II. LK liKVoiR. — L.K I.Ol MOHALE
sent llécllir suus un mortel comme toi. Ce n'est pas d'aujourd'hui, ce n'est pas d'hier qu'elUiS existent; elles sont éternelles, et personne ne sait (juand elles ont pris naissance. Je ne devais donc pas, efTiayée des menaces d'un mortel, m'exposer à la vengeance des Dieux. Je savais avant ton décret, que je devais mourir (c'est un destin inévitable) ; mais si je meurs avant le temps, c'est un bonheur à mes yeux. (Jui pourrait, en ell'et, au milieu des maux sans nombre qui affligent ma vie, ne pas regarder la mort comme un bienfait. Aussi le sort (jui m'attend ne me cause aucune douleur. Mais si j'avais laissé sans sépulture le lils de ma mère, ma douleur en serait vive; ce que j'ai fait ne m'en cause aucune. Si donc, lu taxes ma conduite de folie celte accusation est peut-être celle d'un insensé... Te faut-il encore plus que ma mort? (1) > Celte belle profession de foi en l'existence de la loi ^°";?°
' esseiiuel-
natu relie et du devoir obligatoire qui en découle, faite '«> '■ sur les théâtres d'Athènes et de la Grèce, aux applaudissements de tout le peuple assemblé, suffirait à prouver que ce sont là des idées courantes, populaires, universelles, essentielles à la raison humaine, dans tous les temps et dans tous les lieux, — et nullement une invention moderne, comme on a osé le soutenir tout récemment (2). Ces notions communes ne s'inventent pas ; elles peuvent seulement gagner en précision et en clarté, ou s'obscurcir au contraire, avec le progrès ou la décadence des mœurs ou de la science morale.
Ce caractère d'évidence et d'universalité des pré- L'i^no-
ranco de la loi naturelle
(1) Sophocle, ÀJitirfone, v. 44(>-4(iO. esi-elle
(2) Voy. à la fin de cette Deuxième partie, une Note sur L'idée de P«»»i^'«* devoir dans la Morale d'Aristole.
ceptes de la loi naturelle a soulevé parmi les philosophes une délicate question : peut-elle être ignorée de bonne foi ; l'ignorance invincible et excusable de la loi naturelle est-elle possible?
Assurément les êtres humains qui naissent idiots ou fous sont bien dans le cas d'une ignorance invincible, et ce que nous accordons pour des individus isolés, nous devrions aussi l'accorder pour des familles entières ou des tribus, s'il s'en trouvait par hasard, atteintes d'idiotie ou de quelque dégénérescence mentale équivalente. Mais ce sont là des cas anormaux, entièrement exceptionnels, qui n'empêchent pas de dire que l'espèce humaine est raisonnable, et par conséquent capable de moralité, malgré la folie et l'incapacité de quelques-uns.
pSlres. Parlons donc uniquement des hommes et des enfants chez lesquels la raison est noi^malement développée, et disons, avec S. Thomas (Ij et la plupart des philosophes spiritualistes, que pour eux l'ignorance des principes les phis généraux de la morale ne peut jamais exister. Impossible que les axiomes: il faut faire le bien et éviter le mal ; il faut faire son devoir ; il faut respecter l'ordre moral, ou autres équivalents, soient ignorés. Ils sont, en effet, d'une évidence immédiate telle, qu'il serait contradictoire de supposer qu'une raison normalement développée et en possession des vérités les plus simples et les plus élémentaires, lut dépourvue de ces premières vérités morales. « Sunt principia perse nota», comme dit S. Thomas.
^secon- Nous en dirons à peu près autant des vérités moins daires. générales et qui renferment déjà un élément concret comme celles-ci : tu respecteras ton père et ta mère,
(I) s. Thomas, la 2», q.94, a. 3, 4 etO: q. 100, a. 1.