‹ La liberté et le devoirChapitre 150 sur 205 · II. LK UKVOIU. — LA conscik.nck mohai.i · texte numérisé non relu

II. LK UKVOIU. — LA conscik.nck mohai.i

perdes mouvements (remporteinent, des parolesd'impatience, des blasphèmes. 11 faut bien se fjarder de juger de la gravité de sa faute par les apparences extérieures : sa conscience, après Dieu, peut seule mesurer le degré de faiblesse ou de malice qu'elle se doit reproclier. Peut-être même pourra-t-elle s'excuser complètement et légitimement.

'S'> Ln cramte estime passion d'un caractère spécial, 3- La qu'il faut rapprocher de la violence, — sans les confondre toutefois, — pour comprendre comment elle peut ouvrir la porte à une excuse raisonnable. La violence ou contrainte extérieure s'exerce directement sur nos membres et sur l'exécution matérielle de certains actes, mais ne peut atteindre l'acte élicite ou interne de la conscience. Le tyran peut forcer ma main et mon bras à élever l'encens devant l'idole ; il ne peut forcer mon cœur à faire l'acte d'adoration. L'acte interne n'est donc jamais violenté, et ne peut prétexter l'excuse de la violence. L'acte externe, au contraire, est excusable s'il est forcé par la violence.

On peut même avoir des raisons de ne pas s'opposer à l'accomplissement de cet acte extérieur, si, d'une part, la résistance contre une force supérieure était jugée inutile, et que d'autre part, pris en luimême, cet acte n'était pas essentiellement mauvais. Ainsi les martyrs conduits au temple pour apostasier, pouvaient y aller en marchant de leurs pieds : un tel acte n'ayant rien de mauvais ; mais ils ne pouvaient pas offrir eux-mêmes l'encens aux idoles, c'eût été un acte d'idolâtrie et un scandale inexcusable. Ils devaient donc préférer le devoir à la vie ; con)me ils l'ont fait héroïquement, malgré la crainte des supplices et de la mort.

La crainte, en elïet, bien différente de la violence, affecte les facultés intérieures de lame, mais elle

4o La crainte .

peut aussi, quelque grande qu'elle soit, ne pas diminuer la connaissance du devoir, ni la liberté du choix. C'est en vain qu'on prétexterait la crainte, voire même la crainte de la mort, pour s'excuser d'une trahison. Si l'on consent à trahir sa patrie, sous la menace de l'ennemi, alors qu'on ne l'aurait jamais trahie de gai té de cœur, ou pour de l'argent, assurément ce n'est là qu'un péché de faiblesse et non de malice, faute moins odieuse, mais pourtant odieuse; on aurait voulu, sans doute, ne pas trahir, mais on a trahi : c'est une lâcheté et un crime (1).

Et pourtant, que de lâchetés et de crimes dans le monde, sous prétexte de crainte ! On craint la vengeance de Pierre ou de Paul, qui peut être terrible, si l'on fait son devoir en rendant témoignage contre eux devant la justice; on craint les représailles des gouvernants, si l'on vote suivant sa conscience; on craint moins que cela, on craint l'opinion publique, la perte de l'amitié ou des faveurs de telle ou telle personne, et l'on trahit les plus graves devoirs !

Jamais de telles craintes n'excuseront devant le tribunal de la conscience (2). Il n'y aurait que le cas où la crainte est de telle nature qu'elle provoque le délire, et, supprimant la réflexion, supprime l'exercice de la liberté : cas sinon inouï, très rare du moins, sur lequel il est inutile d'insister.

Eloge et Après avoir jugé du degré de responsabilité de l'a-

l>làme de la conscience.

(1) Les lois humaines n'obligent pas, ciim tanto incommoclo ; une crainte grave serait donc pour elles une excuse légitime ; ou plutôt l'excuse est inutile dans ce cas, puisque l'obligation est suspendue, de par la volonté du législateur.

(2) Cependant la crainte, si elle est grave et injuste, peut annuler certains contrats, à cause de la nature même de ces contrats : une promesse, un mariage, un serment

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