II. LE liKVOlK. — LA LOI MÛRALK
préoccupation du législateur. Ce serait là du favoritisme : uu parti plus puissant pourrait ainsi régner et légiférer pour le bien de ce parti, au mépris du bien public: ce qui serait une odieuse tyrannie. Non moins tyrannique serait la loi qui se préoccu- Bien
'' * * * . commun
perait exclusivement du bien de cet être abstrait et ei
'^ Raison
métaphysique qu'on appelle l'Etat, et qui n'est au fond d-Etai. que la puissance gouvernementale représentée par un petit nombre de citoyens, peut-être par un seul, s'il pouvait dire comme Louis XIV, VEtat c est moi ! Cette puissance devenue collective, entre les mains d'un syndicat anonyme, est encore plus envahissante et plus redoutable, car sous couleur de bien public, elle peut dissimuler plus facilement la pire des théocraties, celle du Dieu-Etat, qui substitue son activité et ses droits à l'activité et aux droits des individus, au lieu de les protéger, suivant son unique mission; supprime les libertés individuelles les plus légitimes, et s'adjuge tous les monopoles, depuis celui des allumettes et de la poudre à fusil, jusqu'à celui de l'enseignement à tous les degrés, en attendant qu'il devienne le seul et unique propriétaire, industriel, banquier et négociant, en même temps que directeur universel des cultes et des consciences.
Non, le bien de l'Etat, ou la raison d'Etat, n'a souvent rien de commun avec ce bien public ou ce bien commun dont doit s'inspirer la loi vraiment digne de ce nom. Ce bien commun désigne, en elïet, le bien de tous les sujets et par conséquent le bien de chacun, puisque le bien de chacun n'est qu'un fragment du bien de tous. Et si, parfois, accidentellement, le bien de tous demande à ce que tel ou tel individu fasse le sacrifice de quelque bien personnel, la société lui doit une juste indemnité ; le prix du champ exproprié lui sera largement payé, et la gloire nationale sera la juste
récompense du sang versé au champ d'honneur. Telle est la subordination du bien individuel au bien de tous, qui ne sacrifie jamais absolument l'individu à la collectivité, ni la collectivité à l'individu, mais les respecte tous également, et regarde le bonheur de chacun comme une partie intégrante du bonheur total.
On voit combien cet idéal est une règle à la fois puissante et flexible, car de même qu'elle permet d'imposer certains sacrifices à plusieurs individus, pour le bien de tous, elle peut inversement leur attribuer certains privilèges, lorsqu'ils seront justifiés par le bien public. Pourquoi, par exemple, ne pas exempter d'impôts les plus nécessiteux ; pourquoi ne pas accorder certaines faveurs aux familles les plus nombreuses, aux héroïques défenseurs du territoire, aux meilleurs serviteurs de la patrie? 11 est clair que certaines faveurs particulières, sont un encouragement pour tous^ et partant profitent à tous.
La véritable égalité de tous devant la loi n'a rien
de commun avec le niveau d'un égalitarisme brutal
et chimérique. Elle admet toutes les exemptions ainsi
que toutes les distinctions raisonnables et justifiées
parle bien commun.
foi'fst Enfin, le dernier caractère de la véritable loi est
vaiLrué ^'étre portée et promulguée par Vautorité compé-
conipe- tente.
tente.
Nous ne dirons rien de la promulgation elle-même, car il est clair qu'une loi ne saurait être imposée au public par un acte secret du législateur (1), mais seulement par un acte public qui la manifeste clairement. En sorte que lapromulgation est nécessaire à l'essence
(1) « Tune leges iiistitui quando promulgantur ; firmari autem, quando moribus recipiuntur. » Gratien, Décret., cap. In istis, dist. 4.