II. LE DKVOIR. — LA FIN DERMÈRE DE LIIOMME
de l'homme ne lui appartiennent pas, et il n'est nullement libre d'y renoncer. Ils sont avant tout le bien et la propriété de Dieu, qui trouvera sa gloire dans notre propre bonheur, vaillamment conquis au prix du devoir et de la vertu. Y renoncer et l'exclure, serait donc une double faute, et contre l'amour de soi-même, et contre l'amour de Dieu.
Concluons donc avec M. OUé-Laprune que « si co"*^'"nous retrouvons ainsi dans la vertu même ce qu'on appelle notre intérêt, c'est un intérêt d'un tel ordre et tellement transfiguré, si je puis parler de la sorte, que l'on n'a rien à en craindre pour l'exquise pureté de la vertu. Par là. la moralité, loin de se corrompre, s'achève... Laissons donc l'homme de cœur, chaque fois que, par amour pour les biens supérieurs, il méprise les plus séduisantes choses d'ici-bas, laissons-le s'écrier :
« J'ai de l'ambition, mais plus noble et plus belle ;
« Cette grandeur périt, j'en veux une immortelle (1) ! >
(I) Ollé-Laprune, Morale d'Arislole, p. 249; Le l'rix de la Vie, c. 1, 2, 4, 19, 21, etc.
Nature de la Loi.
Lois
La Loi morale.
La connaissance de notre fin dernière est assurément une donnée capitale, qui va orienter la science morale tout entière, mais elle n'estqu une première assise de l'édifice.
Il ne suffit pas de connaître le but, il faut aussi connaître les moyens qu'on doit emploj^er pour l'atteindre, et c'est la Loi qui les détermine, en nous instruisant de ce qu'il faut faire et de ce qu'il faut éviter. C'est donc la Loi morale qu'il nous faut étudier maintenant.
La loi, dans son acception la plus générale, pourphysiques j,^-|. gg définir : « la direction normale d'un être vers morale, g^^ gj-^ ^^ Eu ce scus, cllc déslguc aussi bien les lois physiques de la nature que la loi morale. Tous les êtres de la création agissent et se meuvent, chacun vers son terme naturel. Or les directions fixes et invariables qui les empêchent d'agir à l'aventure, au risque de produire la confusion et le désordre dans le cosmos, sont précisément ce que les savants recherchent et définissent sous le nom de lois physiques. Les philosophes les étudient aussi, à un point de vue général et synthétique, et les identifient avec les essences mêmes de chaque chose, en tant qu'elles sont un principe d'opérations propres, ou une Nature (1).
L'homme aura, lui aussi, besoin d'une loi qui lui imprime une direction normale vers sa fin ; mais cette loi sera morale, c'est-à-dire appropriée aux mœurs
(1) « Deus iniprimit toti naturœ principia propriorum actuum, et ideo par hune modum Deus dicitur praecipere toti nalm-fp. » S. Thomas, 1» 2ae, q. 93, a. 5.