‹ La liberté et le devoirChapitre 157 sur 205 · II. I.K DEVOIH. — I.IDHK DE DEVOIR DANS AIMSTOTE Xil · texte numérisé non relu

II. I.K DEVOIH. — I.IDHK DE DEVOIR DANS AIMSTOTE Xil

nécessité! physique, sinon les deux sens ne seraient plus réunis sous l'expression commune du to oe'ov. Du reste, nous allons l)i(MilôL retrouver l'idée et même le mot d'àva7/«tov, deux fois répété dans la définition ou l'explication de la loi morale, et achever ainsi de nous convaincre qu'Aristole l'entend queI(|uerois dans le sens de nécessité morale, comme Homère et d'autres auteurs grecs l'avaient fait avant lui.

Or ce mot de devoir, ainsi entendu, se retrouve souvent dans les œuvres morales d'Arislote. Presque à chaque page, on y voit l'expression oeî, on doit ; où/ i ôsî, on ne doit pas, c'est un manquement au devoir. Ainsi, par exemple, il dit que, « préférer par malice, et choisir librement ce qu'il ne faut pas, est un manquement au devoir: oei zy/t'av o" aîc-îTOai où/^ à 5st (1).

Du reste, cette nécessité morale, Aristote l'a toujours attribuée à la loi, au moins à la loi écriic : tout le monde en convient.Il l'affirme lui-même de la manière la plus formelle : « Il n'y a que la loi, dit-il, qui possède une fovcecoerc'dive semblable à celle de la nécessité «v«yy.aTTtx/iv,(non pas à cause de ses menaces, mais) parce qu'elle est l'expression, dans une certaine mesure, de la sagesse et de l'intelligence (2).» Aucun homme, par lui-même et quelle que soit sa supériorité, ajoule-t-il,n'a un tel pouvoir, ni une telle force nécessitante, ro àvaTxaîov, à moins qu'il n'ait le caractère de roi ou quelque autre dignité semblable et qu'il ne commande au nom de la loi (3). — Cette belle parole indique nettement une nécessité morale, bien différente d'une nécessité physique, une véritable obligation de conscience, comme nous dirions aujourd'hui.

Mais la loi non écrite, aypayo; vôpç, la loi commune à tous les peuples, zoivô? vô,y.o;, la loi naturelle, zarà »jt'v voaoç.qui est immuable, àxtV/iToj, et universelle, zai kk-jt'x/oû tàv aOr/iv î'^î'

(1) Elh. Nie, 1. lit, c. II, § 14 ,Didot).

(2) '0 3l vôaoç àvuyy.wJTty.YiV ï'/ii O-ivaatv, ).ôyo; 'ov «tto tvjo; yoov/iTcw; y.ui voû. Elh. Nie, l. X, c. ix, § 12 ;Didol).

(3) 'H (xiv o-Jv Trarpu-h TTpÔTTV.^i; or/. i'/J-i- ~'> ii /ypo-) o-jVi to âyc/.y/.'Aoj, oùoi OTi o).&)ç Yi ivrjc à.'j')o6;, uY, Bwjô.iu^ ovto; -^ rt'vo; tow'jto-j. Ibid.

S'jvaaw (1), — aura-t-elle une force obligatoire moindre que la loi humaine ? Nullement. Aristole la pi^oclame au contraire bien supérieure à la loi « écrite ». D'abord il rejette l'opinion de ceux « qui sont allés jusqu'à soutenir que le juste et le bien existent uniquement en vertu de la loi (écrite) et n'ont aucun fondement dans la nature (2). » — Il estime qu'il y a des actions qui peuvent échapper à la loi écrite, sans échapper aux principes de la morale ; « qu'un juge peut être prévaricateur,tout en restant dans la légalité (3) » ; — qu'on « doit flétrir du même nom d'injuste, et celui qui transgresse les lois, et celui qui viole l'équité naturelle (4) ; — que « la nature de l'équité naturelle est précisément de redresser la loi (écrite) quand elle se trompe (5) » ; — et même de lui résister ouvertement quand elle est tyran nique ; aussi Aristote cite-t-il par deux fois le bel exemple d'Anligone résistant jusqu'à la mort et au martyre, à la tyrannie de Gréon (6) ; — il estime, en un mot, que « la loi naturelle a bien plus d'autorité et traite de choses bien plus importantes que les lois humaines (7) » ; et que « le juste selon la nature est sans contredit supérieur au juste selon la loi que font les hommes (8) ».

Mais d'où lui vient cette supériorité et cette hardiesse de corriger les lois humaines ? C'est, répond Aristote, que « Dieu et la Raison ont seuls le droit de commander : mettre dans le commandement quelque chose de l'homme, c'est y introduire la bête humaine •> : Soxîî -/.îIvjbvj upyîvj -ôv ôjov zaî tôv voûv

usi-iVJ- ' ô 3' av9ûw-ov zîiîûuv, izo'i'j'clh-rt'si xaî brioio-j (9}. Et il répète

plusieurs fois, que ce n'est pas l'homme qui a droit de commander, mais seulement la raison et la loi : 3to o-jy. hM-vj upyztv

xvôcojTTOv, à//à tÔv voy.ov (lOj.

(1) FAh. Nie, 1. V, c. vu, § 1, 2 (Didot).

(2) Ibid., 1. I, c. iir, § 2 (Didot).

(3) Ibid., 1. V, c. IX, § 12 (Didot) ; 1. V, c. ii, § 10.

(4) Ibid., I. V, c. I, § 8 : 1. V, c. vu, § 7 (Didot). {b)Ihid., 1. V c. X, § 6, (Didot).

(6) lihélor., 1. I, c. xiu, § 2 ; et c. xv, § 6 (Didot).

(7) "Et£ •/.-jptÛTîpoi y.v.[ TZcpi xu^oioiTs'owv Twv xarà ypy.'j.'j.UTX viy.wj 01 y.uzi. rà '(Or; îÎtl'j. Polil., 1. III, c. XI, § 6.

(8) Bélrioj o-jv fiîy.c/.iov tq zarà fliTiv toO xari vô.aov. Magn. Mor., 1. 1, C. xxxiv, § 21 (Didot).

(9) Polil., 1. 111, c. XI § 4 (Didot).

(10) Elh.Nic, 1. V, c. VI. § .5.

Page 1