‹ La liberté et le devoirChapitre 18 sur 205 · LA LinEIlTK. — LA LIBERTÉ ET LA MORALE · texte numérisé non relu

LA LinEIlTK. — LA LIBERTÉ ET LA MORALE

possible » (1). Et ayant découvert ce roc inébranlable, « celle pierre angulaire de la religion et de la morale» (2), ils se sont hâtés de reconstruire sur cette ferme assise tout l'édifice de la métaphysique : la liberté, Dieu, l'unie, la vie future, que leurs mains imprudentes venaient de démolir et de ruiner à Tenvi. A notre tour, nous conclurons de l'existence du devoir à l'existence de la liberté ; nous redirons : « tu dois, donc tu peux », mais nous le ferons plus légitimement que Kant, car nous n'avons pas commencé comme lui par suspecter la valeur objective delà raison, de ses premiers principes, et ruiné à l'avance la portée'et la légitimité de nos raisonnements. EnelTet, si les raisonnements par lesquels nous allons conclure du devoir à la liberté sont bons et probants, ce n'est pas seulement à un acte de foi en la liberté, comme l'imagine Kant, mais à un acte à.'évidence et de certitude scientifique qu'ils nous amèneront. S'ils sont mauvais ou suspects, ils ne peuvent même pas être le fondement d'une foi éclairée. Une mauvaise démonstration ne peut pas plus fonder la foi que la science ; tant il est vrai qu'après avoir déclaré la raison impuissante, Kant n'avait pas plus le droit de raisonner pour fonder la foi quepour fonder la science. Même pour une science subjective, et pour l'accord de nos idées entre elles, il faut supposer des données objectives et absolues, dont on ne puisse douter, ne serait-ce que le principe de contradiction, sinon tout pourrait être affirmé et nié en même temps.

Essayons donc cette démonstration : tu dois, donc ncmon».

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tu peux. Le devoir, dont nous avons constate 1 exis-

(1) Kant, Critique delà raison pratique (Barni), p. SiVS.

(2) Kanl, Critique de la raison pure (Tissotl, n" 558, p. 110.

tence dans la partie la plus profonde et la meilleure de nos consciences, est aussi appelé une Loi, mais c'est une loi bien différente des lois physiques qui régissent les êtres physiques. La pierre tombe vers le centre de la terre, le soleil et tous les globes qui roulent dans les espaces éthérés se meuvent suivant les lois de la gravitation. Mais qui dira que la pierre a le devoir de tomber ; que le soleil et la lune ont le devoir de se lever ou de se coucher à des heures fixes '? De même dans le monde de la vie végétative et sensible. Le germe delà graine ou de l'œuf se développe suivant des lois mystérieuses, l'arbre porte son fruit en sa saison, la sensation est régie par des lois que Weber et Fechner ont essayé de formuler, l'animal obéit aux lois de l'instinct ou de l'association des images. Mais qui oserait dire que la graine ou l'œuf ont le devoir de se développer d'après un type spécifique, que l'arbre a le devoir de porter des fruits, que l'animal a le devoir d'obéir aux lois de la sensibilité et de rinstinct?

Il est clair que si la semence ne germe pas dans le sillon, si l'arbre ne porte pas son fruit, si l'animal n'obéit pas aux habitudes qu'on lui a inculquées, l'homme pourra s'affliger, prendre des moyens pour arriver à de meilleurs résultats, mais il serait insensé de blâmer la semence inféconde, d'adresser des reproches à l'arbre stérile, ou de faire observer à l'animal domestique qu'il a manqué gravement à ses devoirs. Si le jardinier taille l'arbre, si le maître châtie l'animal, ce n'est pas en punition d'un acte coupable, c'est en prévision de l'avenir, pour modifier les effets futurs en modifiant les causes qui les doivent produire.

La II en est tout autrement de la justice humaine et

""riù""* de la justice divine. Lorsque un homme commet un

devoir.

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