‹ La liberté et le devoirChapitre 148 sur 205 · II. LK DKVollt. — LA CU.NSCIENCIi MOHALE · texte numérisé non relu

II. LK DKVollt. — LA CU.NSCIENCIi MOHALE

on s'expose non seulement par sa probabilité, mais encore et surtout par sa gravité matérielle.

Impossible d'entrer dans de plus longs développements, qui dépasseraient le cadre de cette étude générale, il sullit d'avoir précisé ces quelques points, et entr'ouvert ail lecteur des horizons sur une des questions les plus discutées de la morale générale.

Après l'action morale terminée, la conscience a un •"• R-»'" nouveau rôle à remplir: le rôle de iusticier. Elle f»"*-

,, , . III cience

]U"e que 1 agent est plus ou moins responsable de ses "prè*

• • 11 , • , . iw, , . , , l'action.

actions, puis elle lui décerne 1 éloge ou le blâme, le mérite et le démérite, suivant certaines règles qu'il nous faudra préciser.

Suivons-la dans ces nouvelles fonctions, non moins délicates et non moins importantes que les premières, pour l'exercice de la vie morale.

Et d'abord, elle est juge de la responsabilité de l'agent; elle peut l'accuser, comme elle peut aussi l'excuser.

Elle peut et doit l'accuser, non seulement lorsque Eiie l'action posée a été matériellement mauvaise et faite volontairement, mais encore lorsque en la faisant on la croyait mauvaise, quoiqu'elle fût matériellement bonne ou indilférente. La volonté, en effet, en voulant le mal en a contracté la malice. Ainsi, par exemple, celui qui prend une pièce d'or, la croyant à autrui, alors qu'elle lui appartient réellement, commet une action qui a toute la malice du vol, sans en avoir pourtant les conséquences matérielles, car il n'est pas tenu à restitution.

Elle peut aussi excuser l'agent, avons-nous dit, eu.' dans une série de cas qu'il serait intéressant d'exa- ''"""' miner.

accuse .

loraïe "^^ ^^ premiei* est celui de V ignorance de bonne foi.

Voici un homme de bien qui prend la bourse du voisin, croyant que c'est la sienne propre; la conscience ne le traitera point de voleur ; — il tire sur ses propres troupes avec la certitude de tirer surl'ennemi : sa conscience doit le plaindre et non le condamner.

Cependant on sent que la matière est délicate, et les moralistes l'ont éclairée et précisée par des distinctions importantes.

Ils distinguent l'ignorance vincible et l'ignorance invincible.

Vincible. L'ignorance vincible est celle qu'on aurait pu dissiper avec un peu plus de réflexion ou d'étude. Elle suppose donc une négligence plus ou moins grave, et partant, l'agent se trouve responsable au même degré, plus ou moins gravement. Encore moins excusable serait l'ignorance vincible dite affectée ou expressément voulue. Le juge qui refuse d'entendre la défense de l'accusé, afin d'avoir moins de scrupule pour le punir impitoyablement, est un juge inique. Son "gnorance calculée, loin de l'excuser, aggrave au contraire son iniquité.

invincihie L'iguoraucc invincible, au contraire, suppose une entière bonne foi. On a mis tout le soin raisonnable pour l'éviter, on n'en est donc pas responsable. Puisque la malice de l'acte n'a pas été connue, elle n'a pu être voulue ; elle n'est donc pas volontaire.

Bien plus, si l'acte matériellement mauvais a été jugé bon, avec la même bonne foi complète, cette bonté a été voulue, et a rendu la volonté bonne et méritoire. Celui qui fait l'aumône avec de l'argent volé et qu'il croit bien acquis, n'en est pas moins charitable. Celui qui, de bonne foi, dit le contraire de la vérité, ne ment pas, quoiqu'il se trompe sans le vouloir, et son té-

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