‹ La liberté et le devoirChapitre 159 sur 205 · II. I.R DEVOIR. — l'iDÉR DK DRVOIH DANS ARISTOTE · texte numérisé non relu

II. I.R DEVOIR. — l'iDÉR DK DRVOIH DANS ARISTOTE

toute vertu et toute perfection, k la contemplation el an service de Dieu, t^j Oeôv fjîpctKv'ju'j /.«i Oew/seîv, critère supn^ine qui doit régler notre estime pour tous les autres biens, car ils ne sont bien que par leur relation avec ce terme absolu. Citons ses belles paroles :

« Le choix et l'usage, soit des biens naturels, soit des forces de notre corps, ou de nos richesses, ou de nos amis, en un mot, de tous les biens, seront d'autant meilleurs qu'ils nous permettront davantage de connaître et de contempler Dieu. C'est là, sachons-le, notre condition la meilleure ; c'est la règle la plus si'ire et la plus belle, et la condition la plus fiVcheuse à tous ces égards est celle qui, soit par excès, soit par défaut, nous empoche de servir Dieu et de le contempler (1). »

Aussi Aristote répète-t-il que le vrai bonheur de l'iiomme est d'ordre divin, et digne d'un religieux respect, Tïutôv n y.où Osîov (2). C'est une participation à l'action et à la béatitude de Dieu, qui est bienheureux par essence (3).

« Peut-être, ajoute-t-il, cette noble vie est-elle au-dessus des forces de l'homme, ou du moins, l'homme peut vivre ainsi non pas en tant qu'il est homme, mais en tant qu'il y a en lui quelque chose de divin. Et autant ce principe divin est au-dessus du composé auquel il est joint, autant l'acte de ce principe est supérieur k tout autre acte, quel qu'il soit, conforme à la vertu. Mais, si l'entendement est quelque chose de divin par rapport nu reste de l'homme, la vie propre de rentend(MTient est une vie divine par rapporta la vie ordinaire de l'humanité. 11 ne faut donc pas en croire ceux qui conseillent il l'homme de ne songer qu'ti des choses humaines, et à l'être mortel de ne songer qu'à des choses mortelles comme lui. Loin de là, il faut que l'homme s'immortalise autant que possible ; il faut qu'il fasse tout vivre selon le principe le plus noble de tous ceux qui le composent (4). »

(1) Mot'. Eud., 1. Vir, c. XV. § 16 (B. S. H.).

(2) Eth. Nie, 1. II. c. xn, S V2 : 1. I, c. xi, §7; I. I, c. vnr, § 14.

(3) Toi; tj.h yip O^otç XKug ô fw; ^v./.ipioç , xoï; S «vO^otôrot;, £« Stov ôu-oiMui Tt Tfl? TotaÛTV); hîn-jzi'x; yTry.pyji. Elh. Nie., 1. X, C. viii, § 8 (bidon. — Polil., 1. VII, c, I, § 5 ; MtUaph., l. XII, c. vu.

(4) Eth. Nie, 1. X, c. vu, § 8 (H.S.H).

Placé à ces hauteurs sublimes, parmi les choses éternelles, immuables et divines, le bonheur de l'homme ne peut plus être l'objet d'un égoïsme bas et mercenaire. L'appel à l'égoïsme ou à lutilité bien comprise ne suffirait donc plus à une morale si élevée. Il faut faire appel aa devoir le plus rigoureux, pour commencer à dégager l'homme de l'animal, et puis faire appel à l'amour de la perfection et de la beauté morale qui complète le devoir et le couronne. L'objection de M. Brochard que le devoir est inutile dans une morale eudémonique est donc sans fondement.

Quoi qu'il en soit, le fait est certain, Aristote n'a jugé le devoir incompatible ni avec son caractère esthétique, ni avec ses espérances de félicité, et ce serait dénaturer sa pensée de supposer qu'il n'a pu introduire dans sa morale ces deux derniers éléments, qu'en rejetant l'obligation du devoir. Non, il a rejeté seulement, comme nous, la notion kantienne du devoir et les exagérations d'un formalisme contre nature, nous imposant «le devoir pour le devoir ».

Ce qu'on peut reprocher plus légitimement à Aristote, c'est de n'avoir pas assez précisé les vrais rapports religieu.x de l'homme avec Dieu. Sans doute, il a nettement rattaché l'homme à Dieu, comme à son principe, à sa fin dernière et au premier moteur de son àme(l); il a même indiqué, quoique d'une manière un peu trop sommaire, comment la Loi avait son fondement suprême dans la Raison éternelle, mais les conséquences pratiques, les liens religieux envers Dieu, souverain législateur et juge, rémunérateur et vengeur, sont entièrement laissés dans l'ombre. C'est à peine s'il fait de vagues allusions (2j à une vie future heureuse ou malheureuse, et les notions de mérite et de démérite ou de responsabilité devant Dieu sont omises.

Enfin, on a droit de s'étonner qu'après nous avoir donné

(1) Eudème a même ajouté celte belle parole: « La relation affectueuse de Dieu à l'homme est comme celle du père au lils, du bienfaiteur à l'obligé ; en un mot comme celle de lètre qui commande par nature à l'être qui doit naturellement obéir. » Mor. Eud., 1. VII, c. X, § 8 (H. S. H .— Vovez une idée analogue. Eth Nie, 1. X, c. ix, § 5, 6.

(2) Elh. Me, 1. I, c.vii, s 13-ir. ; 1. i. c. ix, § 4-G (B. S. H.).

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