‹ La liberté et le devoirChapitre 120 sur 205 · II. LE DEVOIH. — LA LOI MOHALE :i · texte numérisé non relu

II. LE DEVOIH. — LA LOI MOHALE :i

d'unecréature intelligente et libre. Elle lui imposery, non pas une nécessité aveugle, comme aux êtres s;ins raison, mais seulement une contrainte morale, qui s'imposera à sa liberté sans lui faire violence. La loi de la gravitation universelle fait une nécessité à la pierre de tomber vers son centre fatalement ; la loi de la justice n'impose qu'une obligation morale de rendre à chacun ce qui lui est dû ; aussi ne dit-on pas que la pierre a le devoir de tomber, tandis que l'homme a le devoir d'être juste.

« On pourrait, dit très bien Mgrd'Hulst, comparer la nécessité physique aune barrière rigide de fer ou de bois; tant qu'elle subsiste, vous ne pouvez la forcer; si vous passez outre, c'est qu'elle est abattue ou ))risée. Le devoir, l'obligation morale, c'est une barrière aussi, mais une barrière éthérée ; vous pouvez la traverser, comme on traverse un rayon de soleil. La ligne éclatante nous trace nettement la limite qu'il ne faut pas franchir; si vous la violez, elle vous laisse passer, mais derrière vous elle se referme, et continue de marquer, entre le bien et le mal, une frontière de lumière (1). »

Telle est la différence et même l'opposition essen- nefiniiion tielle entre les lois physiques et la loi morale, qui va inoraie? nous donner la clef de la belle définition de la loi morale par S. Thomas : < c'est une ordonnance ou un ordre impératif de la raison, nous dit-il, en vue du bien commun et promulgué par l'autorité compétente (2). >

D'abord c'est une ordonnance ou un ordre impéra- v cesi tif, car s'il n'était qu'un simple conseil ou un sim- impS?. pie désir, n'imposant aucune obligation morale, il est

(1) D'Hulst, Conférences de N.-D., 4« conf., 1891. p. 166.

(2) « Rationis ordinatio ad bonum commune, ab eo qui curam communitalis liabet promulgata. » S. Th., 1» ,> , q. 90, a. 1 et a. 2, 4.

2o4 FONDEMENTS DE LA MORALE

clair que cène serait plus une loi. Un conseil peut nous inviter à accomplir un bien sans le rendre obligatoire. D'où la ligne de démarcation profonde entre l'obligatoire et le bien, admise de tout temps par le bon sens populaire. Tout bien n'est pas obligatoire. Si un acte héroïque est parfois un devoir, comme dans le cas du soldat qui donne sa vie pour l'honneur du drapeau ; il serait exagéré de dire que tous les actes héroïques sont toujours et pour tous obligatoires. Non, chacun n'est pas tenu de réaliser toujours et partout le plus grand bien possible, et la sphère du bien est beaucoup plus vaste que celle du devoir.

« Le bien et le devoir, dit excellemment jM. Franck, peuvent être représentés sous la figure de deux cercles concentriques, qui, ayant le même centre, difïèrent par leur circonférence. Le devoir, c'est la limite au-dessous de laquelle il ne nous est pas permis de descendre sans perdre dans l'ordre moral notre qualité d'homme (1). > Mais au-dessus de cette limite s'étend le champ indéfini de la perfection.

D'où vient la différence entre le bien qui est obligatoire et celui qui ne Test pas ? De ce que celui-ci n'est pas nécessaire pour atteindre la fin: aussi n'est-il point commandé; tandis que le premier, étant nécessaire, se trouve commandé. Ainsi, par exemple, la science de la médecine est prescrite au médecin et non pas à l'avocat, parce qu'elle est un moyeu nécessaire pour la fin du premier et non pas du second ; et cependant toute science est un bien qui enrichit toujours celui qui la possède. C'est donc la liaison nécessaire du moyen prescrit avec une fin donnée, qui estle fondement d'une obligation raisonnable : tandis que l'opposition d'un moyen à sa fin, ou même son inutilité en rendrait la prescription déraisonnable, et partant nulle.

(IJ Franck, Morale pour lous, p. 23.

Dable.

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