II. LR DFVOIM. — LA CONSCIENCE MORALE
que la loi de l'abstinence du vendredi ne soit pas suffisamment promulguée. Nous en dirions autant de certains autres principes très légitimes dans le for externe, et qui n'ont plus aucune raison d'être dans le for interne ou moral. Ainsi l'axiome de la prescription ou de la paisible possession, melior est conditio possidentis, est fondé sur une présomption raisonnable, à la quelle le législateur peut donner force de loi, parce qu'il est inouï que le vrai propriétaire injustement dépossédé de son champ ne réclame point. Mais ces réclamations n'ont plus aucun sens dans le conflit de la conscience entre la loi et la liberté : dire que la liberté possède ou ne possède pas paisiblement, ne sont plus que des mots : verha et voces.
Le probabilisme mitigé a été exposé de bien des ^^^^p^p;manières, dont la discussion complète nous entrai- "f.™? nerait trop loin. Voici, en abrégé, la forme qui nous paraît la plus raisonnable.
Tout d'abord, on excepte les deux cas déjà cités : celui où la solution tutioriste s'impose, à cause d'inconvénients spéciauxque laviolation même matérielle de la loi pourrait entraîner, et auxquels il serait imprudent de s'exposer. On excepte de même les cas où la solutionminus-probabiliste esttolérable,àcause du silence aflecté du législateur. Hors de ces deux cas voici ses principes :
1° Lorsqu'on est en présence de deux partis inégalement probables, et que le péril d'erreur est plus grand d'un côté que de l'autre, notablement, — car ces degrés de probabilité morale ne peuvent s'apprécier que d'une manière large, — il faut choisir le moindre mal, le moindre péril d'erreur, c'est-à-dire le parti le plus probable. En présence de ce conflit, et par la force même de ce conflit, l'opinion qui, prise isolément, paraissait assez probable pour être encore raisonna-
hle, cesse de l'être puisqu'elle devient imprudente : le parti où il y a le plus de chances d'erreur ne peut, en effet, qu'être imprudent et déraisonnable, alors même qu'il demeurerait métaphysiquement probable.
Telle est notamment l'opinion dernière et définitive de S. Liguori, qui a évolué du minus-probabilisme à Téquiprobabilisme, par un simple changement dans la défintion de l'opinion sérieusement probable. Pour lui, une opinion notablement moins probable, sans cesser d'être probable métaphysiquement, cesse d'être une opinion prudente et raisonnable, d'après Taxiome : E duohus raalis, rnhuis est eligendum.
2° Que si l'on se trouve en présence de deux partis également probables, les chances d'erreur étant égales de part et d'autre, aucun parti ne s'impose, et la liberté reprend ses droits : E duobus malis minus eli g eiuhim est; si sint œqnalia elige quodvis.
3° Cependant la gravité des deux périls, entre lesquels il faut choisir, ne se mesure pas seulement par les chances plus ou moins grandes d'erreur, mais encore par la nature de cette erreur possible et de ses conséquences, qui peuvent être plus ou moins graves, plus ou moins irréparables. Et c'est ce troisième principe qui justifie les deux cas exceptionnels déjà cités : l'un en faveur de la solution tutioriste, l'autre en faveur de la solution minus-probabiliste, — et ramène ainsi toutes nos solutions à l'unité parfaite d'une même synthèse. En même temps, il donne au système équiprobabiiiste une souplesse d'application, qui contraste avec la rigidité inflexible des autres systèmes, et permet une solution plus équitable de certains cas de conscience très complexes et très délicats, précisément parce qu'il tient compte de tous les éléments du problème, en jugeant du péril auquel