II. I.K DKVOIH. — LA CONSCIENCK MORALE M
gent moral, la conscience lui décerne, avons-nous ilit, l'éloge ou le blàrne, le mérite ou le démérite, et peut lui attribuer le vice, la vertu et même la sainteté. C'est là ce ({u'il nous reste à analyser.
Puisqu'il y a des actes bons ou mauvais, justes ou injustes, la volonté qui les produit doit devenir, en les produisant, bonne ou mauvaise, juste ou injuste. L'arbre lui aussi est bon ou mauvais, suivant qu'il produit de bons ou de mauvais fruits ; le chien de chasse est bon ou mauvais, suivant qu'il chasse bien ou mal. Et cependant on n'adresse ni éloges, ni blâme à l'arbre ni au chien, on se contente de modilier l'arbre, s'il est mauvais, par la taille ou la grelt'e, et le chien par un meilleur dressage. Seule, la volonté libre mérite des éloges pour sa bonté et des blâmes pour sa malice ; et le lecteur a déjà compris la raison de cette différence capitale.
Les qualités ou défauts de Tarbre et du chien, étant le produit nécessaire et fatal de certaines circonstances, bien plus que de ces agents, qui ne sont pas libres de les produire ou de les corriger à leur gré, leur sont sans doute attribuables, comme l'attribut au sujet, mais ne leur sont pas moralement imputables, puisqu'ils n'en sont pas les causes véritables et totales. Seul l'agent moral, ou maître de lui-même, est cause plénière de son effet, causa sut; et puisqu'il peut à son gré le produire ou ne pas le produire, il mérite des éloges ou des blâmes, suivant qu'il use bien ou mal de ce pouvoir. L'éloge et le blâme conviennent donc à l'agent moral et à lui seul ; ils sont la conséquence inévitable de cette pleine possession de lui-même et de ses libres effets, c'est-à-dire de sa maîtrise morale.
A la suite de l'éloge ou du blâme pour son acte bon S^Siie!
^ OU mauvais, la conscience attribue à l'agent un mérite ou un démérite (1).
Le mérite est un droit à la récompense, le démérite est une dette qui se paie par une expiation. Ces notions nous sont tellement familières, grâce soit à notre éducation morale, soit à leur évidence spontanée, que nous ne prenons même pas la peine d'en rechercher les origines et de les soumettre à la critique. Cependant il serait intéressant de rechercher pourquoi tout acte humain, par cela seul qu'il est bon ou mauvais, crée pour son auteur un droit positif à recevoir une récompense, ou un devoir d'accepter le châtiment et l'expiation.
Et d'abord, quel est celui à qui incombe le devoir de punir ou de récompenser ?
Si le bien ou le mal ne profitait qu'à l'agent qui le produit, il est clair que seul l'agent pourrait s'en prendre à lui-même du bien ou du mal qu'il se fait. Mérite Mais si ce bien et ce mal tournent aussi à l'avantage ?n'l'fJ" ou au détriment d'un autre, cet autre a le droit de lui en demander compte, c'est-à-dire qu'il doit lui demander une compensation, ou lui en donner une^^pour rétablir l'égalité de la balance entre les biens donnés et les biens reçus ; et accomplir ainsi toute justice.
Or, pour voir qu'il en est ainsi, il suffit de se rappeler la définition même de la loi toujours portée pour le bien commun, in bonum commune. La communauté est donc la première, après l'individu lui-même, à bénéficier de sa bonne action, et à subir le contrecoup de sa mauvaise action. Aucune action, quelque modeste qu'on la suppose, ne saurait manquer d'avoir une influence dans l'ensemble total dont elle est une partie.
(1) s. Thomas, la2œ, q. 114; q. 21, a. 3.
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