pas que nous jouons sur les mots, et qu'il s'agit ici seulement d'indéfini, et nullement d'infini. L'objection serait bien superficielle.
Sans doute, on peut dire que la capacité de ces deux objei facultés est indéfinie, sans fin, puisqu aucun oi)jet infini, fini ne l'épuisé ou ne la rassasie; mais ce serait un non-sens d'ajouter qu'un objet indéfini suffirait à remplir cette capacité. Un objet indéfini et indéterminé est une pure négation ou abstraction, sans réalité, incapable partant d'attirer et de rassasier notre âme, incapable de jouer aucun rôle actif et réel, surtout celui de fin dernière et de centre d'attraction universelle. Il faut donc que ce centre d'attraction, ce premier moteur comme fin dernière, qui n'est ni le bien fini, ni le néant, ni l'indéfini, soit un véritable infini, un absolu dans le sens rigoureux de ce mot, c'est-à-dire Dieu lui-môme (1).
(1) « nnpossibile est, beatitudinem hominis esse in aliquo bono
Ainsi se justifie cette inquiétude divine, cette soif inaltéral)le du divin, qui tourmente l'iiumanité, et qu'un de ses plus grands génies exprimait par ces paroles célèbres : « C'est pour vous, o mon Dieu, que vous nous avez faits, et notre cœur sera inquiet, jusqu'à ce qu'il se repose en vous ! (1). » Le Vrai, Aiusl s'cxolique, en même temps, le mode futur de
Le Bien, r ^ > 1 5
Le Beau, notrc héatitudc. Nos facultés les plus élevées ne pouvant être rassasiées que par un objet infini, c'est la Vérité même qui illuminera notre intelligence ; la Bonté même qui ravira notre cœur ; la Beauté même qui transfigurera notre être tout entier, car le Bien suprême ne peut envahir les puissances supérieures, sans béatifier par extension toutes les puissances subordonnées, et l'être humain tout entier (2).
Suivant une pensée profonde d'Aristote, que S. Thomas n'a pas oublié de mettre en lumière (3), l'essence du bonheur est dans la perfection de la faculté la plus haute appliquée à son objet le plus parfait. Connaître et aimer Dieu, de la manière la plus parfaite qu'il soit possible à la raison, telle sera donc l'essence de la béatitude éternelle.
creato, Beatitado enim est bonum perfectum, quod totaliter quietat appetitum... Objectum autem voluntatis, quœ est appetitus humanus, est universale bonum, sicut objectum intellectus est universule verum.Ex quo patet, quod nihil potest quietare voluntateui hominis nisi bonum universale ; quod non invenitur in aliquo creato, sed in solo ûeo. i> S. Thomas, la 2a8, q. 2, a. 8. ; Contra Gent., III, 18, 25;Suarez, I, ch. V, l. 6, 7.
(1) S. Augustin, Confess., liv. 1, ch. 1.
(2) Sans excepter notre être corporel : « ex beatitudine aninise fiet redundantia ad corpus, ut et ipsum sua perfectione potiatur » (S. Th., ia2«, q. 4. a. 6). — .Mais nous ne parlons ici que de la fin naturelle et non de fin surnalurelle que la foi promet au chrétien, et qui doit consister, dans une vision intuitive de Dieu, incompai-ablement plus parfaite que la connaissance abstraite philosophique, seule possible à la raison dans Tordre naturel.
(3) S. Thomas, la 2», q. 3, a. 5; — q. 4, a. 1 et 2 ; — la, q. G2, a. 1 : — q. Gi, a. 1 ; — Co7ily. Gent., 111, 44. — Cf. Aristote, Eth., I^ic, liv. 1. th. 4, fin ;— liv. VI, ch. 10, § 6 ; — liv. X, ch. 7, § 1, 7, 8, 'J : — liv. X, ch. 8, § 7 ; — liv. X, ch, 9, § 5 (B. S. II).