II. LE DEVOIH. — l'idée DE DEVOIU DANS ARISTOTE
voir parcouru les morales et les principaux ouvrages d'Aristole, — la défense de Platon et d'Fipictète serait encore plus facile, — pour trouver dans ses écrits, ou du moins dans les fragments, parfois gravement mutilas, qu'il nous en reste, non seulement des « optatifs », comme on le soutient, mais encore de VL-ritables « impératifs ».
D'abord, le mal moral, y est rigoureusement interdit. « II y a, dit-il, telle action, telle passion qui emporte aussitôt qu'on en prononce le nom, l'idée de mal et de vice. Ainsi la malveillance ou dis[)osilion à se réjouir du mal d'autrui, l'impudence, l'envie ; et en fait d'actions, l'adultère, le vol, l'assassinat.Car toutes ces choses, et celles qui leur ressemblent, sont déclarées mauvaises ou criminelles, uniquement par le caractère aiïreux qu'elles olïrent, et non pas à cause d'un simple manque de mesure par excès ou par défaut... ; de quelque façon qu'on s'y prenne, on est toujours criminel, àaxpTxverai, en les Commettant (1). »
Remarquons ce mot sévère d'àpâcr/iua, dont le même auteur se sert, dans un autre passage, pour qualifier des actes odieux que le terme d'injustice, aStxov, ne suffirait pas à flétrir (2).
Le mal moral n'est donc pas seulement pour Aristote quelque chose de laid, kIt/jôv, mais encore quelque chose de mauvais, xaxôv, parfois une flétrissure honteuse, iaûprr.ax, toujours une faute morale et un péché, ^oyjir,piu, y.uxlu n;.
Et voilà pourquoi Aristote en pourra conclure qu'il y a « des choses (|u'aucune menace ne doit nous amener à faire. ..., on doit, dit-il, résister le plus qu'on le peut, on doit ne pas se laisser forcer à mal faire ; il faut plutôt mourir, ï-na. 3'
tffw; O'jx ï-TTiv ivayxaT&?,vat, iWct. i^xYlov àTroOvyjrï'ov , et mourir après
avoir subi les dernières extrémités,7r«eôvT« ri Sstvôrara (3). » Il serait difficile, croyons-nous, d'exprimer avec plus de force et de clarté le sentiment du devoir obligatoire et de l'impératif catégorique, en face du mal moral à éviter à tout prix.
(1) Afor, Nie, 1. II, c. VI, § 18, 20 (B. S. H.).
(2) Rhetor., 1. 11. c. xxii, § 7 (Didot).
(3) Eth. Nie, 1. III, c. I, g 8 (Didot).
Quanl au bien moral a accomplir, il est clair que la ligne de démarcation qui sépare le devoir rigoureux de la vertu parfaite, restera toujours assez flottante, surtout aux yeux de la seule raison philosophique, et qu'il sera souvent plus exact, et même plus efficace, d'attirer au bien moral, par les attraits de sa beauté supérieure. Cependant il y a certaines catégories de biens qui sont sûrement obligatoires, et qui s'imposent à la conscience comme des devoirs impérieux.
Or, nous trouvons dans Aristote, non seulement le mot de devoir, hï, tô §:ov, ri Séovra ; mais encore, ce qui est plus important, sa vraie notion, avec son caractère de nécessité ou de contrainte morale.
Traitant des noyi^x'^? hyouzvx ou expressions équivoques, Aristote classe le mot devoir, ce qu'on doit, tô Seov, parmi les termes homonymes que l'on applique à des objets essentiellement différents, mais rapprochés par quelque trait commun de ressemblance ou d'analogie. Ce moi on doit désigne, en effet, tantôt une nécessité physique, et tantôt une nécessité morale, suivant qu'elle nous est imposée par une loi physique ou par une loi morale. Dans le premier cas, elle tombe même sur des choses mauvaises : car il y a des maux qu'on doit subir. Dans le second, elle ne s'applique qu'au bien : on doit faire le bien. Mais, dans les deux cas, c'est une espèce de nécessité impérieuse, quoiqu'on des sens bien différents. Voici ses propres paroles :
« Le devoir, dit-il, a deux sens : d'abord il désigne une nécessité (physique) qui tombe souvent sur des choses mauvaises, car il y a des maux nécessaires ; et, de plus, il s'applique au bien que nous affirmons être un devoir (1) ».
Sans doute, dans le dernier membre de phrase, Aristote n'a pas répété le mot de nécessité, rô àvayzatov. iMais il est clair qu'il a voulu rapprocher la nécessité morale de la
(1) Airrôv yào rô Siov, tô t' «vk'/xkîov, o a-ju^xasi no'/liy.i; xai iKt 7Û1-J Y.x/M'j (ïfTXi '/à/S XK/.&v 71 ivayzatov), zai ■zà.-juJiif. Vi ^iovTy. oajuitv llvat. De sophist., c. iv, § 3. — K«i ri ^éo-jza Trpay.rio-j ÉVrtv y., îari S' à ov • rà yàjC- Bîovtk ).v/i~v.t -oïlax'J); . Ibid., c. xix, § 4 (Didot).